Comité
intergouvernemental 1
Les tactiques de la mise en uvre
entretien
avec Eric
Schoonejeans, Ministère de l'Aménagement du
territoire et de l'Environnement
Le protocole biosécurité est adopté, la négociation est close.
Mais, sous couvert de discuter dapplication, les discussions
techniques des délégués gouvernementaux à Montpellier pourraient
prendre une tournure plus politique. Notamment autour de létiquetage
et du règlement des différends
Courrier de la planète : Quels sont les enjeux
de la première réunion du comité intergouvernemental pour le protocole
biosécurité ?
Eric Schoonejeans : La phase de négociation
sest close avec ladoption formelle du protocole biosécurité
à Montréal en janvier 2000. Létape actuelle consiste à préparer
lentrée en vigueur. Le processus de préparation, plus technique
que politique, est cependant très important, car il faut veiller
à réunir les conditions indispensables à la mise en uvre
des dispositions du protocole. Si le comité intergouvernemental
ny parvient pas, laccord reste sans effet. Cest
dautant plus important pour le protocole biosécurité que
cest un accord de procédure bien plus quun accord
de politique générale.
e
premier enjeu de la mise en uvre est de permettre à un maximum
de pays de ratifier linstrument, cest-à-dire de disposer
des moyens nécessaires, à la fois juridiques, techniques (évaluation
de risques) et administratifs pour pouvoir bénéficier des procédures
définies dans le protocole et satisfaire aux obligations qui en
découlent. Cela vaut tout particulièrement pour les pays en développement
qui ne disposent pas aujourdhui dun cadre juridique
national pour les produits issus des biotechnologies.
Le comité intergouvernemental de décembre traitera de deux questions
techniques majeures. Lune est le renforcement des capacités
des pays en développement. Supposons quun pays partie au
protocole reçoive une notification dexportation dun
chargement dorganismes vivants modifiés, dans le cadre de
" laccord préalable en connaissance de cause ".
Il est tenu, dans un délai défini, de décider sil refuse
ou accepte dimporter la cargaison, et éventuellement dans
quelles conditions. Mais pour décider, il doit disposer de certaines
capacités, notamment pour pouvoir évaluer les risques. Le deuxième
grand sujet de la réunion est léchange dinformation,
à travers notamment le Centre déchange du protocole. Cest
important pour deux raisons. Dabord, pour que la procédure
soit opérationnelle, les pays doivent disposer de certains informations
: caractéristiques des produits échangés, décisions prises par
les autres pays, liste dexperts compétents, etc. Ensuite,
le Centre a un rôle opérationnel dans certaines procédures. Dans
la procédure relative aux organismes vivants modifiés destinés
directement à lalimentation ou la transformation, la mise
à disposition à travers le Centre déchange dune autorisation
dans un pays donné définit ainsi le départ de la procédure dautorisation
éventuelle de ces produits dans dautres pays.
Courrier de la planète : Le débat est vif entre
les partisans dun étiquetage volontaire des produits issus
des biotechnologies et ceux qui défendent un étiquetage obligatoire
>lire page 38. Ces enjeux politiques entreront-ils dans le
cadre de la discussion ?
Eric Schoonejeans : Cest vrai que la question
de lidentification des produits est très politique. Ainsi,
lUnion européenne a adopté des règles qui vont beaucoup
plus loin que les dispositions du protocole. Aux Etats-Unis, le
débat est également vif : en octobre, la directrice de lAgence
américaine pour la protection de lenvironnement sest
prononcée publiquement pour létiquetage obligatoire des
OGM. Pour faire passer le protocole, lUnion européenne a
dû saccommoder de dispositions pas totalement satisfaisantes
en matière détiquetage et didentification des produits,
et la question reviendra sur la table en décembre. Le comité devra
passer en revue les dispositions existantes en matière de manutention,
de transport, de conditionnement. Cependant, à trop politiser
la réunion du comité intergouvernemental, on risque de lempêcher
daboutir, cest-à-dire de bloquer la mise en uvre.
Ce serait une grave défaite pour les partisans du protocole, notamment
pour les pays en développement. La priorité est de permettre lentrée
en vigueur dun protocole fonctionnel, et ce dans un calendrier
très court, puisque deux réunions du comité seulement sont prévues.
Courrier de la planète : Puisque lUnion
européenne a déjà au niveau intérieur des exigences supérieures
à celles du protocole, pourquoi a-t-elle intérêt à négocier ?
Eric Schoonejeans : Pour plusieurs raisons.
Cela tient dabord à la nature même des risques environnementaux
de dissémination génétique. Sil ny a pas un cadre
international minimum harmonisé en matière de biosécurité, les
possibilités dimpact transfrontière sont considérables.
Au niveau européen, il faut veiller à ce que les pays non membres
de lUE et non candidats à ladhésion, qui sont totalement
libres de leur politique environnementale, adoptent néanmoins
un niveau de protection équivalent à celui de lUnion. Ensuite,
même si le droit de lUE est plus strict en matière de biosécurité,
le protocole le conforte vis-à-vis du droit international. La
législation communautaire, au lieu dêtre isolée, rentre
dans un cadre agréé par consensus au niveau multilatéral.
Courrier de la planète : Larticulation
entre le protocole et dautres éléments du droit international,
notamment en matière de commerce et de sécurité des aliments,
ne figure pas en tant que telle sur lagenda de discussion.
Cette question pourra-t-elle néanmoins être traitée ?
Eric Schoonejeans : Ces dispositions ont été
négociées, et il ny a pas lieu a priori de revenir dessus,
sauf pour préciser la manière de les mettre en uvre. Le
préambule de laccord indique que le protocole devra être
appliqué en conformité avec les autres principes du droit international,
donc autant avec les règles de lOrganisation mondiale du
commerce (OMC) quavec celles dinstruments environnementaux
comme la convention biodiversité. Chaque fois quon parlera
de mise en uvre, il faudra réfléchir à la cohérence avec
les autres normes internationales.
Ainsi, il est possible dinstaurer un mécanisme de règlement
des différends propre au protocole dans le cadre des règles de
respect des obligations. On commencera certainement à en discuter
à Montpellier, et il faudra forcément le faire en pensant aux
liens avec lorgane de règlement des différends de lOMC.
Mais concernant les relations avec lOMC, il faudra surtout
veiller à ce que de nouvelles dispositions négociées dans le cadre
de lOMC ne viennent pas contredire ce qui a été adopté à
Montréal. Cest essentiellement à lextérieur quil
faut consolider les normes du protocole.
Par ailleurs, laccord prévoit de sappuyer sur les
travaux des autres organisations internationales compétentes en
matière de sécurité des aliments ou de risques environnementaux.
Il est donc clair que pour la sécurité sanitaire des produits
issus des biotechnologies, le protocole sappuiera principalement
sur les travaux du Codex alimentarius >lire page 21, dont les
normes indicatives font référence à lOMC. Il nest
pas question de dupliquer ce que fait le Codex, qui a créé il
y a moins dun an un comité, présidé par le Japon, chargé
des questions de sécurité sanitaire des aliments issus des biotechnologies.
Certes, la commission du Codex est très critiquée pour son caractère
peu démocratique. Mais ce nest pas une raison pour créer
un groupe parallèle chargé dexaminer les risques sanitaires
des OGM. Labsence de démocratisation du Codex est liée davantage
au poids que peuvent obtenir les différents gouvernements dans
les secrétariats des différents comités techniques quau
lobbying des industriels. Ce nest pas tant une question
de transparence que de moyens techniques et financiers, en particulier
pour les pays en développement. Du point de vue de la cohérence
des normes internationales, lessentiel est de ne pas empiéter
sur les compétences des organisations déjà en place, aussi imparfaites
soient-elles.
Courrier de la planète : Quelle place le protocole
fait-il aux discussions avec les mouvements non gouvernementaux ?
Eric Schoonejeans : La convention biodiversité
assure une véritable participation des ONG. Lors des négociations
du protocole, la transparence et la participation ont été assez
remarquables, les toutes dernières phases de négociation se déroulant
même en en présence de la presse. A Montréal, un certain nombre
dassociations ont manifesté en permanence devant le lieu
de négociation, bravant des 30° celsius, mais rien ne les
empêchait dêtre aussi à lintérieur ! Cétait
un choix politique et médiatique. Les ONG sont les bienvenues
et peuvent participer aux travaux. La question est très différente
de ce qui se passe avec lOMC et le Fonds monétaire international
ou la Banque mondiale.
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