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Afrique
Effort de participation
Entretien avec Tahirou Diao, Président fondateur de Sahel Défis, Burkina Faso.

Les programmes d’actions nationaux préparés en Afrique sous l’égide de la convention de lutte contre la désertification résultent d’un processus participatif. Reste maintenant à trouver des financements faciles d’accès.

Courrier de la Planète : Pouvez-vous revenir sur les conditions qui ont présidé à l’élaboration de la convention de lutte contre la désertification ?

Tahirou Diao : Les origines de la convention remontent au plan d’action de Nairobi de 1977 qui n’a pas pu être mis en œuvre par manque de financement et d’engagement politique de la part des pays du Nord et du Sud. En particulier, il faut signaler le manque de participation de la société civile qui a constitué un handicap majeur à la mise en œuvre du plan. Les grandes sécheresses africaines des années 1980 ont instillé un nouveau mouvement international, plus solide et plus durable. Une rencontre des ministres africains de l’Environnement en 1992 à Abidjan pour préparer le sommet de la Terre a présenté pour la première fois l’idée d’une coopération internationale dans le domaine de la désertification. Etant donné la nature complexe du problème, il a été jugé utile de conduire des consultations l’année suivant Rio pour élaborer cette convention. Ces négociations ont été conduites sur trois continents : New York, Genève et Nairobi, pour aboutir à la convention de Paris en 1994, qui est entrée en vigueur fin 1996.

Courrier de la Planète : Les pays africains ont donc été à l’initiative de cette convention. Elle dépasse aujourd’hui les limites de ce continent…

Tahirou Diao : Très largement. L’intitulé exact est "convention de lutte contre la désertification et la sécheresse dans les pays affectés (…) particulièrement en Afrique". Mais si l’Afrique n’est pas le continent le plus affecté en terme de surfaces, c’est celui où les impacts socio-économiques sont les plus importants. C’est celui où les populations ont le moins les moyens de réagir. Actuellement, sur la centaine de pays touchés par la désertification, on compte une quarantaine de pays africains. Les deux premières années de la convention, les pays africains ont été invités et aidés à définir des programmes d’action nationaux, régionaux et sous-régionaux. Ce processus a été repris dans les autres régions couvertes par la convention : l’Asie, l’Amérique latine et les pays du nord de la Méditerranée. Une cinquième zone concernant les pays d’Europe centrale et de l’Est est en cours de constitution.

Courrier de la Planète : Comment ont été perçus les programmes d’action nationaux ?

Tahirou Diao : La convention a exigé que les programmes d’action nationaux soient élaborés en partenariat et en direction des acteurs locaux. Ils doivent être le résultat d’un processus participatif. Et de fait, la plupart des programmes d’action adoptés en Afrique ont fait l’effort d’associer les acteurs de terrain et les autorités locales.

a 4ème conférence des parties qui s’ent tenue à Bonn en décembre 2000 avait pour but d’évaluer ces programmes[1]. Les pays du Nord, bailleurs de fonds, ont eu tendance à considérer qu’ils n’étaient pas suffisamment participatifs. Injonction que les pays africains ont vu comme un moyen de retarder le financement d’actions. La société civile africaine, elle, se reconnaissait tout à fait –à quelques exceptions près– dans les rapports présentés.

Courrier de la Planète : Pour Sahel-Défis, les programmes d’action présentés étaient tout à fait recevables…

Tahirou Diao : Il faut reconnaître les efforts exceptionnels qui ont été faits en termes de consultation, de réflexion et d’élaboration de programmes d’action. Par contre, on peut dénoncer les faibles moyens et le temps réduit octroyés par la conférence des parties. La mobilisation est réelle, mais le travail effectué n’est peut-être pas allé assez loin. C’est un début qui appelle des prolongations. Il faut bien se rendre compte qu’auparavant, il n’y avait personne pour discuter avec l’Etat. Aujourd’hui, un réel dialogue, avec des acteurs très différents les uns des autres, est engagé. C’est ce résultat positif qu’il faut reconnaître et encourager.

Courrier de la Planète : Les ONG d’Asie ou d’Amérique latine tirent-elles le même bilan de ces programmes nationaux ?

Tahirou Diao : Beaucoup d’entre elles soulignent plutôt la démagogie de leurs gouvernements. Pour elles, les processus de consultation n’ont pas été aussi participatifs que les rapports nationaux l’indiquent. Peu d’ONG ont été consultées et elles ne se retrouvent pas obligatoirement dans le résultat. Dans certaines régions d’Asie, les ONG n’existent pas, ou quasiment pas. Comment la participation a-t-elle pu avoir lieu ? Je pense notamment à la Chine où 450 millions de personnes sont concernées par la désertification.

Courrier de la Planète : Qu’est-ce qui devrait être amélioré en priorité pour faire de la convention un outil efficace ?

Tahirou Diao : La priorité serait de mettre des moyens à sa disposition. On a opposé aux Africains le fait que des financements étaient disponibles dans le cadre d’autres programmes d’aide au développement, aux niveaux bilatéral et multilatéral. Il fallait donc rechercher, canaliser et optimiser l’utilisation des ces ressources pour la lutte contre la désertification. Mais la vérité est que si ces financements existent, ils sont inaccessibles à cause des conditions posées pour leur utilisation. Par ailleurs, les montants mobilisables par ce canal, restent bien en-deçà des besoins réels. A Bonn, une avancée certaine a été réalisée en permettant que la convention puisse également accéder au financement du Fonds pour l’environnement mondial, au même titre que les autres conventions de Rio. Il faut également trouver d’autres sources de financement, notamment dans le secteur privé, auprès des fondations, mais aussi dans les reconversions de dette, à condition… de ne pas poser trop de conditions !

1) Le rapport final de la conférence des parties de Bonn est consultable sur le site : www.unccd.org

La convention modèle
La convention des Nations unies sur la désertification est un modèle appelé à se développer. Première convention post-Rio et à ce titre véritable laboratoire d’expérimentation de la mise en œuvre concrète du développement durable, la convention de Paris (1994) est la première à reconnaître ce renouvellement du partenariat. D’une part, elle donne des compétences d’action directe aux acteurs locaux que les autorités nationales ne pourront plus ignorer sauf à les neutraliser. D’autre part, elle promeut une nouvelle relation entre d’un côté les autorités nationales, leurs représentants locaux et les autorités locales issues des collectivités décentralisées ou des communautés locales et, de l’autre côté, entre les pouvoirs publics et les représentants de la société civile qui devraient enfin être invités à la " table du banquet ". Ainsi, appliquant le principe énoncé dans le préambule de la déclaration de Rio d’un partenariat établi " sur une base nouvelle et équitable en créant des niveaux de coopération nouveaux entre les Etats, les secteurs clefs de la société et les peuples ", espère-t-on, par une méthode peu courante en droit international classique, parvenir à résoudre enfin les problèmes largement socio-économiques, c’est-à-dire liés au développement durable, que pose l’accélération actuelle de la désertification et/ou de la sécheresse.

S. Doumbé-Billé

Sahel Défis s'occupe depuis huit ans d'appuyer les initiatives locales pour la création d'emplois pour les femmes et les jeunes du Sahel via des fonds de garantie et d'appui technique à l'élaboration et à la gestion de projets. Parallèlement, la création des "points verts du Sahel" permet à Sahel Défis de s'impliquer dans des actions d'éducation et de protection de l’environnement au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal.

 

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Dernière mise à jour Thursday 22 December, 2005