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Gouvernance Internationale II : Inégalités et marchés du travail |
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par Denis Jacquot, Département international de la CFDT
La protection des travailleurs ne menace pas la compétitivité des entreprises. Cest un épouvantail qui permet aux dirigeants de contrôler le partage des revenus de lentreprise. Le mouvement syndical international se mobilise pour que lOMC associe les règles commerciales et le droit du travail, et que lOIT ait le statut dobservateur dans lorganisation.
ELa mondialisation des échanges pose de nouveaux défis aux pays industrialisés, en particulier au plan de lemploi et des revenus, et cristallise bien des peurs, notamment celle de la concurrence des pays à bas salaires. Selon un récent sondage dopinion(1), la perception de limpact de la mondialisation en France est ambivalente : considérée par le plus grand nombre comme un facteur daggravation des inégalités sociales (65 %%) et, dans une moindre proportion, comme une menace pour lidentité nationale (56 %%), elle est également perçue comme facteur de croissance (57 %).
Le faux argument de la concurrence. Pour ne citer que le cas de la France, il paraît acquis que le taux de chômage élevé ne résulte que très marginalement des échanges avec les pays à bas salaire et des délocalisations. Si lon prend en compte la part des exportations dans le produit intérieur brut (PIB), 5 millions demplois (22 %% de la population active) sont liés directement ou indirectement à lactivité exportatrice, parmi lesquels un grand nombre demplois qualifiés. Des calculs similaires ont montré que le commerce avec les pays émergents à bas salaires est à peine négatif (2,5 % du PIB français) et nexplique que la perte de 300 000 emplois en 10 ans, principalement non qualifiés, soit un point du chômage actuel. En effet, bien quen rapide augmentation, les importations en provenance des pays émergents restent encore faibles par rapport à la production des pays développés. Elles ne représentent que 3 % de leur produit national brut et moins de 10 % de leur production industrielle.
De même, linvestissement direct total des pays développés dans les pays émergents reste faible : il sélève à moins de 200 milliards de francs par an, soit 5 % de leur investissement total à létranger. Son impact direct sur les salaires et lemploi ne peut être que limité, même si on ne peut pas nier un effet diffus : la mobilité du capital affaiblit le pouvoir de négociation des salariés, toujours soumis à la perspective dun transfert des capacités de production vers dautres lieux. Mais cette concurrence nest pas spécifiquement celle des pays à bas salaires. Elle joue également entre pays développés où la tendance à la réduction de lemploi industriel au bénéfice des secteurs des services est avant tout liée au type de développement économique et aux choix technologiques de ces pays. Il est donc difficile dimputer aux échanges avec les pays émergents à bas salaires une responsabilité importante dans le creusement des inégalités et la croissance du chômage dans les pays développés. Sauf dans certains secteurs particulièrement exposés à la concurrence internationale, comme la sidérurgie, la construction navale ou la fabrication de jouets.
Construire le volet social. De nouvelles politiques de redistribution simposent pour soutenir et développer les capacités dadaptation et de reconversion des salariés et forger les solidarités nécessaires entre les différents secteurs dactivité. Il sagit de promouvoir et de faire appliquer par les voies les plus efficaces le respect des droits fondamentaux des travailleurs tels quils sont incarnés dans les conventions clés de lOrganisation internationale du travail (OIT). Ces droits expriment le refus de loppression en affirmant les libertés syndicales de sorganiser et de négocier, le refus de lexploitation en interdisant le travail forcé, en particulier celui des enfants et des prisonniers et le refus de toute discrimination.
Comment alors promouvoir et faire appliquer les normes sociales fondamentales (NSF) et quels sont les outils et les lieux appropriés pour le faire ? Les partisans dun débat au sein de lOrganisation mondiale du commerce (OMC) avancent trois types darguments. Les NSF reflètent les droits de lhomme fondamentaux et doivent donc être respectées par tous les pays, indépendamment de leur niveau de développement. Le respect de ces normes peut stimuler le développement économique dans lintérêt des travailleurs de tous les pays. Enfin, leur application par lensemble des pays peut contribuer à neutraliser les pressions protectionnistes, notamment dans les pays à hauts salaires. Deux approches, politique et économique, se juxtaposent ainsi pour appeler à débattre des NSF au sein de lOMC.
Bien commun. Lapproche politique ne conteste pas que lOIT soit lorganisme prioritairement chargé de la promotion de normes, ce quelle a fait en adoptant en juin 1998 la déclaration solennelle sur le suivi des NSF. Mais sagissant de droits de lhomme fondamentaux, la responsabilité de leur mise en uvre dépasse la responsabilité de la seule OIT pour incomber à lensemble du système des Nations unies, ainsi quà lOMC. Lintérêt de cette approche est de rattacher la dignité de lhomme à la notion de bien commun, tout comme la défense des grands équilibres écologiques ou du patrimoine culturel commun de lhumanité.
Lapproche économique consiste à examiner si de faibles NSF améliorent ou non la compétitivité commerciale dun pays donné. Une étude de lOrganisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de 1996 apporte des conclusions nuancées(2). Ainsi, il nest pas démontré que les pays à faibles NSF sont plus performants à lexportation. Inversement, des NSF élevées ne constituent pas un handicap et peuvent même être un atout au plan commercial. Létude signale les résultats dautres recherches menées sur 57 pays : deux tiers des 39 pays à faibles NSF nont pas accru leurs parts de marché depuis le début des années 80, tandis que 14 des 18 pays à NSF élevées ont accru leur compétitivité internationale. Ces données rejoignent les conclusions dune récente étude de lOIT(3) sur les zones franches. Elle épingle linterdiction de syndicats dans les zones franches du Pakistan, du Bangladesh et du Zimbabwe et labsence de NSF suffisantes dans les zones franches en général. Mais lOIT observe aussi que la majorité des zones franches applique les normes sociales minimales du pays et note que la concurrence internationale et les exigences de rapidité et defficacité du marché appellent à miser sur la qualité de la main-duvre plutôt que sur la faiblesse des coûts salariaux.
Cest à partir de cette double approche que le mouvement syndical international demande louverture dun débat au sein de lOMC sur les liens entre les échanges et les NSF(4). En sappuyant sur lexpertise de lOIT, ce débat permettrait dexaminer en quoi les politiques commerciales qui tirent parti du travail des enfants ou du non respect des NSF dans certaines zones franches sont acceptables ou non au regard des principes de lOMC. Il pourrait également vérifier la pertinence des systèmes dincitation commerciale comme les systèmes de préférences généralisées (SPG) accordés aux pays mettant en uvre des NSF élevées. Parallèlement, le mouvement syndical revendique la possibilité de faire le point sur la situation des NSF lors de lexamen régulier des politiques commerciales des Etats membres. Il revendique enfin pour lOIT le statut dobservateur à lOMC, au même titre que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Ces propositions, quil sagit de replacer dans la perspective du développement durable, ont été soutenues en particulier par lUnion européenne à Seattle et ont rallié plusieurs pays en développement et non des moindres. Ceci est de bonne augure pour la suite.
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Dernière modification : 18 November 2008