Biodiplomatie
éditorial
par Hélène Ilbert, Solagral

l est temps
de sortir les accords environnementaux de lombre des organisations
onusiennes chargées du commerce. Le protocole biosécurité pose
un cadre contraignant aux échanges transfrontaliers des organismes
vivants issus des biotechnologies. Une fois le protocole ratifié,
les pays importateurs pourront de refuser sur leur territoire
tout organisme vivant modifié génétiquement, s'ils le considèrent
comme un risque potentiel sur lenvironnement ou la santé
de leur population. Avec les principes de précaution, de consentement
préalable et de responsabilité, les pays en développement, dont
les règles en matière de biosécurité sont faibles voire inexistantes,
disposeront dun recours international.
Au moment où
souvre à Montpellier la première réunion de mise en uvre
du protocole, les tensions entre les différents groupes de négociation
sont importantes. Les Etats-Unis, menant le groupe dit "de
Miami" (Canada, Australie, Argentine, Chili, Uruguay), restent
le principal opposant à cet accord. Sous leur pression beaucoup
daménagements ont été concédés atténuant la portée du principe
de précaution, notamment en réduisant la prise en considération
des effets socio-économiques de lintroduction des organismes
génétiquement modifiés (OGM). Quant à lUnion européenne,
elle sest ralliée à la cause des pays en développement,
en soutenant des positions de compromis.
Les principes fondateurs de la biosécurité, auxquels la société
civile reste attachée, doivent continuer à guider les négociations :
la non-subordination de la sécurité aux échanges doit être réaffirmée,
conformément au principe de précaution. Le doute doit suffire
à justifier une décision darrêt de commercialisation. Il
faut aussi clairement poser les responsabilités. Le choix des
mécanismes dévaluation et des cadres légaux (droit positif
européen et normes jurisprudentielles américaines) déterminera
les mécanismes de répartition des coûts. Il faut enfin être attentif
aux "détails" de la mise en uvre qui vont être
négociés dans les deux années qui viennent. Même si les ONG ne
sont pas appelées à négocier directement, il est important quelles
agissent en amont pour peser sur les réglementations.
Un des enjeux est certainement une identification claire et précise
des produits mis sur le marché. Le droit des individus et des
pays à choisir en toute connaissance de cause suppose la connaissance
et la maîtrise de l'ensemble de la chaîne, afin de pouvoir retirer
les produits et déviter les mutations possibles sur le long
terme. L'étiquetage, la traçabilité et l'information préalable
sont nécessaires afin détablir les responsabilités. La mention
attestant quune cargaison entière "peut contenir des
OGM" ne suffit pas.
A lheure
où 45 millions dhectares dOGM sont plantés, contre
moins de 3 millions il y a 4 ans, et où les Etats-Unis produisent
à eux seuls 72 % du total, les options de régulation du marché
mondial doivent être débattues ouvertement. Ce numéro du Courrier
de la Planète se propose de fournir les éléments indispensables
au débat, en mesurant les chances pratiques de régulation de technologies
susceptibles davoir des effets négatifs sur la santé et
lenvironnement.
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