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58 - gouvernance locale
La scène et les acteurs
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Du Nord aux Suds
Des identités écartelées
Pierre-Jean Roca, CNRS-regards et IFAID

L’unité de la société civile internationale recouvre l’utilisation de messages et de modes de légitimation à la fois universels et contradictoires. La force des ONG du Nord viendrait de l’unité de leur discours face à des ONG du Sud prises entre leur discours intérieur et l’idéologie internationale.

e constat est d’évidence : la "forme"1 organisation non gouvernementale (ONG), venue d’Occident, se répand jusqu’aux confins de la Terre. Dans le théâtre supra-national, il faut noter deux faits. D’une part, la fragmentation des légitimités des acteurs étatiques et les légitimités partielles acquises par les nouveaux venus – les ONG – correspondent à la constitution d’un nouvel échelon concret de gouvernance. D’autre part, la globalisation des flux commerciaux et d’un certain nombre de flux idéels – le feuilleton Dallas traduit en une multitude de versions "nationales" et CNN, que l’on peut capter de n’importe quel point du globe – s’accompagnent d’une offre multiple et contradictoire de " sens ", dans la plus parfaite équivalence de ceux-ci et en autorisant toutes les combinaisons possibles, voire même la recomposition de sens anciens en néo-traditions.

Dans ce cadre, l’expansion du modèle ONG répond bien à la fois à l’absence d’un sens dominant et, en même temps, à la juxtaposition de sens multiples. Comment ces superpositions de rôles s’organisent-elles aux différents niveaux de gouvernance ? Comment les contradictions sont-elles résolues ? Que signifie la cacophonie actuelle ? N’est-elle que transitoire ? Les réponses ne sont pas identiques selon que l’on regarde du côté de l’Occident ou du côté des Suds.

Au-dessus du national et en dessous. A chaque niveau d’échelle, les ONG exploitent des modes de légitimation pour créer leur propre espace d’expression. Ainsi, les ONG occidentales peuvent à la fois jouer de leur crédibilité infranationale – "sans les centres" et parfois "contre" quand il s’agit de défendre les idées des minorités –, et aussi de leur reconnaissance internationale faite d’acceptation des règles du jeu interétatique.

Pour nombre d’ONG des Suds, il n’en va pas de même. Leurs références sont faites, d’abord et avant tout, des contraintes que rencontrent leurs membres au niveau national et en dessous de celui-ci. Ainsi, quand il s’agit de discuter, dans les forums internationaux, la question de l’articulation des régulations du commerce avec le respect d’un certain nombre de normes sociales, elles vont se positionner seulement du point de vue de la survie des économies de leurs pays respectifs. Elles vont alors s’opposer aux ONG occidentales et internationales qui réclament des conditionnalités sociales, en arguant du fait que celles-ci ne font que défendre les inégalités structurelles et la domination des pays riches "pouvant se payer le luxe" de faire vivre leur population à l’abri de normes sociales et environnementales.

Les discours tenus au-dessus et en dessous du niveau national peuvent alors être très différents. Les ONG islamiques, par exemple, pratiquent le secours aux plus démunis par conviction religieuse, selon le mode d’action associatif musulman, dans le strict respect des coutumes des communautés. Dans le même temps, lorsqu’elles participent aux forums internationaux et aux négociations multilatérales, elles revendiquent certes leur spécificité, mais avec une syntaxe aseptisée où le sens communautariste n’entre pas en conflit avec l’individualisme dominant, qui sans être universellement admis est du moins politiquement correct.

A chaque niveau de gouvernance, un discours adapté permet aux ONG de survivre, d’être des acteurs qui comptent et des interlocuteurs reconnus – quitte à avoir plusieurs discours si les règles du jeu ne sont pas homogènes entre les différents échelons d’organisation.

Prétention universelle. Que se passe-t-il alors quand des messages portés par des ONG, différents mais chacun ayant prétention universelle, entrent en concurrence ? En effet, si les modes de légitimation exposés précédemment sont forcément contextuels, ceux qui se fondent sur des valeurs " universelles " (ou déclarées comme telles par ceux qui les énoncent) sont par essence expansionnistes : peut-il y avoir, à l’heure de la mondialisation, de la place pour deux, voire trois visions globales du monde ?

Prenons l’exemple des ONG médicales d’urgence : celles qui sont d’origine occidentale ont ainsi recours "au droit permanent et non contingent" d’intervenir pour soulager la souffrance de tout homme blessé physiquement ou en danger de l’être. Il y a à l’arrière-plan de ces modes d’agir toute une anthropologie. Celle-ci s’enracine, de fait, dans " la déclaration universelle des droits de l’homme" qui se décline en droits des femmes, droits des enfants, etc. Soit dit en passant, il y a là une vraie contradiction pour nombre d’ONG prônant aussi le respect des us et coutumes locaux, parfois peu compatibles avec les droits "universels". En tout état de cause, les ONG ont deux attitudes différentes justifiées par deux représentations de la temporalité de l’action : en temps "normal", les ONG nationales agissent à l’intérieur des frontières de leur Etat ou de celles de leur aire culturelle de référence, en se conformant, bien évidemment, aux usages locaux; en situation "d’urgence" les ONG les plus opérationnelles, i. e. les internationales, franchissent les frontières et agissent selon les règles de comportement qui découlent de la vision occidentale de l’homme, de la femme et de l’enfant, notamment en ce qui concerne le rapport au corps, la vision fonctionnaliste d’un "corps-machine" étant largement la représentation dominante.

Face à elles, les ONG islamiques (par exemple, Islamic Relief) sont elles aussi porteuses d’une vision de l’humain qui voudrait conquérir les esprits. Force est de reconnaître que la concurrence se règle par un partage des territoires : les ONG islamiques interviennent là où l’Islam est majoritaire, les ONG européennes interviennent partout, ce qui les rend au bout du compte, plus légitimes internationalement parlant. Les premières restent attachées, voire enfermées, dans une aire culturelle donnée.

Il y a là l’affrontement de deux imaginaires dont un est déjà un imaginaire social planétaire, notamment à cause de ce que Z. Laïdi appelle la mondialisation des affects2 : "La plupart des événements mondiaux se vivent sur le mode de l’émotion." Les ONG, formant un duo " théâtral " avec les médias, (duo auquel il faudrait ajouter la figure toujours présente du " militaire "3, contribuent, là encore, à la formation "d’un vivre ensemble émotif, exprimant la sentimentalisation des sociétés sur les décombres du politique". Portant du "sens" et des "valeurs" se voulant universels, mais moins légitimés dans le système des relations internationales parce que résistantes à l’occidentalisation du monde, les ONG non occidentales pourront-elles jamais prétendre jouer un rôle de premier plan au niveau de gouvernance supra-national ? Ici aussi, le niveau de gouvernance et l’aire d’extension de son emprise règlent le problème de manière empirique.

1) Au sens du patron de la couturière, mot qui a donné pattern en anglais.
2) Laïdi, Z., Les imaginaires de la mondialisation, Esprit, octobre 1998.
3) Roca, P.-J., Le masque de l’urgence, Courrier de la Planète n°27, 1995.

Pouvoirs
Le rôle des sciences sociales Anthropologie Anciennes méthodes, nouveaux objets
Jean-Pierre Olivier de Sardan
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, France.

Une approche éthique des relations de pouvoirs
Carlos
Sanchez Milani

UNESCO-Most.

Pratiques Politiques
ONG
Le credo de la neutralité
Marko Ulvila Université
de Tampere, Finlande.

Bénin
Investir la démocratie locale
Nassirou
Bako-Afari
, historien et anthropologue.

Sociétés civiles Aide au développement L'usine à gouvernance
Jude Howell
IDS, Royaume-Uni.

Du Nord au Sud Des identités écartelées
Pierre-Jean
Roca
,
CNRS-Regards
et IFAID.

Croatie
Balbutiements d'ONG
Jasminka Ledic Université
de Rijeka Kornelia Mrnjaus Association
pour le développement de la société civile.

ONG de l'Est
Renaissance
et défis
Randall J. Davis Regis Université et CCSI, Etats-Unis.

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Une affaire non gouvernementale
Carrie Meyer,
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Népal
Des ONG de passage ?
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Faire du capital un outil
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Changer les règles locales
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Liban
Inventer la démocratie locale
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Dossier Inde Décentralisation
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Le réveil
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Comment cornaquer
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Questions sociale s
Sécurité alimentaire
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P. V. Satheesh, Deccan Developmeent Society
Michel Pimbert, IIED.

Environnement. Quand la gouvernance
fait la forêt
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Gouvernance : dimensions d'un concept

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Dernière mise à jour Thursday 22 December, 2005