<< Accueil  
Déjà parus
Issues in English
Numeros
en español

Articles en ligne
par auteurs

Commander
un n°

Librairies
Plusieurs formules d'abonnement
Imprimer un bulletin d'abonnement
rechercher
dans le site



59 -
OGM, santé, environnement, traçabilité, étiquetage, responsabilité, protocole...
La biosécurité
SOMMAIRE >
L ISEZ LES
ARTICLES
DISPONIBLES
EN LIGNE

Sans OGM
L’introuvable filière
Entretien avec François Quénéhervé, Directeur de Feed Alliance

Aucun lot de soja ou de maïs ne peut plus être garanti 100 % sans OGM. On peut, en contrôlant rigoureusement l’activité agricole, minimiser la teneur en OGM. Mais cette traçabilité a un coût élevé, et les insuffisances des règles d’étiquetage interdisent de valoriser ces efforts.

Courrier de la planète : Quel est l’objectif du système de traçabilité des filières de production de soja et de maïs que vous avez élaborée ?

François Quénéhervé : L’idée est de garantir le maximum de qualité, de sécurité alimentaire, tout au long de la chaîne de production. Le projet de départ tournait autour des labels de pays, notamment du Gers. Il reposait sur un cahier des charges très strict : origine des semences, plan cultural avec surveillance des intrants, conditions de récolte, de stockage, de transport jusqu’à l’usine de trituration, puis de trituration. Il fallait mettre les cultures à l’abri des boues des stations d’épuration et des rejets polluants des industries, choisir des parcelles éloignées des autoroutes, assurer une stricte localisation du lot de grains depuis la récolte jusqu’à la trituration. La question des OGM est donc un élément parmi d’autres du cahier des charges.

Courrier de la planète : Quelles méthodes de détection des semences de soja transgéniques avez-vous retenues ?

François Quénéhervé : Ce n’est pas un problème simple. D’abord parce que la France produit très peu de soja par rapport à ses besoins et importe l’essentiel de sa consommation du Brésil. Le Brésil s’est prononcé contre les cultures de soja transgénique, mais après une période de flou au cours de laquelle la dissémination du transgène n’a pas été contrôlée. On a donc opté pour du soja cultivé en France. Cependant, le fait que les semences de soja transgéniques soient interdites en France ne garantit pas qu’elles soient totalement exemptes d’OGM… D’une part parce qu’il y a eu en France des essais en champ, d’autre part parce qu’une grande partie des ascendants de ces graines, des producteurs et des multiplicateurs, se trouve en fait outre-Atlantique. Même si les variétés importées en France sont non OGM, le risque de contamination existe. Il se peut qu’il y ait eu une pollution génétique dans le monde antérieure à la mise en place de la traçabilité. Il est donc impossible de dire aujourd’hui que l’on utilise à 100 % du soja sans OGM. Ce qu’on peut dire, c’est qu’on fait du moins transgénique possible.

ous travaillons avec un organisme de mise en place de procédures et de contrôle qui exerce une surveillance très stricte. Sur nos 40 000 tonnes de soja triturées, 20 % ont été refusées pour le label soja de pays. C’est dire si les procédures sont sévères !

Pour les analyses chimiques mêmes, nous avons sélectionné un certain nombre de laboratoires. L’objectif était de faire du quantitatif : le même échantillon passe par plusieurs laboratoires qui réalisent chacun leur propre Polymerase Chain Reaction (PCR). A l’époque, le seuil de détection de la présence d’OGM était de 2 %. Aujourd’hui, il est de 0,01 %. Quant au seuil de quantification, c’est-à-dire à partir duquel on peut mesurer de manière fiable le taux d’OGM, il est de 0,1 %. En dessous, on note des traces, mais sans pouvoir mesurer. Les analyses de nos lots de soja ont donné des résultats très satisfaisants, puisqu’ils concluaient tous soit à l’absence totale d’OGM, soit à une présence largement inférieure à 0,1 %. C’était positif, mais en même temps cela montrait bien qu’il est impossible de garantir systématiquement à 100 % l’absence de semences transgéniques dans un lot. Il est donc abusif de parler de non OGM ou de sans OGM. Il est extrêmement difficile de préserver l’identité d’une graine et d’éviter qu’elle soit contaminée par des OGM tout au long du circuit, jusqu’à la consommation par l’animal. Il n’y a aucune difficulté technique pour atteindre le seuil de teneur en OGM autorisé par la réglementation européenne pour la teneur en OGM (1 %), mais on ne peut pas parler de sans OGM à 100 %, même en partant de graines françaises.

Courrier de la planète : Quel est le coût d’une filière dite non OGM ?

François Quénéhervé : Tout le monde veut du non OGM, mais personne n’est prêt à payer. En fait, il faut bien différencier une filière tracée, telle celle que nous avons mise en place, de ce que font les entreprises qui se contentent d’acheter des stocks de matière première (soja ou maïs) dont la teneur en OGM est uniquement déterminée en fonction d’une PCR. Si le résultat de l’analyse est inférieur à 1 %, on est en droit de considérer ce tourteau de soja comme non OGM. En réalité, rien n’est moins sûr ! Il y a aujourd’hui tellement d’incertitudes qu’il faut à la fois le résultat (l’analyse) et les moyens (la traçabilité) pour apporter un minimum de garanties. Mais évidemment, le coût d’une analyse PCR d’un échantillon prélevé sur une cargaison de soja est dérisoire, alors que celui d’une filière tracée est important. Ainsi, la traçabilité de la filière se traduit par un surcoût de 10 à 20 % suivant la destination du soja dans les différentes productions animales : volaille, œufs, bovins, etc. Le surcoût ne sera pas entièrement répercuté sur le prix de la volaille nourrie avec ce soja tracé, mais en partie tout de même. On comprend que ce soit difficile ensuite de faire concurrence avec ceux qui profitent des lacunes de la réglementation pour vendre du soja sans OGM sur la base d’une simple analyse PCR négative.

Courrier de la planète : Il faudrait donc un étiquetage spécifique pour les filières tracées…

François Quénéhervé : En fait, la réglementation française interdit d’étiqueter un produit sans OGM. Car pour cela, il faudrait apporter la preuve du 0 % d’OGM, et on a vu que c’est impossible. Tout ce qu’un consommateur pourra trouver en rayon, ce sont par exemple des œufs de la marque Mâtines (filière tracée) avec la mention "poules nourries avec du soja de pays". Les œufs, les poulets ou les porcs ne peuvent pas être étiquetés sans OGM. Ainsi tout le travail réalisé en amont, tout au long de la filière, n’est pas visible pour le consommateur. Le principe général de l’étiquetage, c’est que l’on ne peut faire état que de certaines caractéristiques positives : on peut dire "contient" ceci ou cela, mais pas"ne contient pas". Cela fait à peine un an et demi que l’on peut utiliser la mention "sans farines animales" !

En centrale d’achat, par contre, les opérateurs ont accès aux informations sur les filières tracées ou pas, sur la PCR. Ils peuvent choisir de faire du non-OGM sur la base uniquement des analyses PCR. Ils peuvent aussi s’engager sous leur marque propre, en tant que distributeur, à faire des produits issus de filières tracées. Mais là on n’est plus dans la législation, on est dans le marketing. En publicité, on peut faire état de plus d’informations que sur l’étiquette, mais là il n’y a aucune distinction entre le sans OGM par PCR et le sans OGM tracé. Et pour le consommateur, le résultat est un manque total de visibilité. C’est dommage, car du coup la discrimination ne se fait pas comme elle devrait se faire entre les différents produits.

Feed Alliance, créée en 1999 est une société rennaise mandatée par des fabricants d’aliments pour bétail pour acheter des matières premières. Travaille en partenariat avec Sofiprotéol, l’organisme financier de la filière huiles et protéines végétales, pour la filière soja de pays.

Son objectif  est de fédérer un certain nombre de fabricants d’aliments et de producteurs de viandes autour de critères de sécurité alimentaire.

Ses clients : Groupe Glon-Sanders, groupe Epicentre, indépendants bretons, groupe coopératif occitan, groupe coopératif de la Drôme et de la Loire, ex-groupe Bourgoin.


Pas d’OGM au Rio Grande do Sul

En janvier 1999, l’Etat de Rio Grande do Sul (ERS) au Brésil s’est décrété "zone sans organismes génétiquement modifiés" (OGM : interdisant toute culture d’OGM dans le territoire. Une décision de poids puisque l’ERS produit 20 % du soja, dont le Brésil est deuxième producteur mondial.

Aujourd’hui, le Brésil est en concurrence directe avec les Etats-Unis et l’Argentine pour les importations européennes de soja. La création d’une zone sans OGM peut être un pari astucieux face aux marchés amenés à se développer. En effet, cette initiative est en accord avec la volonté croissante des citoyens et des distributeurs européens de ne pas consommer et commercialiser des OGM. De plus, la création d’une zone sans OGM est moins coûteuse et la régulation associée moins complexe à mettre en place que la différenciation des filières.

Pour définir la zone, le gouvernement de l’ERS a d’abord mis en application la loi brésilienne sur la biosécurité de 1991, qui stipule que tous les OGM doivent être soumis à une analyse d’impact environnemental avant d’être cultivés en champ. Dès lors, les 79 essais de plantes transgéniques en cours devenaient illégaux. La vive réaction de Monsanto à l’encontre des autorités de l’ERS s’explique par les promesses de profits qu’offre le Brésil – un milliard de dollars si Monsanto capture 50 % du marché brésilien du soja. Les activités de lobbying des industries des biotechnologies ont porté leurs fruits : le gouvernement fédéral adopte une stratégie pro-OGM que semble suivre le CNTbio, l’agence fédérale de biosécurité, en autorisant l’entrée d’un chargement de maïs transgénique en juillet 2000. Les opposants soutenant l’initiative de l’ERS – un collectif d’organisations non gouvernementales regroupant entre autres Greenpeace, Centro Ecologico et l’Institut de défense des consommateurs – sensibilisent le public et les agriculteurs sur l’importance de préserver une zone sans OGM, concept qui n’a aucune valeur juridique mais un poids politique indéniable.

Le support de l’étranger est crucial pour l’initiative de l’ERS. Un collectif de détaillants européens, Edeka, représentant plus de 6 000 commerçants, a déjà exprimé son souhait de ne pas commercialiser des produits contenant des OGM. Le plus gros transformateur japonais de produits à base de soja, Fuji Oil Company, a exclu dès septembre 2000 le soja transgénique de ses approvisionnements. Aujourd’hui, même le géant de la biotechnologie, Novartis, qui commercialise des semences transgéniques, déclare vouloir commercialiser ses propres produits alimentaires "sans OGM".

Katell Le Goulven


Encadrer
Accord sur la Biosécurité

OVM
contre OGM.
Une victoire pour qui ?

Stéphane Guéneau Solagral.

Montréal 2000. Un surprenant compromis
Christophe Bail Commission européenne.

Les tactiques
de la mise en oeuvre
Eric Schoonejeans ministère de l'Aménagement du territoire
et de l'Environ-nement.

Un bon début
Arnaud Apoteker Greenpeace, France.

Commerce
ou précaution ?
Un principe
très politique
Olivier Godard, CNRS.

L'amorce
d'un compromis
entretien avec Christine Noiville, université
de Paris I.

OMC.
Fenêtres sur environnement
Stéphane Guéneau Solagral.

Conflit
de normes

Philippe Martineau
ex-Comité national
du Codex Alimentarius.

Contre la mauvaise foi lettre de protestation de l'Institut for Agricultural and Trade Policy et Solagral.

Sortir du tout scientifique, texte d'appel
des ONG.

Une valeur universelle
Sem Taukondjo Shikongo, Namibian National Biodiversity Program.

 

Informer
Le choix des responsables
C'est pas ma faute, et alors ?
Kate Cook
Matrix Chambers

Scandale Starlink:
Qui va payer?
Kristin Dawkins
Institut for Agricultural and Trade Policy

Malaise aux assurances
Compagnie suisse de réassurances.

Coupable
mais pas responsable ?
Le Courrier de la Planète.

Semenciers biotech.
Un devoir de cohérence

Gurdial
Singh Nijar

Third World Network.

Le problème
de l'étiquette
Vive la diversité !
Julie A. Caswell Université
de Massachusetts.

Le jeu du Mistigri
Egizio Valceschini, Institut national de la recherche agronomique.

Europe
Place au choix
Guy Le Fur Confédération paysanne, Conseil économique
et social.

Détection
des OGM. L'harmonisation des méthodes
Catherine Guissé AFNOR.

Sans OGM. L'introuvable filière
François Quénéhervé
Feed Alliance.

repères
Les applications de la trangénèse.

Agriculture : risques et identification des OGM.

Les grandes manoeuvres réglementaires.

Les OGM dans
la régulation internationale.

       
AIDA - Le Courrier de la planète -Domaine de Lavalette - 1037 rue Jean-François Breton - 34090 Montpellier cedex- France- cdp@courrierdelaplanete.org
Dernière mise à jour Thursday 22 December, 2005