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Le
point de vue des écologistes
Un bon début
Arnaud Apotheker, Greenpeace France.
Greenpeace se réjouit de laffirmation du principe de précaution
dans le protocole biosécurité, mais déplore la distinction introduite
entre les différents types dOGM. En se battant pour un étiquetage
systématique de tous les OGM, lONG espère pouvoir rectifier
le tir.
a
première réglementation internationale pour le contrôle du commerce
des organismes génétiquement modifiés (OGM) est née à Montréal
le 29 janvier 2000. Issu de la convention sur la diversité biologique
de 1992 et fruit de plusieurs années de négociations difficiles,
le protocole de Carthagène sur la biosécurité représente une étape
historique pour la protection de lenvironnement face aux
dangers potentiels des OGM. Cinq années après les premières disséminations
commerciales de cultures transgéniques, qui totalisent déjà 40
millions dhectares à travers le monde, la communauté internationale
reconnaît enfin que les OGM sont porteurs de dangers spécifiques
pour la biodiversité et la santé humaine et que leurs échanges
doivent être réglementés et contrôlés.
Pour Greenpeace, ladoption du protocole sur la biosécurité
représente une avancée importante parce que le principe de précaution
est explicitement la base des prises de décision pour les mouvements
transfrontières de tous les OGM, y compris les matières premières
agricoles. Le principe de précaution figure dans les paragraphes
opérationnels du traité, à la différence dautres accords
internationaux touchant à la protection de lenvironnement,
où seul le préambule, à valeur peu contraignante, y fait référence.
Le protocole (article 10.6) consacre en effet le droit des pays
de refuser des importations dOGM même en labsence
de certitude scientifique sur leurs atteintes possibles à la biodiversité
et à la santé humaine. Il pourrait à cet égard servir de précédent
pour tous les accords multilatéraux denvironnement.
Le protocole établit des procédures daccord préalable en
" connaissance de cause " pour les mouvements transfrontières
dorganismes vivant modifiés (OVM). Le pays importateur doit
explicitement donner son accord à limportation dun
OVM pour que léchange puisse avoir lieu. Ces procédures
sont toutefois moins contraignantes pour les OVM destinés à lalimentation
humaine ou animale et à la transformation que pour ceux destinés
à être directement introduits dans lenvironnement, notamment
sous forme de semences. Cest le groupe de Miami, qui représente
les intérêts des pays exportateurs dOGM et des multinationales
de lagro-alimentaire, composé des Etats-Unis, du Canada,
de lArgentine, de lAustralie, du Chili et de lUruguay,
qui a réussi à imposer cette distinction entre OVM " de reproduction
" et OVM destinés à lalimentation. Une distinction
absurde et inapplicable : les semences de nombreux végétaux
sont en effet comestibles et il est souvent impossible de déterminer
à lavance si des semences seront utilisées comme aliment
ou comme culture. Le protocole permet néanmoins aux Etats daller
plus loin et dadopter une réglementation nationale spécifique
pour les OVM destinés à lalimentation. En outre, même pour
ces OVM, le principe de précaution (et non le risque avéré) peut
motiver la décision. Ce sont ces deux avancées majeures du protocole
quil convient dexploiter pour sopposer aux pressions
des exportateurs dOGM.
Le public veut savoir. Cest sur les questions de manipulation,
de transport, demballage et didentification quont
dû être faites les principales concessions au groupe de Miami.
Le protocole, on la vu, instaure des règles didentification
différentes selon le type dutilisation des OVM : alimentation
et transformation, culture en milieu confiné, culture en plein
champ. Pour la première catégorie dOVM, le groupe de Miami,
en faisant pression jusquà la dernière minute, a réussi
à faire disparaître lobligation didentifier clairement
la présence dOVM dans les chargements. Les exportateurs
dOVM destinés à lalimentation et à la transformation
devront uniquement apposer les mentions " susceptible de
contenir des OVM " et " non destiné à une introduction
intentionnelle dans lenvironnement ". Les dispositions
finales concernant lidentification de ces OVM devront être
prises au cours des deux années suivant lentrée en vigueur
du protocole. La pression des exportateurs dOGM pour un
étiquetage flou traduit leur volonté déviter une identification
claire et précise et une traçabilité dont ils sont conscients
quelles ne peuvent être réalisées que par la ségrégation
des filières transgéniques et conventionnelles. Mais cette stratégie
ne leur permet que de gagner du temps par rapport à lexigence
toujours plus forte du public dêtre informé sur la présence
ou labsence dOGM dans son alimentation et aux réalités
du marché pour la ségrégation. Lavenir des OGM ne dépend
pas que des réglementations internationales et nationales, mais
également des lois du marché. Les consommateurs, dans tous les
pays, doivent exiger de leurs autorités nationales quelles
élaborent des règles strictes pour létiquetage des denrées
alimentaires issues dOGM afin que les négociations futures
du protocole sur les règles détiquetage apportent plus de
transparence.
Accroître le contrôle. Dans lensemble, Greenpeace considère
le protocole comme un outil quil faudra améliorer. Le principe
de précaution quil consacre doit permettre à tous les pays
dinterdire la dissémination des organismes transgéniques,
dont personne ne peut prévoir les conséquences à long terme. Il
doit permettre de limiter lemploi des OGM aux milieux confinés.
Il doit également permettre à la société civile daccroître
son contrôle sur les décisions prises en matière dOGM, et
de progresser sur les problèmes de responsabilité, de réparation
des dommages, dinterdictions régionales ou globales de certains
OVM.
Les récentes affaires de contamination de semences de coton,
colza, maïs et soja par des OGM non autorisés dans lUnion
européenne >lire page 36 ne font que confirmer lurgence
de mettre en place une réglementation internationale qui permette
déviter le fait accompli de la contamination génétique par
les pays exportateurs. La première réunion du comité intergouvernemental
pour le protocole de Carthagène, à Montpellier, en décembre 2000,
est à ce titre dune importance capitale. Dune part,
elle permettra de mesurer lengagement des gouvernements
dans le domaine de la biosécurité. Dautre part, elle sera
décisive dans la suite des négociations sur le thème majeur de
lidentification. Seule une identification rigoureuse, complète
et précise de tous les chargements contenant des OGM ou dérivés
dOGM donnera aux Etats les moyens de prendre les décisions
adéquates dutilisation et dimportation des organismes
transgéniques. Il est clair en particulier que le groupe de Miami
continuera de faire pression pour éviter ou retarder ladoption
de règles jugées trop contraignantes concernant létiquetage
et la traçabilité.
On peut cependant espérer que la fermeté des gouvernements des
pays en développement du groupe du " même esprit " (like-minded
group), partisans dun protocole fort, et la pression des
consommateurs et du public feront échec aux tentatives dimposer
les OGM à ceux qui les refusent. On a vu à Montréal que la pression
de la société civile pouvait influencer le cours des négociations.
La tenue de la réunion en France, dont lopinion publique
est fortement opposée à lutilisation des OGM en agriculture
et dans lalimentation et dont les autorités politiques ont
fait de la traçabilité un cheval de bataille, permet despérer
que lUnion européenne refuse de transiger sur les exigences
dinformation en matière dimportation dOGM. Comme
à Montréal, sa place est du côté des pays like-minded et non de
ceux qui cherchent à favoriser les multinationales des biotechnologies.
Pour Greenpeace, la réunion de Montpellier doit en particulier
être loccasion de revenir sur les dispositions laxistes
concernant létiquetage des OGM destinés à lalimentation
humaine et animale et à la transformation, qui nobligent
quà la mention totalement floue de " susceptibles de
contenir des OGM ". Car comment un gouvernement pourrait-il
prendre des mesures de sauvegarde sil ne connaît pas avec
certitude la présence dOGM dans les importations, ni leurs
caractéristiques ? Comment pourrait-il satisfaire aux exigences
légitimes dinformation des consommateurs sil nest
pas en mesure dobtenir linformation des exportateurs
? Lidentification précise des cargaisons est une exigence
minimale, indispensable pour que la société puisse exprimer ses
choix sur la technologie génétique et que les autorités puissent
protéger lenvironnement et la santé. Et si les exportateurs
refusent de communiquer ces informations, il ne reste quà
refuser les importations dOGM.
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