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Namibie : une valeur universelle

Sem Taukondjo, ministère de l'Environnement, Namibie
Les pays en développement, hostiles à l'intégration de normes environnementales à l'OMC, sont cependant favorables au principe de précaution. Préservation des écosystèmes et des plantes endémiques, sécurité alimentaire, asymétrie d'information, etc. L’exemple namibien montre pourquoi...

e principe de précaution affirmé dans le protocole biosécurité de Montréal est une notion véritablement universelle. C’est peut-être un argument de protection commerciale pour l’Europe et les Etats-Unis, mais c’est aussi un instrument essentiel pour les pays en développement. Le principe de précaution nous autorise à nous protéger même si nous n’avons pas les moyens scientifiques d’apporter la preuve des risques que nous encourrons. Il nous permet d’agir dans l’intérêt des plus démunis à l’intérieur de nos pays, pour les petits paysans, pour ceux qui souffriraient le plus de l’invasion des organismes génétiquement modifiés (OGM). La présence du principe de précaution dans d’autres traités internationaux, comme la convention biodiversité ou les accords de l’Organisation mondiale du commerce, montre d’ailleurs sa portée universelle.

Le protocole de Montréal est une avancée historique pour la protection de l’humanité et de l’environnement contre les dangers potentiels des biotechnologies modernes, et spécialement de l’ingénierie biologique. Il a en outre le mérite d’ouvrir la voie à de futurs accords internationaux destinés à protéger l’environnement et/ou la santé humaine à chaque fois que les connaissances scientifiques avancent et que de nouveaux dangers apparaissent.

Ce n’est cependant qu’un début. Chaque pays doit maintenant non seulement harmoniser sa législation avec le protocole, mais aussi chercher à combler les lacunes du texte par son dispositif national, selon ses besoins et ses capacités. Il faut établir les structures nécessaires, renforcer la capacité de gestion et la participation des citoyens sur les questions de biotechnologie et d’ingénierie biologique.

La Namibie a un environnement semi-aride, fragile et unique au monde. Sa faune et sa flore sont adaptées à cet environnement. Autoriser l’entrée d’OGM pourrait provoquer la destruction complète de l’écosystème namibien. Si nous n’étions pas avertis de leur entrée, nous risquerions de réaliser brusquement, que des OGM se sont répandus dans la nature et sont entrés en compétition avec des plantes originelles. Nous devons être prudents avec tous les OGM, les semences, les graines, les molécules vivantes utilisées pour traiter une maladie. Tous ces organismes sont susceptibles de modifier notre environnement et les espèces qu’il abrite.

Prenons les produits transformés, par exemple : du maïs modifié peut être importé sous la forme de farine, de nourriture animale ou même dans des plats préparés pour la consommation humaine. Personne ne peut être sûr que les consommateurs vont réellement les utiliser dans le but prévu par l’importateur. Un agriculteur peut très bien décider de nourrir ses animaux avec une partie de ses semences modifiées. Autre exemple, des fruits originaires de Namibie, uniques au monde, peuvent être contaminés par des OGM sans que personne puisse savoir comment ils réagiront !

Les plantes endémiques de Namibie, les fruits particulièrement, sont extrêmement précieuses et doivent être protégées car elles sont adaptées à leur environnement. Si nous les laissons être génétiquement contaminées, les caractéristiques qui assurent leur survie pourraient disparaître. En cas de sécheresse sévère ou de famine, les gens ne pourraient plus utiliser ces plantes pour survivre. Nous devrions alors augmenter encore nos importations alimentaires, et il n’est pas sûr que l’état de notre économie nous le permette. Le contrôle des OGM est donc aussi une question de sécurité alimentaire.

Par ailleurs, les consommateurs européens et occidentaux sont beaucoup plus informés que le consommateur africain moyen de ce que sont la bio-ingénierie, les biotechnologies et les OGM. D’abord parce que ces produits viennent des pays occidentaux. Si l’Europe se détourne des OGM, les producteurs vont se rabattre sur d’autres marchés où ils pouront les vendre plus facilement. Ils le feront au nom du progrès et de la sécurité alimentaire, ils proposeront des prix bas et nous les laisserons venir. Nous avons donc besoin de règles cadres en matière de biosécurité. Nous avons besoin du protocole de Montréal pour réguler l’entrée des OGM en Namibie, pour garder le contrôle de notre évolution.

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Dernière modification : 08 September 2010