
|
54 - Gouvernance internationale (III) : OMC, la morale de l'échange | SOMMAIRE> LISEZ LES ARTICLES DISPONIBLES EN LIGNE |
Mark Ritchie, Président de lIATP
Courrier de la planète : En quoi Seattle est-elle une victoire pour la société civile internationale ?
Mark Ritchie : Nulle part on a vu autant de différences et de diversité quau sein de la société civile présente à Seattle : environnementalistes, défenseurs des droits de lhomme, mouvements religieux Mais tous partageaient une conviction : les accords pris par leurs gouvernements et lOrganisation mondiale du commerce (OMC) ne sont pas bons. Ils se retrouvaient ainsi unis dans leur demande non seulement de suspendre le lancement dun nouveau round, mais aussi danalyser limpact environnemental et humain des règles de lOMC. De ce point de vue, Seattle a été une incroyable victoire. La mobilisation a permis le développement dune voix et dune approche plus unifiées des affaires globales par la société civile. Elle a aussi montré la capacité de la société civile à sorganiser efficacement pour atteindre son but.
Courrier de la planète : Pensez-vous que cette union des mouvements citoyens contre lOMC soit durable ? Quont-ils dautre en commun quun intérêt ponctuel ?
Mark Ritchie : Ils ont plus en commun quon ne le dit en général. Ils partagent, à mon avis, la même vision de lhumanité, que traduisent des expressions comme droits de lhomme et relations humaines. Ils partagent aussi limage dune terre commune, mère unique et fragile, limage que nous renvoient les engins spatiaux qui observent la planète. Ce sont ces images très fortes que je retrouve partout.
eci dit, le mouvement en faveur dune action globale remonte au Moyen Age avec le
développement de lEglise. Il a été marqué par la lutte contre lesclavage,
la dénonciation du génocide juif ou aujourdhui rwandais. Cest aussi
lorganisation dune coalition globale qui a permis dinscrire les droits
de lhomme dans la charte des Nations unies ou de lancer le mouvement mondial de
boycott des produits Nike. Lhistoire présente une tendance de fond, celle dun
accroissement constant de la vision globale, de la compréhension, de la communication, de
la coopération et de la collaboration.
Le téléphone, le télégraphe puis Internet ont eu un impact sur ce mouvement. Mais aussi les migrations, léducation généralisée pour répondre aux besoins de léconomie. Tous ces éléments ont eu un effet positif et ont renforcé lapparition dune société civile globale. Comment cela va-t-il se manifester dans le futur ? Ce sera à limage de lhomme, de ses possibilités et de ses limites, des peurs et des préjugés que lui ont donnés son éducation et sa culture. Mais je reste persuadé que nous irons toujours vers des relations globales plus vraies.
Cest important, parce que nous nous sommes dotés de capacités technologiques qui peuvent toucher toute la planète : nos industries contribuent au réchauffement du climat, larme nucléaire peut détruire la planète. Nous sommes confrontés à la menace quavait perçue Albert Einstein. Nous avons accru nos moyens technologiques, mais nous avons échoué à nous doter de capacités équivalentes dans le domaine social et politique. Il faut aujourdhui impérativement le faire pour maîtriser la technologie.
Courrier de la planète : Peut-on espérer un rapprochement entre les organisations non gouvernementales (ONG) du Nord et du Sud, et entre les ONG et les pays en développement concernant les droits de lhomme et les normes sociales, par exemple ?
Mark Ritchie : Je pense que nous allons continuer de voir se développer les liens entre les ONG du Nord et du Sud, de lEst et de lOuest. Nous allons aussi assister à lémergence dONG plus globales, non définies par leur situation géographique. La dimension Nord-Sud va se renforcer, à la fois au Nord, dans les relations Nord-Sud et au Sud. Les relations au sein de la société civile globale devraient elles aussi changer pour des initiatives conjointes entre Nord et Sud.
Tous ces aspects ne sont pas encore également pris en compte, et ce sera particulièrement difficile pour les questions de développement économique, de droits de lhomme, de droits minimums des travailleurs, de procédés agricoles. Des problèmes dautant plus conflictuels au niveau global quils le sont déjà au plan local.
Mais je pense aussi quil faut se donner le temps et les moyens daborder ces sujets. Cest la méthode la plus efficace, même si elle peut paraître très lente, darriver à plus de compréhension mutuelle et de coopération. Parallèlement, il faut continuer dêtre prêt à construire des alliances objectives sur des problèmes clairs pour tous, comme darrêter le travail de lOMC avant quil nait produit plus de ravages !

Site hébergé par Globenet
Dernière modification : 08 September 2010