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56 - Territoires et institutions La reconstruction européenne | SOMMAIRE> LISEZ LES ARTICLES DISPONIBLES EN LIGNE |
Piedad Rivas, Campagne des villes européennes durables.
Courrier de la Planète : Comment est née la campagne européenne pour des villes durables ?
Piedad Rivas : Au début des années 90, un groupe dexperts de lUnion européenne a établi un rapport sur létat des villes en Europe. La première conférence sur les villes durables à Aalborg (1994) sest appuyé sur lui pour proposer une Charte européenne des villes durable et lancer la campagne. Faisant écho à la Conférence de Rio en 92, la Charte dAalborg demande aux villes de prendre leurs responsabilités globales, et dagir sur des questions comme la biodiversité, lénergie, les transports et la gouvernance locale.
CdP : Quest-ce qui fait quaujourdhui la campagne avance ?
P.R. : Ce sont dabord les villes elles-mêmes. Un comité de coordination (COCOM) réunit cinq grands réseaux de villes : le Conseil des communes et régions dEurope (CCRE), Eurocities, le Conseil international pour les initiatives locales de développement (ICLEI), la Fédération mondiale des cités unies (FMCU) et le réseau Villes-santé de lOMS. Il comprend aussi des observateurs de la Commission européenne et cinq représentants politiques des villes. Son agenda de travail évolue avec les politiques européennes urbaines et lactualité de la campagne. Le bureau de la campagne coordonne les activités et projets des réseaux et fait circuler linformation vers les villes, vers les institutions européennes et vers lextérieur. Cest un mouvement unique en Europe.
CdP : Quel type dactions est entrepris ?
P.R. : Les réseaux développent avec les villes des méthodes et des projets respectueux de la Charte dAalborg : des projets sur la santé et la planification urbaine (lOMS-Villes Santé), des groupes déchange dexpériences sur les indicateurs (FMCU), dévaluation de limpact des Agendas 21 locaux (ICLEI) ou des séminaires de prospectives sur les villes en 2020 (Eurocities).
ais lengagement politique envers la Charte dAalborg reste du ressort des
villes. Chaque municipalité ou région, pour pouvoir la signer, doit faire état
dune résolution de son instance politique. Cette signature les engage à mettre en
place un plan local daction à long terme impliquant tous les partenaires de la
ville, y compris les citoyens. La municipalité doit faire valider publiquement ce plan
daction par ses partenaires locaux.
CdP : Comment jugez-vous la politique européenne de la ville ?
P.R. : Elle se construit pas à pas. Les principes du traité dAmsterdam se traduisent par un réel changement de mentalités et des structures de coopération entre lUnion européenne (UE), les Etats membres et les villes. LUE a besoin dêtre plus en contact avec les citoyens et ceci passe par un rapprochement vers les villes. Avec les Etats membres, les collectivités locales sont les acteurs clés de la mise en uvre de la législation européenne, de concert avec les entreprises et les citoyens. La plupart des politiques européennes ont comme cibles les villes et leurs citoyens : les programmes SAVE pour lénergie, URBAN et INTERREG (qui ont pour objectifs la coopération trans-frontalière et inter-régionale), le programme LIFE de la DG environnement et le programme "la Ville de demain" de la DG Recherche.
Dernièrement, la DG Environnement de la Commission Européenne a proposé une nouvelle initiative au Conseil et au Parlement européens, ainsi quaux Comités Consultatifs des Régions pour soutenir le développement durable des zones urbaines et lAgenda 21(COM(1999)557final). Cette initiative devrait être adoptée au cours de la Présidence française dans la 2ème partie de lannée 2000.Si elle l est, on disposera dun nouveau cadre de coopération entre la Commission européenne et les villes créant une plate-forme de discussion plus large, représentant non seulement les gouvernements membres mais aussi les ONG, les entreprises, les collectivités locales. Ce nouvel instrument permettra daccroître lefficacité de la coopération de la commission avec ces différents partenaires. Le projet de décision prévoit un budget de 12 millions dEuros pour la période 2001-2004. Ces fonds sont destinés à soutenir et assister techniquement des activités telles que des campagnes de sensibilisation ou encore léchange dinformation et des bonnes pratiques en matière de développement urbain durable.
CdP : Quel bilan peut-on tirer de la campagne ?
P.R. : La campagne propose actuellement à toutes les collectivités locales participantes dévaluer leur progression par rapport aux objectifs de lAgenda 21. Ceci doit permettre daller plus loin. Des efforts importants ont été faits en termes de transports, de planification urbaine mais il reste encore beaucoup à faire en termes de gouvernance, de réformes des structures de décision, et dune réelle implication du secteur économique.
En février dernier, la 3ème Conférence européenne des villes durables à Hanovre a appelé les ONG et le secteur privé à simpliquer dans le processus local, et les villes à intégrer le social et léconomique dans leur action.
Ces blocages tiennent aux mentalités et aux comportements sociaux. Ils révèlent aussi les s blocages administratifs propres aux villes. Le développement urbain durable est un objectif à long terme qui implique de multiples ajustements internes. Il dépend aussi des rapports entre la ville, sa région et le gouvernement central. Cela ne se passe pas de la même façon partout en Europe (lire Burkhard Eberlein, p. 28). Il faut dépasser la peur liée à tout changement de structure administrative ou de système de prise de décision. Chaque municipalité, chaque pays doit ouvrir un débat de fond sur ces points.
CdP : Les débats citoyens en la matière sont-ils les mêmes dans tous les pays ?
P.R. : Les structures administratives et décisionnelles sont variables dun pays à lautre. Par exemple, dans les pays baltiques elles sadaptent au fait que les citoyens sont plus actifs dans la vie publique. Ladministration cherche sans cesse sadapter à lengagement de ses citoyens et faire des compromis. Certaines villes du Nord, comme Tampere en Finlande par exemple, donne libre accès à ont leur budget municipal annuel grâce à un site web et tout citoyen peut donner son avis sur laffectation des fonds. La ville de Berlin aussi a créé son site web pour impliquer les citoyens dans le processus de discussion de leur Agenda 21. Par contre, ce type dactions rencontre une plus faible participation dans les sociétés du Sud de lEurope.
Beaucoup doutils pour laménagement durable, comme les pistes cyclables ou les zones piétonnes, ont dabord été développé dans les villes du Nord. Industrialisées plus tôt, elles ont connu plus vite des problèmes de pollution urbaine et ont cherché des solutions à travers dune planification urbaine plus intégrée. Les villes méditerranéennes, en terme daménagement, sont plus compactes. Elles ont donc moins souffert de problèmes de transports ou de polarisation sociale. Lentraide y est plus développée. Elles ont conservé une plus grande mixité de loccupation des bâtiments entre habitats et activité économique. Ce modèle ancien doccupation de lespace est en soi bien plus soutenable que le modèle urbain nord-européen de ville industrialisée.
La Campagne européenne des Villes Durables a été créée en 1994. Elle rassemble aujourdhui plus de 800 autorités locales et régionales et un grand nombre dacteurs et de partenaires (associations, centres de recherche etc.), qui se sont engagés au respect des principes dune charte européenne et ont formé une plate-forme de communication, de réflexion et de mise en uvre du développement durable.
Lobjectif de la Campagne est de promouvoir un développement urbain plus durable à travers la mise en place des Plans dAction Locale 21 et dune coopération accrue entre autorités locales. Cette campagne trouve ses origines au Chapitre 28 de lAgenda 21 approuvé à Rio en 1992 et dans le 5ème Programme daction de la commission européenne sur lenvironnement et la Durabilité" (voir le site www.sustainable-cities.org/sub2.html).
LAgenda 21 a été adopté à Rio en juin 1992 à la Conférence des Nations Unies pour lEnvironnement et le Développement. Il fixe un programme daction à respecter pour promouvoir un développement durable. Le chapitre 28 appelle les collectivités territoriales à mettre en place un processus consultatif et à établir un consensus municipal en faveur dune action locale durable.
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Dernière modification : 21 November 2008