Réforme de la Politique Agricole Commune :
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Modèle agricole européen
Le grand timide

Allan Buckwell, Professeur au Wye CollegeWye College - Dept. of agricultural economics and business management

Malgré la volonté de la Commission de faire une vraie politique de développement rural, l’accord de Berlin ne soutient pas assez les activités non-agricoles créatrices d’emplois. Un modèle agricole européen existe bien, mais de nouvelles réformes devront le consolider.

Courrier de la Planète : Comment jugez-vous la politique de développement rural adoptée lors du sommet de Berlin ?

Allan Buckwell : Je suis globalement déçu par cet accord. Il existe un véritable décalage entre la Commission européenne qui se montre très sensible à l’idée de multifonctionnalité et les Etats membres pour qui cet aspect n’est pas jugé comme prioritaire. C’est le cas en particulier des pays du sud de l’Union européenne qui sont avant tout soucieux d’obtenir autant d’aides que les pays du nord. De même, il n’est pas sûr que les pays de l’Est qui vont intégrer l’Union soient prêts à consacrer des fonds pour financer des mesures agri-environnementales.

De plus, en termes d’instruments politiques et d’efforts financiers, les progrès sont encore très faibles. Une politique de développement rural ne doit pas se contenter de prendre en compte le secteur agricole. C’est un domaine qui n’est plus pourvoyeur d’emplois. Il faut donc encourager les activités non-agricoles dans les zones rurales.

Courrier de la Planète : La politique structurelle s’engage dans ce domaine…

Allan Buckwell : Certes, mais les fonds que l’Europe y consacre restent d’un niveau très faible par rapport au montant des aides directes octroyées aux exploitations. Souvent, les revenus de la ferme ne suffisent pas à faire vivre une famille d’agriculteurs. Il est donc important de maintenir d’autres sources de revenus. L’agriculture n’est qu’une composante de l’économie rurale.

Courrier de la Planète : Pourquoi existe-t-il un tel décalage entre la volonté de la Commission de promouvoir un modèle européen de développement rural et l’application effective de cette politique par les Etats membres ?

Allan Buckwell : La principale difficulté pour faire évoluer la politique agricole commune est que, fondamentalement, la grande majorité des agriculteurs est satisfaite du système d’aides directes en vigueur. Bruxelles a conscience que le niveau de ces aides doit être revu à la baisse pour investir les économies ainsi réalisées dans des programmes de développement rural. Mais les principaux bénéficiaires de la PAC, à savoir les grands producteurs céréaliers, ont énormément de poids politique. Ils se sont opposés à toute modification du système en place lors des négociations de Berlin.

Courrier de la Planète : Faudra-t-il une autre réforme pour imposer l’idée du développement rural ?

Allan Buckwell : Sans aucun doute. Les négociations de Seattle devraient d’ailleurs contribuer à accélérer le processus de réforme de notre politique agricole commune. Notre système d’aides compensatoires et de soutien aux exportations y sera certainement contesté. Les pressions de l’Organisation mondiale du commerce, ajoutées à l’élargissement de l’Union aux pays de l’Est, rendront nécessaires de nouvelles réformes à l’horizon 2005-2010. Toutefois, en l’absence de crises majeures sur les marchés céréaliers au cours de la prochaine décennie, le système actuel d’aides directes pourrait bien être maintenu en l’état.

Courrier de la Planète : Peut-on déjà parler d’un modèle agricole européen ?

Allan Buckwell : Bien sûr. Les Européens sont soucieux de la manière dont travaillent les agriculteurs, de la façon dont ils entretiennent le paysage. Notre rapport au monde rural est complètement différent de celui des Américains, des Australiens ou même des Brésiliens. Le plus dur sera de persuader nos interlocuteurs de l’existence de ce modèle. Pour beaucoup, il se résume au soutien public à l’agriculture. Nous devons donc réfléchir au moyen de soutenir efficacement les fonctions non-productrices des agriculteurs sans produire d’effets de distorsion sur les marchés.

Courrier de la Planète : Etait-ce l’objectif du projet Carpe ?

Allan Buckwell : Absolument. Nos propositions tenaient en trois points : reconnaissance des aides publiques aux services environnementaux rendus par les agriculteurs, reconnaissance de leurs fonctions de développement rural et stabilisation des marchés agricoles. La dégressivité des aides directes devait permettre de mettre en œuvre cette politique. Ces idées ont été acceptées à Bruxelles, mais pour les raisons que je vous ai déjà exposées, l’Agenda 2000 ne s’est engagé que trop timidement dans cette voie. Pourtant, la dégressivité permet d’accorder une compensation limitée dans le temps. Dans le secteur industriel par exemple, lorsqu’une activité est sinistrée, les ouvriers ne reçoivent pas une compensation à vie. On les aide un temps à se reconvertir, puis ils sont tenus de se débrouiller seuls. Les compensations dans le domaine agricole devraient également être temporaires.

La modulation des aides ne remet pas en cause le fait que ce sont les plus grands producteurs qui sont les plus aidés. Elle n’est qu’un moyen de rendre acceptable une politique qui devrait être réformée plus en profondeur. De surcroît, la mise en œuvre de la modulation des aides européennes est laissée à la subsidiarité des Etats. Beaucoup considèrent qu’il serait suicidaire de prendre une telle décision dans la mesure où les voisins ne l’appliquent pas.

Allan Buckwell a fait partie du groupe d’économistes européens qui a élaboré en 1995 le projet Carpe (Common AgriCultural and Rural Policy for Europe), commandé par la Commission européenne pour proposer une alternative à la PAC.

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Dernière modification : 17 janvier 2007