Le Courrier de la planète a
15 ans ! |
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« Haïti, le père ou le pire », titrait en novembre 1991 l’éditorial du premier numéro du Courrier de la planète (revue qui prenait la suite de La Lettre de Solagral, lancée en 1982).
En 1991, sept nouveaux pays adhèrent à l’ONU (dont les états baltes et les deux Corée) ; le rapport annuel de la Banque mondiale explore les liens entre développement et environnement ; la Chambre de commerce internationale élabore une charte pour le développement durable signée par une quarantaine de multinationales ; le Fonds pour l’environnement mondial est créé pour aider les pays en développement et en transition à lutter contre le réchauffement climatique, l’érosion de la biodiversité et la pollution des eaux internationales ; etc.
15 années ont passé, ponctuées en ce qui nous concerne d’une série de numéros clés (voir ci-contre), qui ont souvent anticipé (parfois trop ?) le mouvement des idées et des politiques.
Et, surtout, 15 années ponctuées de grandes conférences internationales, inscrites sur notre agenda comme autant d’étapes contribuant aux fondations de la coopération internationale.
1992 La Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement (le «Sommet de la Terre») propose un plan d’action pour le développement durable et enregistre une forte mobilisation des organisations non gouvernementales.
1994 L’acte final du cycle d’Uruguay donne naissance à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui ouvre une négociation multilatérale pour une plus grande libéralisation des échanges.
1997 Les états membres de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique signent le protocole de Kyoto qui fixe des objectifs chiffrés en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre, jugés responsables du réchauffement de la planète.
1999 L’échec de la troisième conférence ministérielle de l’OMC à Seattle consacre l’influence du mouvement altermondialiste et l’importance prise dans les négociations internationales par les « pays en développement » (pas encore jugés « émergents »).
2000 L’Assemblée du Millénaire des Nations unies définit huit objectifs constituant un agenda pour réduire la pauvreté, ses causes et ses manifestations d’ici 2015. Des objectifs auxquels se référent l’ensemble des bailleurs de fonds internationaux, fixant ainsi un cap daté et chiffré dont il faudra rendre compte.
2002 Le Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg (Rio + 10) définit à nouveau l’intégration de l’économie, de l’environnement et du social comme une condition nécessaire à la refondation d’une action publique internationale pour faire face aux défis du mal développement de ce début de XXIe siècle.Mais cette conférence de Johannesburg souligne aussi le doute de la communauté internationale : les attentats du 11 septembre 2001 ont contribué à marquer un sérieux coup d’arrêt à la décennie fleuve de construction d’un idéal de « gouvernance mondiale ». L’heure est au retour d’une analyse froide et réaliste des rapports de force dans les relations internationales, déterminée par le triomphe (d’alors) d’une administration américaine emprunte d’une idéologie hégémonique, qui exclut les modes d’organisation multilatérale du monde.
Dès lors, l’unilatéralisme américain (symbolisé par la décision de lancer la campagne d’Irak et de ne pas ratifier un certain nombre d’accords internationaux), mais aussi la crise de croissance de l’Union européenne et la panne des négociations à l’OMC signent pour certains la fin de la validité d’un projet de coopération internationale comme moyen de gestion des biens collectifs.
15 années de Courrier de la planète fêtées donc dans un certain scepticisme ambiant. Raison de plus pour vous proposer ce numéro double anniversaire sur un sujet on ne peut plus symbolique : les migrations internationales. Un thème sur lequel rarement aura été établi un tel fossé entre les résultats et diagnostics de la recherche et les politiques migratoires mises en œuvre : leurre de « l’immigration zéro » ; contre productivité des mesures restrictives aux frontières ; besoins économiques (et démographiques) durables d’une main-d’œuvre immigrée, qualifiée ou non, notamment dans l’UE ; etc. Des chercheurs qui prônent quasi unanimement des formes de migrations « circulaires », par allers et retours entre pays d’origine et d’accueil. Une circulation ouverte des hommes en somme, qui fait écho à la circulation des idées que nous vous proposons au Courrier de la planète. Car, peut-être plus que jamais, les idées (internationales) comptent !
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Dernière modification : 23 July 2008