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Réforme de la Politique Agricole Commune : encore ratée ?!!? |
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Karine Daniel et François Colson, Chercheurs à lINRA, Nantes
Il reste à la politique agricole commune beaucoup de chemin à parcourir pour devenir une vraie politique de développement rural. Les aides devraient aller en priorité aux agriculteurs qui cultivent les moins bonnes terres.
Depuis la création du Marché commun en 1957, les objectifs de la politique agricole commune (PAC) ont évolué. Son but originel est dassurer lautosuffisance de lEurope pour les produits alimentaires de base. Le marché européen étant protégé du marché mondial, un système de prix garantis supérieurs aux prix mondiaux permet de stimuler loffre. Cette politique savère efficace et, dès 1970, lEurope doit faire face à des excédents structurels de production.
Laccumulation des excédents devient ensuite insoutenable sur le plan financier. Les réformes de 1992 et de 1999 seffectuent ainsi sous contrainte budgétaire et dans le cadre des négociations commerciales de lOrganisation mondiale du commerce. Leur principe majeur est dattribuer des aides directes basées sur les facteurs de production en compensation dune baisse des prix soutenus (par type de production). Les réformes de la PAC sinscrivent donc dans un schéma de compensation des baisses de revenu. En effet, un prix garanti élevé et uniforme dans lespace européen permet de maintenir une activité de production dans certaines régions dites à handicaps naturels et favorise parallèlement la création de rentes dans les zones les plus compétitives. En labsence de dégressivité temporelle des soutiens directs, les réformes tendent donc à conforter les avantages construits par les politiques publiques.
Parallèlement à lapparition des aides directes, lémergence de nouvelles attentes de la société vis-à-vis de lagriculture (environnement, sécurité alimentaire, etc.) contraignent les institutions européennes à définir de nouvelles fonctions pour lagriculture communautaire et donc de nouveaux objectifs pour la PAC : lagriculture doit être " multifonctionnelle, durable, compétitive et répartie sur le territoire. Elle doit jouer un rôle dans lentretien des paysages et la préservation des espaces naturels et apporter sa contribution essentielle à la vitalité du monde rural " (CE DGVI, mars 1999).
Arbitrages techniques. Une baisse de prix uniforme dans lUnion par type de produit engendre pour chaque exploitation une perte de revenu proportionnelle à la production, donc proportionnelle à la productivité physique des facteurs (rendement/ha ou rendement laitier/vache). Lassiette de lattribution du soutien détermine donc le niveau de compensation de la baisse de produit brut. Ainsi, derrière des arbitrages techniques de définition du support des soutiens, le Conseil des ministres définit la répartition des soutiens entre différents types dagriculture selon le mode dutilisation des facteurs, notamment selon leur productivité, donc selon le niveau dintensification de la production. Ces arbitrages techniques déterminent la répartition spatiale des soutiens publics à lagriculture.
" Les politiques rurales, agro-environnementales et de cohésion économique et sociale sont mises en place pour accompagner et compléter les réformes proposées dans le domaine de la politique des prix et des marchés " (Agenda 2000 - propositions de la Commission). Globalement, le principe de compensation des baisses de prix ne permet pas de répondre aux objectifs affichés et induit un certain statu quo. Certains points des réformes sont en contradiction avec les objectifs affichés en termes de protection de lenvironnement et doccupation de lespace rural. Les aides structurelles restent budgétairement limitées comparées aux politiques de soutien de marché. La différence des crédits accordés aux deux volets ne permet pas aux politiques structurelles de concurrencer les incitations des politiques mises en place dans le cadre des organisations communes de marché.
Labsence de dégressivité temporelle des aides directes accordées dans le cadre des réformes de 1992 et de 1999 ne permet pas dopérer de transferts budgétaires susceptibles de financer les politiques structurelles de développement rural, alors quil devient difficile daccroître le budget agricole, tant au niveau de lUnion, quau niveau des Etats. Les termes " écoconditionnalité " (art. 3) et " modulation " (art. 4) des soutiens publics à lagriculture apparaissent dans le compromis de Berlin. Lutilisation de ces outils est laissée à linitiative de chaque Etat membre, dans le cadre de règles fixées par lUnion. Lobligation de cofinancement national pour la mise en uvre de ces outils limitera probablement leur utilisation.
La concentration spatiale des activités de production agricole, efficace pour diminuer les coûts de production des produits agro-alimentaires, a des effets négatifs sur lenvironnement et ne favorise pas loccupation de lespace rural. Par ailleurs, la situation des marchés des produits agricoles est telle quil devient difficile de produire plus. La demande interne pour les produits de base est saturée en volume et lEurope, sans restitution aux exportations, a du mal à se positionner dans un schéma de compétitivité des prix sur le marché mondial. Si la politique agricole commune veut, en cohérence avec les nouveaux objectifs affichés, favoriser une agriculture respectueuse de lenvironnement, au centre des préoccupations relatives à loccupation de lespace rural, elle devra infléchir lutilisation des outils actuellement en place afin de mieux répartir lactivité de production sur le territoire.
Pour éviter les phénomènes de rente dans les espaces les plus productifs et maintenir une activité de production dans les régions les plus défavorisées, les paiements directs à lagriculture doivent être inversement proportionnels à la productivité de la terre, qui dépend des conditions pédo-climatiques de production. Les outils existent : aides directes incitatives, éco-conditionnalité, modulation. Limpact de leur mise en uvre dépendra des arbitrages effectués par les décideurs publics au niveau de lUnion et de chaque Etat membre. Ces arbitrages dépendront des rapports de force entre les acteurs en présence que sont les agriculteurs, les industries agro-alimentaire et les consommateurs-citoyens. n
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