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Afrique
Les chemins de la participation
Jorge Ferrão, doctorant au CPDA, Université fédérale rurale
de Rio de Janeiro.
Le droit international contemporain offre un cadre pour la
participation directe des populations à la gestion de leurs ressources
biologiques, qui se diffuse lentement en Afrique. Du credo de
la participation à sa mise en uvre, le saut qualitatif reste
cependant à faire.
ormis
la convention sur la diversité biologique (CDB), il existe cinq
grands autres accords multilatéraux portant sur la préservation
de la biodiversité en Afrique : la convention africaine sur
la conservation de la nature et des ressources naturelles (Alger,
1968), la convention de Ramsar sur les zones humides dimportance
internationale (1971), la convention de Paris sur la protection
du patrimoine naturel et culturel mondial (1972), la convention
sur le commerce des espèces de faune et de flore menacées dextinction
(CITES, 1973), et la convention de Bonn sur les espèces migratoires
(1979). Tous les Etats nont pas signé ces conventions, mais
la convention dAlger, la CDB et la CITES ont un taux dadhésion
supérieur à 95 %. Néanmoins, la question de leur mise en uvre
demeure, étant donné les limites institutionnelles et techniques,
le manque de ressources financières et surtout les graves problèmes
sociaux qui persistent dans les pays les plus riches en biodiversité.
Les difficultés dapplication des accords multilatéraux
denvironnement sont en partie dues à labsence de cadre
institutionnel et juridique qui assurerait la coordination et
la mise en uvre des différents aspects techniques et scientifiques
des conventions. A cela sajoute linsuffisance des
ressources financières et technologiques. Force est de constater
que les gouvernements peinent à élaborer des stratégies et politiques
qui leur seraient propres et leur permettraient dappliquer
les dispositifs des conventions. Au niveau national, lun
des grands problèmes est linterprétation sectorielle des
conventions en termes de ressources et dacteurs directs.
Une vision écosystémique, qui impliquerait un nombre plus important
de secteurs et dintervenants, reste à construire.
Les questions de régulation environnementale continuent dêtre
vues davantage comme des sujets technico-scientifiques et institutionnels
que comme des objets à caractère local et endogène. Le modèle
de régulation le plus souvent observé correspond à une approche
top-down, caractérisée par linstauration et lexpansion
des aires protégées, la mise en uvre dune législation
sur la biodiversité et surtout le principe que les ressources
naturelles sont propriété de l'État.
La CDB reconnaît aujourdhui limportance des connaissances
traditionnelles pour la préservation de la biodiversité. Elle
encourage dailleurs la participation des communautés locales
dans cet effort de conservation. Dans ce sens, les politiques
doivent favoriser les savoirs traditionnels qui permettent la
gestion rationnelle des écosystèmes. Linterprétation de
cette perspective globale au niveau local demeure toutefois problématique.
Les mécanismes qui se sont mis en place ne se traduisent pas encore
objectivement par des critères de gestion, et ne rétribuent pas
non plus les communautés pour leurs connaissances traditionnelles
et leur rôle dans la conservation. Il nexiste pas non plus
de mécanismes dappui, notamment financier, aux organes locaux
de gouvernance. Or les communautés locales peuvent pâtir des politiques
de conservation quand celles-ci les privent de laccès dune
espèce qui participe à leur survie sans leur fournir dalternative.
Réserves
Les législations nationales sur la faune, bien quissues
de normes et principes fixés dans les accords internationaux, illustrent
clairement des difficultés dadaptation aux questions culturelles
socio-économiques et aux besoins de base des populations locales
directement impliquées dans la conservation : sécurité alimentaire,
assainissement, santé et éducation.
Grâce aux réserves de chasse, nombre de pays dAfrique australe
et orientale disposent aujourdhui dun secteur éco-touristique
qui génère dimportantes entrées de devises et occupe une
part significative de la population active. Les exemples de conservation
de la faune et de la flore menée par les gouvernements dAfrique
australe se multiplient non pas comme une mise en uvre littérale
des accords multilatéraux susmentionnés, mais par linteraction
entre les clauses de ces conventions et les pratiques locales.
Les Etats continuent dans la majorité des cas à être détenteurs
et gestionnaires des ressources naturelles, ce qui crée des incertitudes
et des ambiguïtés dans les modes de gestion. Mais dans les années
1990, des approches participatives ont commencé à émerger.
Participations
Selon Negrão, il existe en Afrique trois visions de la participation
communautaire[1]. La vision instrumentaliste, la
plus appliquée en Afrique australe, qui vise à répartir les bénéfices
de lutilisation de la biodiversité en contrepartie de son
utilisation durable. La vision utilitariste, plus usitée en Afrique
orientale, qui part du principe que les communautés ont des connaissances
et des droits qui doivent être incorporés à la discussion sur les
formes de rémunération. Enfin, la vision transformiste, plus visible
en Afrique orientale, qui voit la participation comme une transformation
qualitative des communautés à des fins de développement.
En Afrique australe, en particulier, quatre grands modèles de
projets déco-tourisme participatifs sont à luvre.
On distingue en premier lieu les projets privés, qui se caractérisent
par la promotion dun accroissement rapide de léconomie
et de lemploi dans une région déterminée. Toutefois, la
distribution des bénéfices est souvent limitée. Les communautés
locales ne participent généralement pas aux processus de décision,
et le tourisme est érigé comme activité hégémonique.
Dautres projets partagent plus fortement les revenus avec
les communautés locales. Le processus de croissance économique
est plus équitable et contribue à réduire la pauvreté. Ceci, non
seulement du fait du partage des bénéfices, mais également de
la génération de services annexes dont les rendements sont deux
à cinq fois supérieurs à ceux générés par les propres réserves
danimaux. Dans ce type de configuration, la communauté obtient
le droit de participer à la prise de décision et assume la responsabilité
de la mise en uvre du projet, ce qui crée parfois des conflits
avec lEtat.
Une autre configuration est le projet mixte par actions. Le potentiel
pour le bien-être et la croissance économique de la communauté
est élevé, mais il existe un décalage temporel considérable entre
linvestissement et la production de bénéfices. Lexpérience
montre que les communautés sont souvent marginalisées dans la
prise de décision, quil nexiste pas dassemblée
dactionnaires et que lEtat tente de se substituer
aux communautés. La tendance à la diversification de la production
est manifeste, mais elle dépend toutefois de la capacité de négociation
des intervenants.
Finalement, le dernier modèle de projets est celui totalement
contrôlé par la communauté. Dans ce cas, les capitaux investis
sont généralement très faibles et les tensions avec lEtat
importantes. Les résultats des projets sont généralement trop
faibles pour générer des investissements considérables et la diversification
est faible.
Ces pratiques participatives restent encore à une phase embryonnaire
de leur développement, et leur application est souvent susceptible
de générer des conflits. Il existe toutefois une perception croissante
de la valeur et de limportance de la participation communautaire
dans les projets, notamment parce que les coûts de préservation
sont assez élevés. Mais surtout, il existe une tension permanente
entre les objectifs de conservation et les nécessités de base
des communautés, qui vivent de la chasse et de défriche-brûlis
dans les zones sensibles du point de vue de la conservation de
la faune.
1) Negrão
J., historien de lUniversité Eduardo Mondlane, Mozambique,
voir journal électronique quotidien Metical n°459 du 20 avril 1999.
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