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Sans
OGM
Lintrouvable filière
Entretien avec François Quénéhervé, Directeur
de Feed Alliance
Aucun lot de soja ou de maïs ne peut plus être garanti 100 %
sans OGM. On peut, en contrôlant rigoureusement lactivité
agricole, minimiser la teneur en OGM. Mais cette traçabilité a
un coût élevé, et les insuffisances des règles détiquetage
interdisent de valoriser ces efforts.
Courrier de la planète : Quel est lobjectif
du système de traçabilité des filières de production de soja et
de maïs que vous avez élaborée ?
François Quénéhervé : Lidée est de
garantir le maximum de qualité, de sécurité alimentaire, tout
au long de la chaîne de production. Le projet de départ tournait
autour des labels de pays, notamment du Gers. Il reposait sur
un cahier des charges très strict : origine des semences,
plan cultural avec surveillance des intrants, conditions de récolte,
de stockage, de transport jusquà lusine de trituration,
puis de trituration. Il fallait mettre les cultures à labri
des boues des stations dépuration et des rejets polluants
des industries, choisir des parcelles éloignées des autoroutes,
assurer une stricte localisation du lot de grains depuis la récolte
jusquà la trituration. La question des OGM est donc un élément
parmi dautres du cahier des charges.
Courrier de la planète : Quelles méthodes
de détection des semences de soja transgéniques avez-vous retenues ?
François Quénéhervé : Ce nest pas
un problème simple. Dabord parce que la France produit très
peu de soja par rapport à ses besoins et importe lessentiel
de sa consommation du Brésil. Le Brésil sest prononcé contre
les cultures de soja transgénique, mais après une période de flou
au cours de laquelle la dissémination du transgène na pas
été contrôlée. On a donc opté pour du soja cultivé en France.
Cependant, le fait que les semences de soja transgéniques soient
interdites en France ne garantit pas quelles soient totalement
exemptes dOGM
Dune part parce quil y a
eu en France des essais en champ, dautre part parce quune
grande partie des ascendants de ces graines, des producteurs et
des multiplicateurs, se trouve en fait outre-Atlantique. Même
si les variétés importées en France sont non OGM, le risque de
contamination existe. Il se peut quil y ait eu une pollution
génétique dans le monde antérieure à la mise en place de la traçabilité.
Il est donc impossible de dire aujourdhui que lon
utilise à 100 % du soja sans OGM. Ce quon peut dire, cest
quon fait du moins transgénique possible.
ous
travaillons avec un organisme de mise en place de procédures et
de contrôle qui exerce une surveillance très stricte. Sur nos
40 000 tonnes de soja triturées, 20 % ont été refusées
pour le label soja de pays. Cest dire si les procédures
sont sévères !
Pour les analyses chimiques mêmes, nous avons sélectionné un
certain nombre de laboratoires. Lobjectif était de faire
du quantitatif : le même échantillon passe par plusieurs
laboratoires qui réalisent chacun leur propre Polymerase Chain
Reaction (PCR). A lépoque, le seuil de détection de la présence
dOGM était de 2 %. Aujourdhui, il est de 0,01
%. Quant au seuil de quantification, cest-à-dire à partir
duquel on peut mesurer de manière fiable le taux dOGM, il
est de 0,1 %. En dessous, on note des traces, mais sans pouvoir
mesurer. Les analyses de nos lots de soja ont donné des résultats
très satisfaisants, puisquils concluaient tous soit à labsence
totale dOGM, soit à une présence largement inférieure à
0,1 %. Cétait positif, mais en même temps cela montrait
bien quil est impossible de garantir systématiquement à
100 % labsence de semences transgéniques dans un lot.
Il est donc abusif de parler de non OGM ou de sans OGM. Il est
extrêmement difficile de préserver lidentité dune
graine et déviter quelle soit contaminée par des OGM
tout au long du circuit, jusquà la consommation par lanimal.
Il ny a aucune difficulté technique pour atteindre le seuil
de teneur en OGM autorisé par la réglementation européenne pour
la teneur en OGM (1 %), mais on ne peut pas parler de sans OGM
à 100 %, même en partant de graines françaises.
Courrier de la planète : Quel est le coût
dune filière dite non OGM ?
François Quénéhervé : Tout le monde veut
du non OGM, mais personne nest prêt à payer. En fait, il
faut bien différencier une filière tracée, telle celle que nous
avons mise en place, de ce que font les entreprises qui se contentent
dacheter des stocks de matière première (soja ou maïs) dont
la teneur en OGM est uniquement déterminée en fonction dune
PCR. Si le résultat de lanalyse est inférieur à 1 %,
on est en droit de considérer ce tourteau de soja comme non OGM.
En réalité, rien nest moins sûr ! Il y a aujourdhui
tellement dincertitudes quil faut à la fois le résultat
(lanalyse) et les moyens (la traçabilité) pour apporter
un minimum de garanties. Mais évidemment, le coût dune analyse
PCR dun échantillon prélevé sur une cargaison de soja est
dérisoire, alors que celui dune filière tracée est important.
Ainsi, la traçabilité de la filière se traduit par un surcoût
de 10 à 20 % suivant la destination du soja dans les différentes
productions animales : volaille, ufs, bovins, etc.
Le surcoût ne sera pas entièrement répercuté sur le prix de la
volaille nourrie avec ce soja tracé, mais en partie tout de même.
On comprend que ce soit difficile ensuite de faire concurrence
avec ceux qui profitent des lacunes de la réglementation pour
vendre du soja sans OGM sur la base dune simple analyse
PCR négative.
Courrier de la planète : Il faudrait donc
un étiquetage spécifique pour les filières tracées
François Quénéhervé : En fait, la réglementation
française interdit détiqueter un produit sans OGM. Car pour
cela, il faudrait apporter la preuve du 0 % dOGM, et
on a vu que cest impossible. Tout ce quun consommateur
pourra trouver en rayon, ce sont par exemple des ufs de
la marque Mâtines (filière tracée) avec la mention "poules
nourries avec du soja de pays". Les ufs, les poulets
ou les porcs ne peuvent pas être étiquetés sans OGM. Ainsi tout
le travail réalisé en amont, tout au long de la filière, nest
pas visible pour le consommateur. Le principe général de létiquetage,
cest que lon ne peut faire état que de certaines caractéristiques
positives : on peut dire "contient" ceci ou cela,
mais pas"ne contient pas". Cela fait à peine un an et
demi que lon peut utiliser la mention "sans farines
animales" !
En centrale dachat, par contre, les opérateurs ont accès
aux informations sur les filières tracées ou pas, sur la PCR.
Ils peuvent choisir de faire du non-OGM sur la base uniquement
des analyses PCR. Ils peuvent aussi sengager sous leur marque
propre, en tant que distributeur, à faire des produits issus de
filières tracées. Mais là on nest plus dans la législation,
on est dans le marketing. En publicité, on peut faire état de
plus dinformations que sur létiquette, mais là il
ny a aucune distinction entre le sans OGM par PCR et le
sans OGM tracé. Et pour le consommateur, le résultat est un manque
total de visibilité. Cest dommage, car du coup la discrimination
ne se fait pas comme elle devrait se faire entre les différents
produits.
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Feed Alliance, créée en 1999
est une société rennaise mandatée par des fabricants daliments
pour bétail pour acheter des matières premières. Travaille
en partenariat avec Sofiprotéol, lorganisme financier
de la filière huiles et protéines végétales, pour la filière
soja de pays.
Son objectif est de fédérer
un certain nombre de fabricants daliments et de producteurs
de viandes autour de critères de sécurité alimentaire.
Ses clients : Groupe Glon-Sanders,
groupe Epicentre, indépendants bretons, groupe coopératif
occitan, groupe coopératif de la Drôme et de la Loire, ex-groupe
Bourgoin.
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Pas dOGM au Rio Grande do
Sul
En janvier 1999, lEtat de Rio
Grande do Sul (ERS) au Brésil sest décrété "zone
sans organismes génétiquement modifiés" (OGM :
interdisant toute culture dOGM dans le territoire.
Une décision de poids puisque lERS produit 20 %
du soja, dont le Brésil est deuxième producteur mondial.
Aujourdhui, le Brésil est en
concurrence directe avec les Etats-Unis et lArgentine
pour les importations européennes de soja. La création dune
zone sans OGM peut être un pari astucieux face aux marchés
amenés à se développer. En effet, cette initiative est en
accord avec la volonté croissante des citoyens et des distributeurs
européens de ne pas consommer et commercialiser des OGM.
De plus, la création dune zone sans OGM est moins
coûteuse et la régulation associée moins complexe à mettre
en place que la différenciation des filières.
Pour définir la zone, le gouvernement
de lERS a dabord mis en application la loi brésilienne
sur la biosécurité de 1991, qui stipule que tous les OGM
doivent être soumis à une analyse dimpact environnemental
avant dêtre cultivés en champ. Dès lors, les 79 essais
de plantes transgéniques en cours devenaient illégaux. La
vive réaction de Monsanto à lencontre des autorités
de lERS sexplique par les promesses de profits
quoffre le Brésil un milliard de dollars si
Monsanto capture 50 % du marché brésilien du soja.
Les activités de lobbying des industries des biotechnologies
ont porté leurs fruits : le gouvernement fédéral adopte
une stratégie pro-OGM que semble suivre le CNTbio, lagence
fédérale de biosécurité, en autorisant lentrée dun
chargement de maïs transgénique en juillet 2000. Les opposants
soutenant linitiative de lERS un collectif
dorganisations non gouvernementales regroupant entre
autres Greenpeace, Centro Ecologico et lInstitut de
défense des consommateurs sensibilisent le public
et les agriculteurs sur limportance de préserver une
zone sans OGM, concept qui na aucune valeur juridique
mais un poids politique indéniable.
Le support de létranger est
crucial pour linitiative de lERS. Un collectif
de détaillants européens, Edeka, représentant plus de 6 000
commerçants, a déjà exprimé son souhait de ne pas commercialiser
des produits contenant des OGM. Le plus gros transformateur
japonais de produits à base de soja, Fuji Oil Company, a
exclu dès septembre 2000 le soja transgénique de ses approvisionnements.
Aujourdhui, même le géant de la biotechnologie, Novartis,
qui commercialise des semences transgéniques, déclare vouloir
commercialiser ses propres produits alimentaires "sans
OGM".
Katell Le Goulven
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