54 - Gouvernance internationale (III) :
OMC, la morale de l'échange
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Petites îles, bande à part

entretien avec Michael King, Ambassadeur de la Barbade auprès de l’OMC

Potentiellement riches, nombre de petites îles souffrent avant tout d’un déficit en infrastructures. Elles veulent faire valoir leurs besoins particuliers à l’OMC, dans un groupe indépendant.

Courrier de la planète : Quelles sont les difficultés auxquelles sont confrontées les économies des petites îles ?

Michael King : La petite taille de nos économies constitue évidemment un handicap dans notre concurrence avec les économies plus larges. Mais notre principale préoccupation concerne l’accès aux marchés : l’accès préférentiel à l’entrée de l’Union européenne dont nous bénéficions dans le cadre des accords de Lomé va être remis en cause en raison de l’incompatibilité avec les accords de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Par ailleurs, nos économies souffrent d’un manque de diversification. Nous dépendons bien souvent d’un seul secteur : l’agriculture, le tourisme ou les services financiers. Enfin, nos petites îles sont très vulnérables aux catastrophes naturelles, telles que les cyclones. Quand ces catastrophes surviennent, c’est l’ensemble de notre économie qui est sinistrée, pas un secteur ou une région en particulier. Dans ces circonstances, les programmes de réhabilitation sont lourds et grèvent sérieusement nos budgets.

Cdp : Quels sont selon vous les conditions d’une participation effective des petites îles au sein du système commercial multilatéral de l’OMC ?

M. K. : Ce n’est que par un processus de négociation complètement transparent que l’OMC pourra assurer la participation effective de tous ses membres et des petites îles en particulier. On ne peut pas continuer ainsi à être exclu du processus par des pays membres qui se considèrent comme les plus importants parce qu’ils représentent 80 % du commerce mondial. Notre petite taille ne nous permet pas de faire jeu égal avec les plus grands. C’est pourquoi nous devons bénéficier d’une aide spéciale. Nous manquons notamment cruellement d’infrastructures par rapport aux pays industrialisés. Une autre condition de notre participation effective au système commercial multilatéral serait donc que l’OMC mette en place un programme de renforcement des infrastructures pour nos petites économies. On ne comprend pas toujours très bien cette requête. On se demande par exemple pourquoi de si petits pays ont besoin d’aéroports internationaux. Mais les moyens de communication sont un facteur essentiel de développement. C’est là que le commerce se joue. C’est de cette manière aussi que l’on peut développer le secteur touristique. Sans ce type d’infrastructures, nous ne pourrons pas peser sur la scène internationale et assurer un développement correct de nos économies.

ans le domaine des services, nous souhaiterions également voir s’accroître la liberté de mouvement des personnes physiques. Nous disposons d’une importante main-d’œuvre qualifiée que nous ne pouvons pas exporter suffisamment librement à l’étranger. Cela pourrait pourtant contribuer à l’émergence d’opportunités au niveau local.

Cdp : En tant que " petites îles ", vous êtes assimilés au groupe des pays les moins avancés. Cela vous permet-il de défendre convenablement vos intérêts à l’OMC ?

M. K. : Nous sommes solidaires des revendications des pays les moins avancés. Mais il ne faut pas oublier que beaucoup de petites îles ne sont pas dans une situation économique sous-développée. Loin de là. A la Barbade par exemple, le PIB par habitant n’a rien à voir avec celui des pays les moins avancés. Nous avons des besoins très particuliers en termes d’assistance technique et de développement économique. De plus, nous sommes régulièrement en tête du classement mondial de l’indice de développement humain des Nations unies ; la participation de la société aux affaires publiques est exemplaire et nous n’avons de leçons à recevoir de personne en matière de démocratie >lire page 26. Pourtant, à l’OMC, nous sommes classés dans le groupe des pays les moins avancés, alors que dans tout le système des Nations unies ou à la Banque mondiale, il existe un groupe spécifique aux petites îles. Il est donc grand temps que le secrétariat de l’OMC considère le cas particulier des petites économies.

Dans cet objectif, nous avons reçu le soutien du like minded group. Nous travaillons ensemble à la manière d’intégrer nos revendications au sein des accords de l’OMC. Il ne s’agit pas de nous mettre à l’écart ou de considérer de haut les pays en développement et les pays les moins avancés, mais de faire valoir des intérêts très particuliers. Même au sein du groupe régional dont nous faisons parti, le group of Latin-American Carribean countries, nous devons faire valoir nos particularismes. Ce groupe comprend des pays comme l’Argentine ou le Brésil qui n’ont pas grand chose à voir avec les îles des Caraïbes. En fait, notre objectif consiste à ne pas être marginalisés, d’un côté comme de l’autre, c’est-à-dire à la fois par les pays développés, mais aussi par les pays en développement.

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Dernière modification : 19 November 2008