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Taxe Tobin-II ... ou à oublier

Jean-Pierre Landau, Association française des banques

Il n’existe pas de bons et de mauvais spéculateurs, de bons capitaux longs et de mauvais capitaux courts. Contre une spéculation massive, la seule arme possible n’est pas une taxe mais le contrôle des mouvements de capitaux.

La taxe Tobin ne peut pas fonctionner parce qu’elle repose sur trois idées fausses. D’abord, qu’il est possible de faire la distinction entre les " bons " et les " mauvais " mouvements de capitaux, c'est–à–dire entre ceux qui financent et ceux qui déstabilisent. Ensuite, que les mouvements de capitaux déstabilisateurs sont les mouvements à court terme. Enfin, qu'il est possible de les dissuader par une taxe de faible montant, qui ne pénaliserait pas les mouvements de capitaux à long terme.

La deuxième idée contient probablement une part de vérité. Les crédits bancaires à court terme (qui sont aussi, par définition, les plus volatils) ont joué un certain rôle dans le déclenchement et la propagation des crises. C'est pourquoi certains pays tentent de limiter les entrées de capitaux à très court terme. Mais tous les crédits à court terme ne sont pas nécessairement déstabilisants. Il existe en outre d'autres mouvements de capitaux beaucoup plus spéculatifs, par exemple certains arbitrages sur les Bourses des pays émergents, qui sont, techniquement, des mouvements de capitaux à long terme.

Ceci montre que la première idée est fausse. Il est impossible de distinguer a priori les mouvements déstabilisants des autres. Il existe de " bons " spéculateurs, qui stabilisent les marchés, et d'autres qui les déstabilisent. Tout dépend de leurs motivations et de la manière dont ils décident de leurs positions. Ce n'est pas quelque chose que l'on peut identifier a priori sur la base de critères simples.

Enfin, la troisième idée est également fausse. Pour prévenir ou arrêter un grand mouvement spéculatif, il faut des obstacles très élevés. La taxe Tobin n'aurait pas empêché la crise asiatique. Pour freiner des mouvements de grande ampleur, il faut des mesures plus puissantes, s'apparentant à un véritable contrôle des changes. En imposant une taxe générale, on prend le risque de bloquer également les mouvements à long terme. C'est pourquoi les pays qui freinent les entrées à court terme adoptent des mesures beaucoup plus ciblées.

Toute la philosophie de la taxe repose sur l'idée qu'il faut éliminer certaines transactions, donc réduire la taille des marchés financiers. Mais il n’est absolument pas certain que la volatilité soit moindre sur des marchés plus étroits. Prenons l'exemple d'une mare dans laquelle on jette une pierre, ce qui est l'équivalent d'un choc sur un marché financier. Si la mare est très grande, de la taille d’un lac, on obtient très peu de remous. Si on réduit la taille de la mare, la même pierre provoquera de très grosses vagues. Certaines études empiriques montrent précisément que plus les marchés sont larges, moins ils sont volatils.

Jean-Pierre Landau est devenu en 2006 second sous-gouverneur de la Banque de France et membre du Conseil de la politique monétaire.

L'association française des banques (AFB) assure une mission de syndicat patronal, sur le champ de la convention collective de la banque de janvier 2000, pour les banques dites commerciales et le Groupe Banque Populaire. Elle est l’acteur patronal du dialogue social et de la négociation avec les organisations syndicales (convention collective, salaires, emploi, formation professionnelle, …).

Dernière modification : 02 September 2010