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55- Eau, santé, culture... Naissance des biens publics globaux | SOMMAIRE> LISEZ LES ARTICLES DISPONIBLES EN LIGNE |
Daniel C. Esty
Directeur du Center for Environmental Law and Policy, Université de Yale
L'organisation du régime international de l'environnement est au bord du chaos. L'OMC s'ajoute maintenant à une demi-douzaine d'agences des Nations unies, aux organisations de Bretton Woods et à des dizaines d'accords multilatéraux... En dépit des réticences américaines, l'idée d'une organisation internationale de l'environnement dans le cadre de l'ONU fait son chemin...
pparue tardivement dans les organisations internationales, la gestion des problèmes
globaux denvironnement souffre de la faiblesse de son régime institutionnel. Les
compétences sont éclatées entre une demi-douzaine dagences des Nations unies, les
secrétariats des différents accords multilatéraux denvironnement et les
institutions de Bretton Woods. Le Programme des Nations unies pour lenvironnement
(PNUE), supposé être la pièce maîtresse du système, est en déliquescence. Cette
fragmentation des institutions se traduit par des réponses décousues aux problèmes
globaux denvironnement, par une incohérence des choix budgétaires et des
politiques suivies.
Le sommet de la Terre tenu à Rio de Janeiro en 1992 donnait une chance de réformer larchitecture internationale en matière denvironnement. Les Etats la laissèrent passer, en grande partie à cause de lopposition des Etats-Unis. Les efforts pour consolider le PNUE et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) échouèrent. Les participants à la conférence de Rio se résolurent finalement à doter les Nations unies dune commission supplémentaire, la commission du développement durable (CDD). Cette nouvelle entité onusienne sest révélée totalement incapable de faire face à la charge surhumaine qui lui revenait : assurer le suivi de lAgenda 21, ce volumineux recensement des problèmes internationaux denvironnement dressé à Rio, cest un peu être chargé de faire le suivi de la Bible La CDD souffre en outre dun manque dappui politique de la part des Etats, dun budget insuffisant et de conflits de compétence avec le PNUE, le PNUD et les autres. La création de la CDD na fait quajouter à lembrouillamini institutionnel du régime international de lenvironnement.
La création dune Organisation mondiale de lenvironnement (OME) pourrait éclairer lhorizon institutionnel. Lidée est de consolider et de fusionner la demi-douzaine dorganismes onusiens compétents en matière denvironnement. Lorganisation ainsi créée fournirait un mécanisme unique de gestion des problèmes transfrontaliers. Cela contribuerait à diminuer le coût des actions politiques globales en matière denvironnement et améliorerait leur efficacité. Elle constituerait en outre un forum déchange de données, dinformations et danalyses à destination des décideurs et des responsables politiques nationaux. Etant donné la complexité et le fort contenu scientifique de la plupart des problèmes denvironnement, un tel échange dinformations ne pourrait quêtre bénéfique pour tous et permettrait datteindre des économies déchelle en matière danalyse des problèmes et de recommandations.
Une OME faciliterait également la libéralisation commerciale et lintégration économique. Elle permettrait de coordonner les politiques de régulation de façon à éviter les concurrences vers le bas, à discipliner les " cavaliers seuls ". En encourageant une certaine convergence des normes denvironnement entre les pays situés à un niveau similaire de développement, elle faciliterait laccès des exportateurs aux marchés étrangers : il ny aurait plus quune seule et même norme à satisfaire.
Cette proposition se heurte généralement à deux arguments principaux. Le premier est que les performances du système onusien sont si déplorables quil ny a pas lieu de créer une nouvelle organisation. Pourtant, la création dune OME serait loccasion de supprimer certains pans inefficaces de lONU pour faire place à de nouvelles structures de gouvernance internationale dans des domaines qui nétaient pas reconnus dans le passé, en particulier lenvironnement. Le deuxième argument est que les Etats vont craindre dabandonner encore une partie de leur souveraineté on se demande au passage pourquoi ils auraient à se méfier du pouvoir dune institution dont on prédit par ailleurs quelle est vouée à être un " machin " inutile et creux. Mais linterdépendance écologique est incontournable. La question nest pas de décider si lon veut ou pas un mécanisme international en matière de politique de lenvironnement. Il sagit de savoir concrètement quelle institution on veut. Dans ce cadre, la logique dune OME simpose clairement. Aucun Etat, aussi puissant soit-il, ne peut se protéger des menaces environnementales en agissant seul. Si les Etats-Unis veulent contrôler leur destinée environnementale, ils sont obligés de coopérer.
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Dernière modification : 20 November 2008