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Le
piège des puits
entretien
avec
Olivier Deleuze, secrétaire d'Etat à l'Energie
et au Développement durable.
La Belgique présidera lUnion européenne
à partir de juillet 2001. Ce sera donc sans doute à son ministre
Olivier Deleuze de préparer la COP6 bis côté européen. Il explique
pourquoi mieux valait suspendre les négociations de La Haye, en
attendant mieux.
Courrier de la planète : Comment analysez-vous
léchec des négociations de La Haye ?
Olivier Deleuze : Par définition, dans
une négociation, il importe à la fois que certains points de laccord
ne soient pas en eux-mêmes complètement inacceptables, et à la
fois que lon trouve un équilibre global. La Haye na
pas permis datteindre un accord équilibré. Les deux problèmes
principaux concernaient dune part les puits de carbone,
en particulier leur inclusion dans le mécanisme de développement
propre, dautre part lobservance, cest-à-dire
la surveillance et les sanctions. Ces deux questions étaient trop
improvisées et une majorité dEtats européens a refusé le
compromis. Le risque était de se retrouver avec un accord dont
a posteriori on aurait découvert quil était catastrophique
pour lenvironnement et quil introduisait des distorsions
de concurrence injustifiables entre lEurope et lUmbrella.
ais
cette improvisation renvoie à un problème plus fondamental. Voilà
la communauté internationale confrontée à une difficulté due à
son bon fonctionnement. Le réchauffement climatique nest
pas dû à une crise, à une guerre majeure ou à une récession. Il
ne sagit pas de faire revenir au bercail un Etat qui ne
respecte pas telle règle, ou de palier tel dysfonctionnement.
Léconomie tourne, et plus la croissance est soutenue, plus
le problème climatique se renforce. Les négociations échouent
parce que nous ne sommes pas culturellement mûrs pour trouver
une solution. Les premiers objectifs de réduction des rejets de
gaz à effet de serre envisagés avant le protocole de Kyoto étaient
extrêmement ambitieux. Aujourdhui, on est en train de sentre-déchirer
pour diminuer de 5 % globalement en 2010, en sachant pertinemment
que cest insuffisant, et en essayant dalléger cet
effort minimal par des mécanismes de flexibilité. Cest une
question de perception, de culture des biens communs et des politiques
quon est prêt à mettre en uvre pour les préserver.
La culture de la classe dirigeante est très neuve en matière de
réchauffement climatique. La société internationale, représentée
à La Haye par ses responsables politiques compétents pour le climat,
a une façon de penser peut-être insuffisante par rapport au défi.
Courrier de la planète : Cela ne tient-il pas
en partie aux pressions industrielles contre un objectif de réduction
trop contraignant ?
Olivier Deleuze : Oui, mais les industriels
ne sont pas les seuls à freiner. On voit aussi des organisations
syndicales freiner. Même si dun point de vue macro-économique,
lorsquon augmente la fiscalité sur lénergie et quon
la diminue sur le travail, le bilan est favorable en termes demplois,
cela reste douloureux pour les secteurs dactivité les plus
consommateurs dénergie.
Courrier de la planète : Les ONG nont-elles
pas selon vous contribué à figer la position européenne à La Haye ?
Olivier Deleuze : Les ONG environnementalistes
font avancer la culture collective par rapport au problème du
climat. Plus tôt on agira, moins ce sera douloureux. Les ONG poussent
à agir vite. Et si elles ont défendu le " non " au compromis
envisagé avec lUmbrella, cest sans doute quelles
ne voulaient pas quon fasse tout de suite rien du tout !
Cest leur rôle de faire pression pour lintégrité environnementale
du protocole.
Courrier de la planète : Selon vous, est-ce
une bonne chose quil ny ait pas eu daccord maintenant,
vu le compromis proposé ?
Olivier Deleuze : Je pense que oui. On
verra si on arrive à faire mieux avec la COP6 bis. Négocions les
questions dobservance, de puits, passons des compromis politiques,
mais sans prétendre quils sont motivés par des considérations
scientifiques. Daccord pour laisser ouverte la question
des puits en disant quon tranchera plus tard, quand les
scientifiques en sauront davantage, mais nacceptons pas
nimporte quoi pour autant.
Courrier de la planète : Comment expliquez-vous
que lUnion européenne nait pas pu mieux sentendre
avec les pays en développement ?
Olivier Deleuze : Je crois que, malgré
les efforts de la présidence, la méthode était un peu brusque :
négocier dun côté avec lUmbrella, parce que là était
le cur du processus, et de lautre entretenir des contacts
avec le G77, cétait leur manquer dégards. LEurope
a des liens historiques privilégiés avec beaucoup dentre
eux, et ses contacts auraient dû être meilleurs. Cest beaucoup
affaire de relations informelles, notamment avant la négociation.
Jai participé au sous-goupe de négociation du box A, qui
portait sur les questions propres aux PED. Lambiance nétait
pas constructive. Cétait une discussion dexperts sur
la composition de tel fonds ou la répartition des voix entre les
membres. On ne discutait pas des enjeux importants ni de léquilibre
global des propositions. Il est vrai que la négociation doit à
un moment donné aborder les points précis, mais sans accord global
en amont sur lobjectif, on ne peut pas avancer. Quand la
méfiance est trop grande, chaque point est interprété différemment
de part et dautre de la table. On a sans doute manqué de
temps, une fois la note Pronk communiquée, pour pouvoir replacer
la négociation des points précis dans la discussion politique
de fond et réduire la méfiance. Mais je ne jette pas la pierre
au texte de Pronk, même sil est venu trop tard. Cétait
une bonne base de travail, très politique, très réfléchie
et cela reste éventuellement une bonne base de travail !
Courrier de la planète : Sur des questions
qui divisent les pays du Sud, comme les puits ou le mécanisme
de développement propre, comment arriver à une position commune
Europe-PED ?
Olivier Deleuze : Dans la question des
puits, le premier critère à prendre en compte est lintégrité
environnementale. Il ne faut pas transiger là-dessus. Si la ratification
du protocole passe par un recours massif aux puits, autant laisser
tomber. Nous devons faire comprendre cela aux pays en développement.
Quant à léligibilité des projets dinvestissement au
titre du mécanisme de développement propre, on est quasiment parvenu
à un accord. Les pays du Nord comme les pays du Sud les plus attractifs
pour les projets de développement propres reconnaissent que les
pays les moins avancés ont de vraies difficultés daccès
aux financements du Fonds pour lenvironnement mondial. Ce
nest plus un sujet dopposition. Laccord de principe
étant trouvé, la méfiance étant tombée, on peut maintenant sattacher
à trouver des modalités techniques pour permettre aux pays les
moins avancés de mieux bénéficier des financements de la communauté
internationale, quils soient privés ou publics.
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