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De
Rio à La Haye
Le dessous des cartes
Benjamin Dessus, Ecodev-CNRS et Global Chance et Michel
Colombier, International Conseil Energie.
Doù viennent les engagements de réduction des émissions
de CO2 des pays riches ? Comment en est-on arrivé à parler des
permis démettre ? Retour sur dix ans de mobilisation internationale
contre leffet de serre.
Acte I
Rio
out
commence à la conférence de Rio sur le développement et lenvironnement
qui se tient en 1992 à linitiative de lOrganisation
des Nations unies (ONU). Parmi les grands sujets denvironnement
associés au développement, la crainte dun réchauffement
du climat attribuable à lactivité humaine fait son apparition.
Dans le contexte onusien, marqué par " un pays une voix "
et lexclusion a priori de contraintes formelles, la négociation
est faite de compromis entre des peurs et des intérêts très divers,
dautant que les scientifiques sont alors très réservés sur
le phénomène de leffet de serre et son origine anthropique.
Les parties élaborent néanmoins une convention cadre sur le changement
climatique ambitieuse sur le fond, mais dont les mesures concrètes
restent modestes. Reconnaissant leur responsabilité historique
dans laugmentation de la concentration des gaz à effet de
serre (GES) dans latmosphère depuis le début de lère
industrielle, les pays industrialisés prennent deux engagements :
stabiliser en 2000 leurs émissions de GES à leur niveau de 1990,
alors que la tendance est partout à la hausse ; apporter
un soutien technique et financier aux pays en développement (PED)
pour les aider à contrôler laugmentation des émissions quentraîne
leur développement et à sadapter aux changements climatiques.
La convention prévoit dautre part une révision régulière
de ladéquation des engagements à lévolution des connaissances
scientifiques et au résultat des efforts des différents pays.
A la première conférence des parties à la convention climat (COP1),
organisée en 1995 à Berlin, et surtout en 1996 lors de la COP2
de Genève, la situation a bien évolué. Le très large panel de
scientifiques instauré pour faire le point des connaissances sur
le changement climatique (GIEC) commence à se faire plus affirmatif
: il y a bien une corrélation entre la montée de la température
moyenne du globe et laugmentation de la concentration des
GES. Les différents modèles de prévision à long terme montrent
tous une poursuite de cette élévation de température (de 1,5 à
4°C selon les modèles) et une montée des océans (de 50 cm à 1
mètre) pour un doublement de la concentration des GES par rapport
à 1860. Seuls quelques irréductibles continuent de contester ces
projections.
Acte II
Kyoto
Les Etats prennent alors conscience de linsuffisance des
engagements de Rio. Ils confient à leurs experts le mandat de
faire de nouvelles propositions de réduction démissions
pour les pays du Nord. Cest le mandat de Berlin, renforcé
en 1996 après le deuxième rapport du GIEC. Les experts ont un
peu plus dun an pour préparer la troisième conférence, celle
de Kyoto, qui doit se tenir fin 1997 et décider dengagements
juridiquement contraignants.
Comment coordonner les réductions ?
Deux options se présentent. Soit on fixe une obligation de résultats,
cest-à-dire quon sengage sur des volumes démissions
à respecter, des quotas, à se répartir entre Etats pour aboutir
à un volume global démissions. Mais on ne définit ni les
moyens dy parvenir, ni les coûts de réduction qui sy
attachent. Soit on fixe une obligation de moyens que chaque pays
doit mettre en uvre pour diminuer ses émissions, par exemple
des taxes sur les rejets de GES. Chacun sengage sur des
politiques, mais sans garantir leur impact quantitatif sur les
réductions à une date donnée.
Concernant leffet de serre, les économistes prônent plutôt
une gestion par les prix. Cest à lorigine la position
de lUnion européenne (UE), qui tente dès 1992 dintroduire
en Europe une taxe du type pollueur-payeur sur les énergies. La
taxe doit atteindre 500 francs par tonne équivalent pétrole (TEP)
vers lan 2000, et être assise pour moitié sur le contenu
en carbone de chaque énergie. Mais le projet de la Commission
se heurte à la France et à son lobby nucléaire, hostiles à toute
taxation de lélectricité dorigine nucléaire[1],
et favorables à une taxe uniquement assise sur le contenu en carbone
des énergies fossiles.
Parallèlement, le concept de taxation se heurte à une opposition
de principe américaine et divise les pays du Sud. Pour les pays
producteurs de pétrole ou de gaz, la taxe permet aux pays du Nord
de sapproprier une partie de la rente pétrolière. "Si
le prix du pétrole doit augmenter pour inciter les consommateurs
à moins de gaspillage, pourquoi ne pas laugmenter chez nous,
à la source, plutôt que denrichir les finances des pays
riches par un prélèvement effectué chez eux ?" disent-ils.
Quant aux industriels du Nord, ils brandissent la crainte dune
perte de compétitivité et le risque de délocalisation de pans
entiers de lindustrie lourde, très intensive en énergie,
vers des pays qui ne seraient pas soumis à la taxe.
Face à léchec interne du projet de taxe, lEurope
est contrainte, dès avant Kyoto, de se battre sur le terrain américain
dune gestion par quotas démission. Une idée qui bénéficie
dailleurs de trois atouts :
- Une expérience très positive de réduction des émissions de
dioxyde de soufre aux Etats-Unis par attribution de quotas démission
et création dun marché des permis démettre entre
les entreprises concernées[2].
- Une plus grande facilité à limiter le processus dengagement
à certains pays, les quotas créant apparemment moins de distorsions
de concurrence internationale quune taxe sur le CO2 appliquée
uniquement au pays riches.
- Une simplicité et une adéquation apparente avec lobjectif
de la convention (réduire les émissions), qui en font un objet
plus facile à expliquer aux opinions publiques occidentales
que ladoption de mesures fiscales ou réglementaires.
Quelles références pour les quotas ?
Créer un système de quotas démission, cest reconnaître
que la capacité de notre écosystème à supporter les émissions
de GES dorigine anthropique est limitée. En cherchant à
définir des quotas par pays, certains veulent répartir cette ressource
limitée entre toutes les parties à la convention. Lindien
Anil Agarwall propose ainsi dattribuer à chaque être humain
un même quota, introduisant la notion de "convergence"
à terme des émissions par habitant, tandis que les Brésiliens
souhaitent répartir les quotas selon la responsabilité historique
cumulée de chaque pays.
Ces propositions, qui conduisent à de véritables droits démission,
se heurtent à deux difficultés insurmontables à ce stade :
définir le volume de la ressource globale (en cumul sur une période
de temps et en flux annuel), alors même que les scientifiques
restent divisés sur cette question[3] ;
convenir dune clef de répartition équitable de la ressource
dans le temps.
Devant ces difficultés, une approche plus pragmatique prévaut.
Elle consiste à reconnaître la nécessité dun effort préalable
des pays du Nord pour réduire leurs émissions à partir de leur
situation historique. On passe ainsi de la notion de "convergence"
vers un objectif commun à une notion certes moins ambitieuse mais
peut être plus réaliste de " contraction " des inégalités
entre pays. Cette approche a aussi lavantage de sinscrire
en continuité avec celle de Rio, en reprenant la référence à 1990.
Par contre, elle porte en germe le soupçon de la pérennisation
des avantages acquis. En effet, un pays très émetteur en 1990
est mieux placé dans la négociation quun pays qui a déjà
fait des efforts de réduction importants ou quun pays qui
émet peu de GES parce quil est en retard de développement.
Les PED ne cesseront de revenir sur le problème : les quotas définis
à Kyoto préjugent-ils de futurs " droits démission
" pour les pays du Nord, davantages définitifs à partir
desquels on négociera à lavenir des taux de réduction ?
Des quotas avec ou sans le Sud ?
Pour les pays du Sud, le Nord et son modèle de développement ont
une responsabilité historique écrasante dans la dégradation du
climat. Les pays riches doivent donc limiter rapidement leur part
dans les émissions, et surtout investir pour développer et transférer
de nouvelles technologies plus soutenables. Leur argument avait
prévalu à Rio.
A cela, les pays riches répondent que le Sud va devenir majoritaire
dans les émissions au XXIe siècle, en flux annuel puis en cumul.
Limiter leffort au Nord serait rapidement inefficace et
constituerait une concession inutile et coûteuse. Un argument
très discutable car la référence aux blocs Nord et Sud masque
des différences majeures de responsabilité en termes démissions
de GES par habitant.
Néanmoins, dès louverture de la conférence de Kyoto, les
Américains insistent pour que les principaux pays du Sud prennent
eux aussi des engagements. Les PED leur rétorquent que les pays
du Nord nont rien à exiger deux avant davoir
tenu leurs engagements de Rio en matière de stabilisation des
émissions et de transferts technologiques. Une position qui sera
appuyée par lUnion européenne.
Quotas fermes ou échangeables ?
On peut aborder de trois façons le débat sur le rôle du marché
dans leffort de réduction.
- De façon éthique. Lidée de créer, avec les permis démission
négociables, un commerce de mesures destinées à préserver un
bien commun, le climat, peut sembler immorale. Un problème bien
difficile à résoudre tant il dépend du caractère plus ou moins
sacré que lon accorde au climat, et de la conception que
lon a du devoir de préservation de ce bien commun. Ceux
pour qui la " marchandisation du climat " ne pose
pas de problème éthique font remarquer que cest le volume
global de réduction qui importe. En outre, le marché de quotas
garantit que chacun assume finalement le financement de ses
engagements de réductions, quel que soit le lieu où elles sont
réalisées. Et dailleurs, quimporte quil le
fasse chez lui ou quil paye pour le faire ailleurs ? Se
demande-t-on si les réductions américaines auront lieu au Texas
ou à Washington ?
- Par une approche économique. Les économistes, en particulier
les plus libéraux, proposent dassocier aux quotas un maximum
de flexibilité pour minimiser le coût global de la lutte contre
leffet de serre. Les pays partant de situations très différentes,
leurs coûts unitaires de réduction risquent dêtre très
contrastés. Pour les économistes, il est inefficace daffecter
des ressources financières à la réduction des émissions là où
elles sont très coûteuses si les mêmes ressources permettent
des réductions plus importantes ailleurs. Le consensus est aujourdhui
acquis sur ce point, toutes les études montrant que les mécanismes
de flexibilité (permis négociables, développement propre, application
conjointe) diminuent les coûts de réduction de chaque pays[4]
et donc de lensemble.
- Par une approche stratégique. Plus pragmatiquement, il est
clair que le commerce des permis facilite laccord politique
: sans cette possibilité déchange, les négociations de
Kyoto sur des quotas contraignants auraient été encore plus
difficiles. Jamais les Américains nauraient accepté un
objectif de réduction de 7%. Mais le recours immodéré à la flexibilité
présente aussi des risques. Il peut retarder ladoption
de mesures domestiques, ce qui est dangereux dans les domaines
à forte inertie (infrastructures durbanisme, de transport,
de logement, etc.). Il peut encore diluer les responsabilités
de chacun (entre acheteurs et vendeurs) en cas de non-respect
des engagements. Il peut aussi donner lieu à des dérives, des
échanges dEtat à Etat pouvant être motivés par dautres
considérations quune comparaison des " coûts du carbone
". Il peut enfin compliquer les étapes ultérieures de la
négociation entre des pays dont les différences démission
risquent de continuer à se creuser.
Ces diverses réserves expliquent pourquoi lEurope cherchera
à La Haye à encadrer strictement le recours au marché et à maximiser
laction domestique[5].
Taux unique ou à la carte ?
Lapplication dun taux de réduction unique semble lapproche
la plus simple et la plus en adéquation avec le principe de "
droits acquis " dont sinspire la logique de Kyoto (réductions
par rapport aux émissions passées). Elle consiste à imposer à
chaque pays un même effort de réduction de ses émissions par rapport
à une année de référence, 1990 en loccurence[6].
Cest la position initiale de lEurope à Kyoto. Mais
lUE perçoit aussi la limite de ce système, qui ne tient
pas compte des différents niveaux de développement des pays, et
donc du nécessaire " rattrapage " économique des plus
pauvres. Au sein de sa bulle[7],
lEurope propose dailleurs des taux différenciés.
Le groupe Umbrella, guidé par les Etats-Unis, préconise quant
à lui une approche différenciée, mais avec dautres arguments,
fondés sur les spécificités industrielles des pays, leur rigueur
climatique, leur géographie, leur tendance démographique.
En fait, les questions de taux et déchange sont très liées,
même si les Européens notamment nen ont pris conscience
que progressivement. Doù une certaine incohérence dans les
positions des parties à Kyoto : si, comme lUE, on privilégie
le taux uniforme, le recours au marché des permis est dautant
plus justifié car il réduit les disparités de coûts de mise en
uvre. Pourtant, lEurope y est restée opposée jusquau
bout ; si, au contraire, on envisage la création dun marché,
certains des arguments défendus par lUmbrella pour justifier
une différenciation des taux perdent de leur pertinence, puisquon
peut reporter le coût de la contrainte carbone sur les produits
exportés.
Un compromis sest finalement élaboré autour dune
différenciation " marchandée " associée à un mécanisme
déchange. Cette différenciation conduit à une réelle contraction
des disparités, et exige des Etats-Unis une inflexion de leur
tendance plus dure que celle imposée à lEurope, compte tenu
de la croissance démographique. Cette " rigueur " de
lengagement américain a dailleurs beaucoup pesé sur
les positions des Etats-Unis à La Haye. La différenciation adoptée
à Kyoto est évidemment beaucoup plus discutable pour les pays
de lEst (-8% pour les pays en accession à lEurope,
0% pour la Russie), lUkraine ou lAustralie.
Qui peut échanger des quotas ?
Indépendamment de léchange de parts de quotas entre
pays du Nord, le principe de mise en uvre conjointe (MOC)
testé avant Kyoto lors dune phase pilote offrait une autre
voie de flexibilité : des investisseurs dun pays financent
un projet dans un autre pays, qui se traduit par des réductions
démissions mesurables, et reçoivent en échange un quota
"carbone" égal au volume des réductions générées.
La mise en uvre conjointe entre les pays tenus par des
engagements a été associée à Kyoto à la mise en place dun
marché de quotas : elle ne présente pas de risque environnemental
et permet de motiver le monde économique sur la recherche et le
financement de projets. Mais les Etats-Unis souhaitaient étendre
la MOC à lensemble du monde, arguant de lexistence
dimportants potentiels de réduction à bon marché dans les
pays du Sud (technologies obsolètes, capacité dinvestissement
limitée). Les pays du Nord, en finançant ces réductions, accélèreraient
le transfert de technologies propres vers les PED tout en diminuant
la contribution du Sud aux émissions.
Cette proposition a été très critiquée par les PED, qui y voient
un moyen pour les pays riches déviter à moindre frais de
changer leurs propres trajectoires démissions. Ils craignent
aussi de voir les réductions peu coûteuses sélectionnées par le
Nord et de ne conserver que les plus chères pour le jour où eux-mêmes
devraient prendre des engagements. Pourtant, un compromis quelque
peu hypocrite est intervenu la dernière nuit de négociation autour
du mécanisme de développement propre (MDP) entre les tenants dun
fonds daccélération du transfert de technologies vers le
Sud, les tenants dune simple bourse de projets de type MOC,
et ceux dun fonds daide à ladaptation des économies
des PED au réchauffement climatique. Les termes restent cependant
si flous que chacun y voit ce quil veut : les Etats-Unis
une simple reformulation de lapplication conjointe, le G77
un mécanisme de financement du développement. Cela ne présageait
rien de bon pour les conférences suivantes.
Laffaire des puits.
En termes de concentration de gaz à effet de serre dans latmosphère,
cest la différence des émissions et des absorptions par
différents mécanismes (les émissions nettes) quil faut prendre
en compte. Les PED présentant a priori un fort potentiel de séquestration
du carbone à très bon marché par plantation ou amélioration de
la gestion des forêts, pourquoi ne pas concentrer laction
sur des projets de ce type au titre du mécanisme de développement
propre (MDP) ?
Cette idée se heurte à deux types de critiques. Premièrement,
sa validité écologique est douteuse (réalité et pérennité de la
séquestration, pertinence de privilégier la réparation plutôt
que la prévention). Deuxièmement, la pertinence de ces projets
en termes de développement est incertaine (contenu en transferts
de technologies, concurrence avec dautres usages du sol).
A Kyoto, lUmbrella, favorable à la prise en compte des
puits au Nord comme au Sud, a dû sincliner devant lUE
et la grande majorité des PED. Les puits sont strictement limités
aux pays du Nord pour des opérations volontaires de plantation
forestière. Lextension à dautres activités (agriculture,
élevage, espaces " naturels ") est reportée dans lattente
de nouveaux éléments scientifiques et méthodologiques. Aucune
référence aux puits nest faite dans le MDP, mais aucune
exclusion formelle non plus
Sanctions réelles ou système coopératif ?
Dernier point majeur, le contrôle du respect des engagements des
pays industrialisés, et les sanctions éventuelles à imposer aux
contrevenants. Devant la divergence des points de vue à Kyoto,
le dossier a été différé, rendant nécessaire un complément au
protocole qui pourra être ratifié indépendamment de celui-ci.
Doù un paradoxe : un pays pourra ratifier le protocole
de Kyoto sans pour autant être engagé par le système de sanction
qui le complèterait !
Acte III
La Haye
Une fois le protocole de Kyoto adopté, il ne restait officiellement
quà rendre opérationnelles les décisions de principe. En
réalité, les négociateurs de La Haye devaient aussi régler toute
une série de sous-entendus, dincompréhensions, et dinterprétations
divergentes.
Les points en suspens.
- Lobservance. Premier problème, celui des institutions
chargées de vérifier le respect des engagements. Le comité de
surveillance à mettre en place doit-il représenter équitablement
lensemble des parties (ce qui revient à accorder aux PED
la majorité lors des décisions de sanction) ou rester sous le
contrôle des pays qui ont pris des engagements ? Deuxième problème,
celui des sanctions. Les tenants de sanctions financières plus
ou moins élevées à régler après la période dengagements
sopposent aux partisans dune logique de réparation,
reposant sur un régime plus ou moins contraignant de report
de la dette contractée vis-à-vis de la communauté internationale.
- Leffort domestique (ou supplémentarité). Peut-on se
contenter dun principe qualitatif, ou faut-il limiter
quantitativement le recours au marché à une part de leffort
de réduction ? Peut-on chercher à favoriser laction domestique
via des mécanismes de régulation des marchés, par exemple en
prélevant une taxe sur les échanges ?
- La régulation des échanges. Peut-on accepter un marché très
libre et essentiellement bilatéral, ou une Bourse doit-elle
garantir sa transparence ? Lacheteur peut-il être tenu
pour partiellement responsable si le vendeur cède trop de parts
de son quota, ou faut-il limiter les échanges aux soldes de
quotas constatés en fin de période ?
- Les puits. Les éléments scientifiques et méthodologiques autorisent-ils
à étendre à dautres domaines que la forêt la prise en
compte des puits ? Faut-il sen tenir à la lettre de Kyoto,
et exclure les puits du MDP, ou en interpréter lesprit,
et considérer que les puits sont acceptables si les questions
techniques sont résolues ?
- Le mécanisme de développement propre. Au plan de léquité,
est-ce un simple instrument de flexibilité soumis au marché,
avec comme seule contrainte que les projets favorisent le développement
durable du pays récepteur ? Doit-on au contraire concevoir un
instrument original, destiné à financer pour tous les pays du
Sud des actions de développement durable, et permettant "
au passage " aux pays du Nord dêtre crédités dune
partie des réductions démissions ainsi générées ? Dans
le premier cas, seuls les projets bon marché localisés dans
les pays les plus attractifs se réaliseront. Pour assurer un
meilleur équilibre géographique, les PED proposent une contribution
obligatoire des pays du Nord à un fonds déquité, censé
financer les projets que le marché écarterait.
- Au plan des critères, doit-on définir des critères généraux
de développement durable ou laisser chaque pays libre de juger
selon ses priorités[8] ?
A quels projets de "référence" comparer les projets
MDP pour juger des économies de carbone réalisées ? Un
excès de rigueur risque de limiter le nombre de projets et de
décourager les activités les plus novatrices, au détriment des
pays du Sud. Mais à privilégier le volume des investissements,
on risque de créditer des projets qui se seraient faits sans
lintervention du MDP.
- Financer la coopération. Faut-il sappuyer exclusivement
sur les mécanismes existants (Fonds pour lenvironnement
mondial, MDP), instaurer de nouveaux fonds financés par laide
publique internationale, ou encore instaurer des prélèvement
sur les mécanismes de Kyoto ? Autant de questions qui renvoient
aux relations entre le protocole et la convention de Rio du
fait de lincertitude qui plane encore sur la ratification
du protocole de Kyoto.
Les "postures" de négociation.
- LUnion européenne. Au nom de lintégrité environnementale
du protocole, elle défend des positions très fermes sur lobservance
et les sanctions, quelle souhaite vigoureuses, sur la
supplémentarité, dont elle revendique une définition quantitative
restrictive, sur la régulation du marché de permis, sur la limitation
et lencadrement du MDP, sur la stricte limitation des
puits à ceux négociés dans le protocole.
- LUmbrella. Marqué par linquiétude américaine de
ne pas pouvoir tenir les engagements de Kyoto, le groupe défend
une interprétation beaucoup plus souple du protocole : renoncement
aux sanctions financières ; prise en compte large des puits
au sein des pays riches et dans le MDP ; critères souples déligibilité
au MDP ; pas de limitation aux échanges de quotas.
LUnion européenne et lUmbrella sont daccord
en revanche pour limiter la place du Sud au sein des institutions
à créer (comité dobservance, MDP).
- Le G77. Fondant sa position sur les principes déquité
et de responsabilité, il défend à la fois un régime dobservance
fort avec des sanctions financières et un encadrement serré
du marché. Il réclame dautre part une décision claire
des participants sur la nature et le but des mécanismes de flexibilité,
notamment sur le fait que les permis démission ne sont
pas assimilables à des " droits de propriété " totalement
fongibles. Il exprime enfin une forte demande financière, notamment
sous la forme dune taxation de lensemble des mécanismes
de flexibilité. En revanche, les pays du G77 affichent des positions
divergentes sur les puits.
- Les sous-entendus. Au-delà de ces postures, les acteurs saccusent
réciproquement de vouloir en fait renégocier les termes du protocole
de Kyoto. Les Américains reprochent aux Européens de revenir
sur léquilibre de Kyoto en voulant limiter la portée des
mécanismes de flexibilité, protestant : " Nous avons accepté
7% parce que Kyoto a entériné le principe de la flexibilité.
" De leur côté, les Européens et le G77 font grief aux
Américains de vouloir échapper à leurs engagements et de brandir
la menace de non-ratification pour faire accepter des évolutions
contraires à lesprit de Kyoto, qui restait prudent sur
les puits et privilégiait les actions domestiques par rapport
à la flexibilité, ce qui justifie une régulation des échanges.
Enfin, le G77 reproche à lensemble des pays du Nord de
contourner leurs obligations vis-à-vis du Sud et doublier
que le protocole fait du MDP un mécanisme de développement original,
sans lequel ils nauraient jamais accepté Kyoto.
Cest sur ces bases, avec ces positions de départ et ces
sous-entendus, avec en outre le poids des lobbies industriels
et des environnementalistes, qua débuté la première semaine
de discussions de La Haye, celle des experts. La négociation est
ainsi jalonnée de traces héritées de ce long cheminement de la
convention climat, comme le montre lintitulé des différents
points cités par le président de la conférence, Jan Pronk, dans
son désormais célèbre compromis.
1) Qui
pourrait instiller dans lopinion lidée que cette énergie
nest pas totalement exempte de pollution
2)
Même si le contexte est très différent de celui des émissions
de GES, à la fois en termes dobjectifs, dactivités
concernées, doptions technologiques, ou de concurrence et
de coordination.
3)
A la fois sur les volumes à ne pas dépasser et sur les conséquences
climatiques associées aux concentrations qui en résulteraient.
4)
Même en dehors du phénomène de hot air imputable à la définition
laxiste des quotas russes et ukrainiens.
5)
Le paragraphe du protocole de Kyoto instituant les permis négociables
comporte un alinéa sur la " supplémentarité " : léchange
de permis doit être considéré comme une mesure complémentaire
à laction domestique de chacun des pays.
6)
En comptant ensuite sur les vertus du commerce des permis pour
égaliser les coûts de réduction.
7)
Les pays de lUE se sont présentés à Kyoto comme une entité
unique prenant un seul engagement global. Un accord interne répartit
ensuite la charge de réduction entre les pays membres en tenant
compte de leur niveau de développement.
8)
Ainsi lUE, pour éviter de traiter le nucléaire, proposait
une liste " positive " à lallure étriquée et paternaliste.
LUmbrella répondait démagogiquement quil sagissait
dune question de choix national
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