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Convention
désertification
Une mise en uvre difficile
Entretien avec Jacques Ramond, ministère de
lAménagement du Territoire et de lEnvironnement
La lutte contre la désertification est complexe et concerne
de nombreux secteurs. Elle doit sinscrire dans une stratégie
de lutte contre la pauvreté, faute de quoi, les efforts de participation
de la société civile sont voués à léchec.
Courrier de la Planète : Quelles sont les
caractéristiques de la convention sur la lutte contre la désertification
par rapport aux autres grandes conventions environnementales ?
Jacques Ramond : Cette convention concerne
la lutte contre lérosion du sol résultant surtout de sa
surexploitation. Il sagit donc dune convention autant
tournée vers la lutte contre la pauvreté que vers lenvironnement,
enjeu qui na pas la dimension économique et les implications
financières des conventions climat et biodiversité, mais qui est
néanmoins très important pour les pays les plus pauvres. Elle
na pas été conçue pour créer ex nihilo un nouveau secteur
de coopération constitué de projets consacrés à la seule dimension
"lutte contre la désertification". Elle préconise donc
une stratégie de lutte à travers tous les secteurs liés à la gestion
des ressources naturelles (eau, forêt, élevage, etc.) financés
par les bailleurs de fonds : de ce fait, elle ne prévoit pas de
nouveau guichet de financement, contrairement à dautres
conventions environnementales.
Courrier de la Planète : En dehors de ce
constat, à quoi sont dues les difficultés de mise en uvre
de cette convention ?
Jacques Ramond : Une première difficulté
vient du fait que le phénomène de "désertification"
et les stratégies de lutte sont complexes à analyser et définir.
La désertification est en effet variable selon les zones touchées
et leur dimension socio-économique. Cela explique que des scientifiques,
en particulier français, travaillent à la définition dindicateurs
et de stratégies de lutte.
La seconde vient du fait que la convention préconise une approche
intégrée des projets de développement. En cela, elle remet en
question la méthode de gestion sectorielle de projets. En outre,
certains pays ou ONG ont souligné lors de la 4e conférence des
parties de Bonn en décembre 2000 (COP 4) que la lutte contre la
désertification navait pas été inscrite comme priorité dans
les stratégies nationales de lutte contre la pauvreté.
Il faut aussi noter les difficultés de fonctionnement du comité
pour la science et la technologie, dont la réforme est engagée,
et de mise en uvre du mécanisme mondial[1] dont les activités de facilitation entre projets
et financements nont concerné quun nombre limité de
pays. La COP 4 sest aussi posé la question de savoir si
la mise en uvre de la convention passait par la création
dorganes subsidiaires supplémentaires tels que des unités
de coordination régionales. Je crois quil faut dabord
améliorer le fonctionnement des deux organes existants et que
les pays touchés fassent davantage confiance, dans le cadre dune
coopération Sud-Sud, à leurs propres organismes régionaux déjà
impliqués dans cette problématique, comme lObservatoire
du Sahara et du Sahel (OSS) ou le Comité permanent inter-Etats
de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS). La prolifération
dinstitutions risque de rendre plus confuse la répartition
des rôles.
Cela étant, il est difficile davoir une vision exhaustive
des projets, dont il convient de rappeler quils concernent
aussi des programmes de renforcement de capacités. En outre, labsence
dindicateurs fiables ne facilite pas le recensement des
projets qui concernent indirectement la lutte contre la désertification.
Dès lors, on peut retourner la question : sur quoi se base-t-on
pour dire que le nombre de projets financés est suffisant ou non
? Il est certain, par contre, quil existe un manque de lisibilité
quant à la mise en uvre de la convention.
Courrier de la Planète : La convention
insiste énormément sur le volet participation de la société civile.
Quen est-il dans la pratique ?
Jacques Ramond : Là encore, on ne dispose
pas dune vision exhaustive sur létat de la participation
de la société civile, en particulier à lémergence de projets.
Il nen reste pas moins que des ONG ont déploré ne pas avoir
été associées à lélaboration du plan daction national
de leur pays ou quau final, ce plan ne reflétait pas létat
de leurs réflexions. Quant à la participation des ONG aux négociations
internationales, une certaine désaffection semble se dessiner
au fil des conférences des parties. Il est vrai que celles-ci
se sont souvent enlisées dans des problèmes de procédures. On
a aussi noté lors de COP 4 une prépondérance dONG dAfrique
de lOuest qui nuit au principe duniversalité de la
convention, même si le continent africain reste prioritaire aux
termes de la convention.
Courrier de la Planète : Les difficultés
de mise en uvre de la convention ne sont-elles pas également
liées aux problèmes de financement des programmes daction ?
Jacques Ramond : Le problème est moins
la quantité de financement disponible que son accessibilité. Les
ONG se plaignent par exemple de difficultés à mobiliser la ligne
budgétaire mise à leur disposition par lUnion européenne.
Pour sa part, la France a pris linitiative en 2000 de délocaliser
la gestion dune enveloppe de 20 millions de francs du Fonds
français pour lenvironnement mondial auprès dune cellule
du CILSS pour faciliter laccès de la société civile aux
financements. Il serait souhaitable que cette initiative soit
imitée par dautres pays ou bailleurs de fonds multilatéraux.
De manière plus générale, il convient de noter que, si le G 77
maintient sa demande dune plus grande ouverture du Fonds
pour lenvironnement mondial, des pays de ce groupe ayant
bénéficié en 2000 des services du mécanisme mondial ont déclaré
leur satisfaction lors de la COP 4. Néanmoins, une plus grande
implication des bailleurs de fonds multilatéraux, les effets de
la reconversion des remises de dettes ou encore lexploitation
des synergies avec le Programme des Nations unies pour lenvironnement
et les autres conventions environnementales devraient constituer
un effet de levier non négligeable.
1) Pour plus
dinformations sur le mécanisme mondial : http://www.gm-unccd.org.
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