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Scandale
StarLink
Qui va payer ?
Kristin Dawkins, IATP
Les Etats-Unis exportent une variété de maïs transgénique
qui na pas été déclarée propre à la consommation humaine
et peut provoquer des allergies. Le maïs StarLink couvre aujourdhui
plus de 350 000 hectares. Qui va payer pour lélimination
de ce produit de la chaîne alimentaire ? Et que peuvent faire
les pays importateurs ?
ien
que le protocole de Carthagène sur la biosécurité ne soit pas
encore appliqué, les pays signataires souhaiteraient agir dès
aujourdhui afin dempêcher toute importation et de
demander réparation pour les coûts que cette exportation américaine
dune variété de maïs transgénique impropre à la consommation
humaine pourra entraîner.
Les données du droit international. Selon le droit coutumier
international, les Etats ont le devoir de vérifier que leurs actions
sont sans danger pour les autres pays. Ce principe de droit commun
fut étendu à la pollution de lenvironnement internationale
en 1941 par larbitrage " Trail Smelter " et développé
plus tard dans la déclaration de Stockholm de 1972 et dans la
déclaration de Rio de 1992, ainsi que dans plusieurs règles de
la Cour internationale de justice (CIJ). En 1996, la CIJ a émis
un avis consultatif concernant la légalité des armes nucléaires
qui stipulait que " lenvironnement nest en aucun
cas une abstraction mais représente au contraire lespace
vital, la qualité de vie et la santé des êtres humains, et des
générations futures. Lexistence de lobligation générale
pour les Etats de sassurer que les activités relevant de
leur juridiction et contrôle respectent lenvironnement des
autres nations ou régions par delà les limites de leur contrôle
national fait dorénavant partie du corpus du droit international
relatif à lenvironnement. " Les règles et traités environnementaux
ultérieurement produits par la CIJ confirment ce principe.
Tout cela semble indiquer que le gouvernement des Etats-Unis
est responsable de ce que lon pourrait qualifier dimprudence
et de faute par négligence, pour ne pas avoir assuré la ségrégation
dune variété de maïs nayant pas reçu dhomologation
pour la consommation humaine puisque pouvant provoquer
des allergies. Le maïs en question contient la protéine Cry9C
Bascillus thuringiensis sous espèce tolwothi et lADN nécessaire
à la production de cette protéine. Il est prouvé que la protéine
Cry9C reste stable à la chaleur et résiste aux sucs gastriques,
soit les deux principaux indicateurs dallergénéicité. Ce
maïs est commercialisé sous la marque StarLink, produit de la
société Aventis CropScience. Mais les structures américaines nétant
pas préparées à une différenciation des lots, le maïs StarLink
a finalement été distribué autant sur le marché intérieur quà
lexportation. Des tests dADN indépendants ont révélé
la présence de la protéine StarLink dans une catégorie de produits
de consommation aux Etats-Unis et au Japon, dont la récente législation
a fixé une tolérance zéro sur les importations de produits agricoles
non homologués. En labsence dun système efficace de
ségrégation, lapprobation même du gouvernement américain
peut être considérée comme une imprudence et une négligence.
La négligence est déjà terrible. Et si nous parlions de malveillance
intentionnelle ? Une fois la contamination découverte (pas par
des inspecteurs de lEtat, mais par des organisations non
gouvernementales sopposant aux aliments issus du génie génétique),
le ministère de lAgriculture (USDA) sest débarrassé
du produit indésirable en donnant son approbation officielle à
lexportation de StarLink laissant ainsi aux pays
importateurs le soin de rejeter les importations de StarLink et
vérifier eux-mêmes le contenu de leurs livraisons. En outre, lAgence
américaine pour la protection de lenvironnement (EPA), qui
a enregistré StarLink sous lappellation de " plante
pesticide ", a diffusé une note intérieure informant que
Aventis cherche actuellement à obtenir une exemption pour lADN
Cry9C StarLink et la protéine Cry9C afin de pouvoir les distribuer
dans lalimentation humaine et animale. Cette homologation
est assujettie à une période de consultation publique et à la
décision finale de lEPA. Les Etats-Unis peuvent espérer
que ces actions seront interprétées par les différentes cours
de justice comme couvertes par limmunité en matière de responsabilité.
Ne pourraient-elles donc pas être également interprétées comme
un mépris intentionnel et volontaire de la santé publique et du
droit international ?
Compensation et réparation. Laccès à la compensation peut
devenir un sujet préoccupant pour les pays qui auront fait leffort
didentifier et de séparer le maïs StarLink du maïs destiné
à la consommation et qui devront donc faire face à dénormes
dépenses. Selon le droit coutumier international, les Etats peuvent
réclamer compensation à un autre Etat responsable de dommages,
soit envers les personnes, la propriété, soit envers lenvironnement
et léconomie. Bien que les Etats se soient jusque-là montrés
réticents à revendiquer la responsabilité internationale contre
dautres Etats, il y a eu cependant des cas où la compensation
a été négociée " sans référence à la responsabilité légale
", par exemple lorsque les Etats-Unis ont versé 2 millions
de dollars au Japon en réparation des préjudices causés par les
essais nucléaires dans les îles Marshall. Les pays ont également
le droit dimposer la responsabilité civile aux acteurs privés
tels quAventis soit devant les cours nationales
dont ils relèvent, soit devant les instances du pays où laction
a été perpétrée.
Aux Etats-Unis, le coût de la ségrégation de StarLink après mélange
avec du maïs traditionnel devrait être compris entre 100 millions
et 1 milliard de dollars. Les Etats-Unis tentent actuellement
de racheter leurs récoltes aux agriculteurs, qui ont planté du
maïs StarLink sur environ 128 000 hectares cette année, afin de
le revendre pour lalimentation animale, à certains producteurs
déthanol (certaines méthodes produisent des résidus recyclés
dans lalimentation humaine) ou à dautres industriels.
Aventis a déclaré quil rembourserait le gouvernement américain
des frais occasionnés par ce rachat. Cependant le rachat aux agriculteurs
ne représente quune partie infime du coût total engendré
par le rappel de lensemble des récoltes écoulées dans le
système alimentaire.
Aujourdhui déjà, les sociétés Kraft, Safeway et Western
Family ont annoncé le rappel de plusieurs millions de dollars
de tacos après que des militants anti-OGM aient découvert quils
contenaient du maïs StarLink. Pendant ce temps, la FDA a procédé
au rappel de 297 produits contenant du maïs. StarLink coûte au
minimum 10 000 dollars par jour à Archer Daniels Midland pour
les contrôles et le suivi généralisés des livraisons de maïs de
son usine de transformation de Decatur dans lIllinois. Les
silos dont les cargaisons testées ont révélé la présence de maïs
StarLink perdent au moins 15 000 dollars en frais de transport
et autres rabais accordés aux transformateurs de nourriture animale
qui veulent bien accepter leurs produits. A la Bourse de Chicago,
le cours estimé de la future récolte a chuté en raison de la crainte
de voir la controverse sur le maïs StarLink freiner les ambitieuses
prévisions dexportation du maïs américain.
Qui paiera pour toutes ces perturbations économiques ? Les avocats
américains se préparent déjà à traiter une multitude de litiges
sur la responsabilité, car les parties incriminées vont mutuellement
se poursuivre pour tenter dobtenir réparation de leurs dommages.
Attendu que StarLink nétait enregistré à lEPA que
sur la base de lalimentation animale et lusage industriel,
les parties lésées se retourneront contre Aventis pour son manquement
concernant la ségrégation. De nombreux agriculteurs déclarent
quAventis ne les a pas tenus informés de lobligation
de vendre leur production de StarLink uniquement pour lalimentation
animale ou dautres usages que la consommation humaine. Dautres
prétendent que la société ne les a pas non plus informés de la
nécessité de planter des zones tampon de variétés différentes
autour de leurs parcelles de StarLink pour éviter toute pollution
génétique. La pollinisation croisée des cultures adjacentes pourrait
ouvrir droit à action juridique pour les producteurs qui ont pu
en souffrir, en particulier ceux pratiquant la culture biologique.
Ne doutant pas de recevoir une nuée de plaintes, Aventis tente
de faire signer aux agriculteurs une note antidatée du mois davril
2000 stipulant quils avaient été informés des obligations
de ségrégation ; ceux qui refusent de signer se voient menacés
dêtre écartés du programme de rachat soutenu par les contribuables
américains.
Cour internationale de justice. Cependant, cette situation ouvre
des marchés aux producteurs non-StarLink, une occasion que les
autres pays producteurs sont prêts à saisir. Le Japon, qui achète
habituellement 30 % des exportations américaines, soit 1 milliard
de dollars, a demandé aux Etats-Unis de garantir que leurs livraisons
ne contiendraient pas de maïs StarLink. Mais certaines sociétés
japonaises se tournent déjà ailleurs vers la Chine, lAfrique
du Sud et lArgentine, quitte à payer le prix fort. LEurope
aussi sinterroge sur la capacité des Etats-Unis à faire
la distinction entre les produits autorisés et les autres. Les
Etats-Unis ont donc envoyé des délégations au Japon et en Europe
pour tenter de rassurer les importateurs.
Entre-temps, chaque pays aimerait pouvoir se protéger dune
éventuelle responsabilité due à lusage de StarLink à travers
les lois internationales existantes. Les parties à la convention
biodiversité (CDB) se tourneront probablement aussi vers la CIJ
à titre consultatif à propos de la légalité de ces exportations
américaines. Et si un conflit se déclare au sein de la CDB, la
CIJ sera probablement appelée à statuer. Le protocole de Carthagène
a prévu un délai de deux ans après son entrée en vigueur avant
dentamer les négociations sur la responsabilité. Dès lors,
cela prendra encore des années avant quun accord puisse
être trouvé. Ironie, cest justement le secteur privé qui
est le plus impatient
De nombreux accords internationaux ont traité de la responsabilité
et de la réparation concernant dautres activités à risque
>lire page 28. Lorsque la faute ne peut être démontrée, la
responsabilité stricte est alors imputée à lexportateur
pour les incidents de transport, ou au réceptionnaire lorsque
le dommage survient après livraison. Toutes les parties potentiellement
porteuses de responsabilité sont tenues davoir des assurances,
et autres garanties financières afin de couvrir à lavance
cette responsabilité.
Ces divers modèles couvrent-ils suffisamment bien la responsabilité
face à un dommage envers lenvironnement, la santé publique
ou léquilibre socio-économique ? Dans lhypothèse où
les pays signataires appliquent effectivement le protocole biosécurité
et où un dommage survient néanmoins, une réponse peut sans doute
être trouvée. Mais quadviendra-t-il si au contraire les
pays signataires dérogent aux règles internationales en matière
de biosécurité ? Et que se passera-t-il si le conflit apparaît
entre pays non signataires ?
Il se passera des années avant que les parties au protocole de
Carthagène sur la biosécurité ne définissent un régime de responsabilité.
Lexpérience StarLink montre quil est prudent de commencer
dès maintenant à y réfléchir. En attendant, le droit international
actuel fournit déjà suffisamment doutils pour que les Etats
puissent réclamer des compensations et se défendre contre la contamination
StarLink et ses désastreuses retombées économiques.
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L'Institute
for Agricultural Trade and Policy est un centre de recherce
a été créé pour comprendre les
défis auxquels doivent faire face les petits agriculteurs
américains et proposer des alternatives. L'iATP s'inscrit
aussi dans un effort de solidarité et d'égalité
Nord-sud.
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