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55- Eau, santé, culture... Naissance des biens publics globaux | SOMMAIRE> LISEZ LES ARTICLES DISPONIBLES EN LIGNE |
entretien avec Elie Jouen, Internationale de l'éducation.
Courrier de la planète : Laccord général sur le commerce des services (GATS) définit certains services éducatifs comme des biens échangeables. Que pensez-vous dune telle évolution ?
Elie Jouen : Le GATS est le résultat de la mise en uvre par lOrganisation mondiale du commerce (OMC) des accords issus du dernier cycle de négociations du GATT, signés à Marrakech en avril 1994. Selon les termes de laccord, le GATS sapplique en principe à tous les services, à lexception de ceux assumés dans le cadre de lautorité gouvernementale.
article I-3 des accords du GATS définit les services publics comme ceux qui ne
reposent pas sur une base commerciale ou qui ne sont pas en compétition avec des services
similaires. Léducation dans le monde, majoritairement, ne repose pas sur une base
commerciale. Il est cependant évident quune partie des services déducation,
notamment denseignement supérieur et de recherche, a développé des services
commerciaux et quune certaine compétition existe entre services public et privé
et, à lintérieur du secteur privé, entre universités et établissements
scolaires. Les services éducatifs entrent donc bien dans le champ dapplication des
accords du GATS.
Cette situation est révélatrice de lévolution des positions des responsables politiques et économiques, toutes tendances confondues. Les décideurs considèrent léducation comme un ensemble de services qui peuvent ou doivent être placés en situation de concurrence et à partir desquels des profits peuvent être dégagés. LInternationale de léducation ne partage pas cette nouvelle orientation. Des innovations doivent être apportées aux contenus éducatifs pour tenir compte des transformations de nos sociétés, la délivrance des services éducatifs doit être certainement reconsidérée à la lumière des potentialités quoffrent les nouvelles technologies de linformation et de la communication, mais le marché ne nous apparaît pas comme le meilleur cadre dans lequel ces innovations et ces changements doivent être menés.
CdP : Quelles sont les raisons de cette évolution ? Quels en sont les risques ?
E. J. : De notre point de vue, il y a deux explications majeures. Tout dabord, la mondialisation de léconomie, qui exacerbe la concurrence et requiert une productivité et un degré de sophistication toujours plus grands des produits et des services mis sur le marché. Dans ce contexte, léducation est devenue un enjeu stratégique pour les entreprises, au même titre que le capital, le management ou les politiques commerciales. La formation des ressources humaines, du point de vue des entreprises, est devenue un paramètre important. Lautonomie des universités favorise ce droit de regard du monde des affaires. Le développement dinstituts privés de formation et la création de corporate universities favorisent le contrôle des contenus de formation des futurs " collaborateurs " de ces entreprises.
La deuxième raison est liée au fait que le secteur des services est devenu économiquement parlant un secteur porteur, alors que le secteur industriel connaît depuis les années 80 des restructurations importantes avec des pertes sensibles de taux de profits. Le secteur des services offre depuis quelques années un champ nouveau dinvestissements et de profits potentiels. Léducation et la formation, qui concernent un milliard de jeunes et dadultes, soit un sixième de la population mondiale, ne peuvent pas, dans cette perspective, laisser les investisseurs indifférents.
Le risque majeur est que léducation et la formation ne soient plus considérées que comme la mise en valeur de " connaissances uniquement transformables en produits et en richesse marchande, à savoir en activités économiques qui produisent une plus-value du capital financier ", comme la déclaré Riccardo Petrella à lune de nos dernières conférences mondiales.
CdP : Ces nouvelles normes posées par lOMC contredisent-elles dautres accords internationaux sur léducation ? Sont-elles notamment compatibles avec la position de lUNESCO ?
E. J. : Il ne faut pas surestimer pas les éventuelles contradictions entre organisations internationales sur les questions déducation. Pour une raison très simple : les Etats, incarnés par leurs gouvernements, décident des orientations de lOMC, de lUNESCO, de lOrganisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de lUnion européenne, etc., sur les questions déducation comme sur bien dautres sujets. Il peut y avoir des décalages dans le temps sur le contenu politique des propositions et des stratégies des différentes organisations internationales, mais les contradictions sur le moyen terme ne sont pas réalistes.
CdP : Existe-t-il des pistes permettant de traiter léducation comme un bien public global ?
E. J. : Notre position est que léducation doit être conçue et organisée en relation avec les besoins du public. Mais lhistoire pèse lourd. Léducation a été tantôt conçue et organisée dans lintérêt des religions, tantôt dans lintérêt des idéaux politiques promus par les Etats, tantôt dans lintérêt du monde des entreprises. Le plus grand danger est que léducation devienne la propriété politique et partisane dun groupe, dune fraction, dune idéologie ou dune composante de la société. Cest la raison pour laquelle lInternationale de léducation milite en faveur " dune éducation publique de qualité pour tous ".
La Commission internationale pour léducation au XXIème siècle, présidée par Jacques Delors, a remis à lUNESCO en 1995 un excellent rapport qui précise les quatre grands objectifs de léducation, sous la forme de quatre piliers : " Apprendre à connaître, apprendre à faire, apprendre à vivre ensemble et apprendre à être ". Ce quadruple rôle de léducation peut sans aucun doute constituer les bases dune conception de léducation dans le sens dun bien public global.
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Dernière modification : 19 November 2008