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54 - Gouvernance internationale (III) : OMC, la morale de l'échange | SOMMAIRE> LISEZ LES ARTICLES DISPONIBLES EN LIGNE |
entretien avec Mark Ritchie, IATP.
Courrier de la planète : Vue dEurope, la mobilisation de la société civile américaine à Seattle a semblé sans précédent. Que sest-il passé ? Comment un sujet global comme lOrganisation mondiale du commerce (OMC) a-t-il pu susciter une telle cohésion interne ?
Mark Ritchie : De très nombreux facteurs y ont contribué. Mais il y en a trois fondamentaux. Dabord, lénergie déployée à Seattle était lexpression de problèmes internes dus au système économique global représenté par lOMC. Les agriculteurs ou les défenseurs des forêts se sont mobilisés parce que les entreprises essayent dutiliser lOMC pour repousser les lois environnementales, pour exploiter plus encore les petits agriculteurs ou pour faire reculer les droits du travail. Ces stratégies ont généré un contre-courant de citoyens, avant tout mobilisés par les problèmes nationaux.
autres groupes pensent demblée globalement : ceux qui travaillent sur la
faim dans le monde ou sur les changements climatiques étaient aussi présents à Seattle.
Et presque tout le monde sintéresse dune manière ou dune autre aux
problèmes mondiaux. Il ny a pas de différence si marquée entre le national et
linternational. Mais il faut reconnaître que le mouvement citoyen de Seattle tirait
sa force dun refus de laffaiblissement par lOMC des lois nationales les
plus progressistes.
La première manifestation américaine contre lOMC a eu lieu au Minnesota en 1989, du temps du GATT. Des agriculteurs des Etats-Unis, du Canada et dEurope sétaient mobilisés à loccasion dune rencontre entre des représentants des quatre premiers pays exportateurs agricoles. Ils ont pu surmonter leurs différences pour organiser une contre-conférence et une grande manifestation dans la petite ville où se tenait le sommet.
On peut donc dire que la tenue dune conférence alternative, la manifestation, lélection de représentants de différents pays sont de vieux éléments de la protestation. Bien sûr, à Seattle, le nombre de personnes mobilisées était dix fois plus important, mais lesprit était le même. Dautres secteurs de léconomie étaient très visibles et très présents ce qui nétait pas le cas en 1989. Néanmoins, du premier au dernier moment de lUruguay round, la stratégie des mouvements agricoles, qui sont clairement les leaders de lopposition, a été de provoquer un ralliement, cest-à-dire de mobiliser dautres secteurs et de définir avec eux des revendications portant sur le processus de négociations : plus de démocratie, plus de transparence.
Lample mouvement citoyen qui sest exprimé à Seattle sest développé ces dix dernières années. Il a pu apparaître surprenant par sa taille et sa force des éléments très encourageants pour le futur , mais il est ne sest pas constitué en une nuit. Il est le fruit dun long et patient travail.
Cdp : Le rôle du mouvement syndical na-t-il pas été un peu différent à Seattle que lors dautres mobilisations ?
M. R. : La place tenue par les syndicats est très liée à la politique américaine. Le mouvement des travailleurs a déjà mené des actions antimondialisation dans le passé. Mais les syndicats américains sont particulièrement mobilisés actuellement à cause des élections présidentielles. Traditionnellement, ils concentrent leur travail politique sur Washington : ils ont ainsi été très actifs pour bloquer la procédure de Fast Track Law (voie législative rapide), qui voulait donner le pouvoir de négociation commerciale internationale au président américain au détriment du Congrès, ou lors de la mobilisation contre les négociations de laccord multilatéral dinvestissement. Laction directe est apparue plus récemment. Elle est venue des militants, de la base, qui subissent de plein fouet les effets du commerce et étaient favorables à des actions spectaculaires au niveau national. De plus, certaines décisions de Clinton, le choix de la candidature de Al Gore, ont vraiment mis des syndicalistes en colère. La signature dun accord commercial avec la Chine a été le point dorgue. Je pense que les Etats-Unis se dirigent aujourdhui vers une période daction politique directe, de manifestations, de grandes marches.
Tous ces éléments se sont combinés à Seattle. Si la conférence ne sétait pas déroulée aux Etats-Unis, une telle mobilisation naurait jamais eu lieu.
Le mouvement social américain est très important sur des thèmes comme lagriculture durable ou le tiers monde. Néanmoins, la convergence des défenseurs des tortues et des métallurgistes traduit une profonde modification de la vision des enjeux et aussi de la façon dont ces thèmes sont présentés au grand public. La mobilisation des grands leaders du mouvement ouvrier est nouvelle en soi. Limportance de la mobilisation est elle aussi un élément nouveau. Cest parce que lOMC, à un moment de son histoire, a décidé de soccuper de tous les domaines de lexistence, et plus seulement du commerce. Elle a ainsi rendu possible un contre-courant venu de tous les horizons. Cétait une erreur, et nous avons su en tirer parti.
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Dernière modification : 18 November 2008