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Industrie
Lheure des permis
Entretien
avec Richard Armand, délégué général de EPE.
Réduction des coûts de revient, anticipation de contraintes
aux rejets de gaz à effet de serre, créneau "vert" :
les entreprises ont dores et déjà intégré leffet de
serre dans leur stratégie. Elles sont pour un accord global sur
le climat qui créerait un marché global des permis démission
de carbone.
Courrier de la planète : Comment voyez-vous
la suspension des négociations internationales à La Haye ?
Richard Armand : Cest un échec regrettable.
Peut-être pas définitif, puisque les négociations vont reprendre
sous forme dune conférence 6 bis entre juin et juillet prochains.
Je crois quil est dû à trois facteurs. Premièrement, cest
une négociation très difficile, sur un sujet complexe et aux enjeux
économiques et politique majeurs. Deuxièmement, lEurope
est assez éclatée sur le sujet. On arrive toujours à se mettre
daccord sur le fait quil faut être très ferme mais
cela ne va pas très loin. Troisièmement, il semble y avoir eu
une dramatisation excessive pour la fin de la réunion. Les problèmes
difficiles rencontrés lors de la première semaine ont été reportés
à la négociation finale avec les ministres, qui se sont trouvés
face à une tâche démesurée.
es
industriels ne se réjouissent pas de cet échec, et souhaitent
au contraire un accord qui permette dappliquer les engagements
de Kyoto. La négociation semble buter sur trois sujets principaux.
Dabord, les puits de carbone. Il ne paraît pas absurde de
tenir compte des puits, mais encore faut-il être sûr quils
jouent leur rôle de puits de carbone. Sous réserve de connaissances
scientifiques, donc, pourquoi pas. La deuxième pierre dachoppement
est la supplémentarité : le recours au marché est-il ouvert
ou restreint à un certain pourcentage ? Sur ce sujet, les
entreprises estiment que les choses sont déjà assez compliquées
et quil faut éviter de créer des obstacles indus. Si les
certificats correspondent bien à des réductions, pourquoi limiter
le marché ? Certes, la question de lair chaud de Russie
et dUkraine pollue le sujet, mais cela nest pas insurmontable.
On nest pas obligé douvrir complètement les vannes
du hot air dun seul coup. La troisième pierre dachoppement
est lobservance. Il paraît pourtant normal quil y
ait des sanctions si des pays ne jouent pas le jeu.
Courrier de la planète : En quoi les industriels
français intègrent-ils leffet de serre dans leur stratégie ?
Un blocage complet des négociations internationales les conduirait-il
à mettre de côté la préoccupation effet de serre ?
Richard Armand : Les gros utilisateurs
industriels dénergie ont complètement intégré leffet
de serre dans leur stratégie. Tous développent des réflexions,
des positions, des annonces. Ils se préparent à mesurer ou calculer
les émissions et souhaitent négocier avec les pouvoirs publics.
Leur attitude ne dépend pas de lissue des négociations internationales.
Il peut y avoir un blocage sur lapplication du protocole,
mais on ne bloquera pas leffet de serre et les industriels
savent quil leur faudra contribuer à limiter les émissions.
Ce quils veulent, cest quil y ait des mécanismes
de flexibilité, parce que cela diminuera les coûts de la réduction
quelle que soit la réduction totale des émissions.. Au niveau
européen, selon la Commission européenne, léconomie se chiffrerait
en milliards deuros. A moyen ou long terme, les industriels
savent quils entrent dans un monde où il faudra faire avec
la contrainte carbone, que ce soit sous la forme du protocole
de Kyoto ou sous une autre forme. Et au fond, les entreprises
considèrent que cela fait partie de leur métier que de faire des
économies dénergie. Leur coût de revient en dépend.
Courrier de la planète : Que pensez-vous
des mécanismes de flexibilité étudiés dans le cadre du protocole
de Kyoto (développement propre, permis négociables, puits) ?
Richard Armand : Tous sont intéressants,
mais tous ne sont pas également clairs. En matière de puits, par
exemple, il reste du travail à faire au plan scientifique. Pour
le développement propre, le travail est plutôt institutionnel :
comment le faire fonctionner sans trop lalourdir ?
En théorie, il est impossible de définir une base line, une référence
par rapport à laquelle on estimera quun investissement a
permis déconomiser des émissions de CO2. Et pourtant, il
faudra tout de même élaborer des règles permettant dévaluer
ce qui se serait passé si lon navait rien fait. Là,
cest plus un problème de gestion. Quant aux permis négociables,
la question est aujourdhui purement politique. Le marché
peut démarrer très rapidement, le tout est quon décide de
les reconnaître. A partir du moment où lon mesure les émissions
et où lon a un protocole de calcul, il suffit quun
gouvernement accepte les compensations entre les émissions des
uns et des autres pourvu que globalement les objectifs soient
tenus, pour quun marché sinstaure immédiatement. Et
pour créer un marché international, il suffit que deux gouvernements
au moins reconnaissent mutuellement leurs mesures et leurs calculs.
Pour linstant, un marché ne peut pas fonctionner parce
quil ny a pas encore eu de négociation sur les objectifs
nationaux fixés aux différentes entreprises actives dans un État.
Le préalable, cest un objectif par rapport auquel se situer.
Ensuite, il faut que si une entreprise fait mieux que lobjectif,
la différence lui soit reconnue et quelle acquière des crédits
à vendre, à hauteur de lécart favorable. Les objectifs nétant
pas définis, les droits nétant pas reconnus, le marché ne
peut pas fonctionner. Mais cela peut se mettre en place très vite.
En tout cas, les entreprises sont prêtes à commencer la négociation
sur les objectifs nationaux.
Courrier de la planète : Vous comptez parmi
vos adhérents un certain nombre de multinationales. Comment comptent-elles
arbitrer entre réduire les émissions de gaz à effet de serre imputables
à leurs filiales basées en France et celles imputables à leurs
filiales dans dautres pays ?
Richard Armand : Cest un sujet difficile,
parce que les groupes multinationaux regardent la réduction totale.
Quand ils prennent des engagements volontaires de réduction de
leurs émissions, cest pour lensemble du groupe. Malheureusement,
à Kyoto les engagements ont été pris par pays. Il faut donc arriver
à coupler des objectifs mondiaux, qui correspondent à la manière
de gérer un groupe multinational, et des objectifs nationaux,
qui correspondent à la façon de gérer des États. Pour y parvenir,
il faut coupler la négociation et le marché. Les groupes devront
négocier un objectif dans chaque pays du protocole, à charge pour
eux de veiller à ce que la somme de ces objectifs correspondent
à lobjectif global quils se sont donnés. Et si des
écarts subsistent entre ce quils peuvent faire dans un pays
donné et leur objectif dans ce pays, ils auront recours aux échanges
de crédits. Ils achèteront des crédits ailleurs, soit auprès dune
de leur filiale dans un autre pays, soit auprès dun autre
groupe qui, lui, aura dépassé son objectif.
Premiers pas des ONG russes
"Jai participé à COP6
dune part en qualité dexpert pour présenter
les résultats du projet sur les inventaires régionaux de
gaz à effet de serre en Russie au cours dune présentation
parallèle aux négociations (side event) ; et dautre
part en tant quONG intéressée par les discussions
qui se tenaient durant la conférence et par les contacts
personnels avec de nombreuses ONG et experts impliqués dans
le processus. Je me suis également entretenue avec des membres
de délégations officielles de Russie et dautres pays.
Je nai pas eu de problèmes à lier directement des
contacts avec ceux-ci, mais il est difficile de dire si
les discussions des délégués avec les ONG sont susceptibles
de modifier leurs vues. En tout état de cause les ONG jouent
un rôle important formel autant quinformel
- dans le processus global.
Dune manière générale les changements
de position, perceptibles à La Haye, reflètent une meilleure
prise de conscience par les délégués officiels des pays
du coût économique et social réel du problème. Cette position
succède à une période initiale doptimisme excessif
et de désir de sauver les générations futures. Je pense
quà lavenir la Russie devrait développer une
position plus explicite et plus détaillée et également jouer
un rôle plus actif. La phase actuelle du processus relève
du apprendre en disant, elle ne sera suivie deffet
que dici cinq à sept ans. Il faut rester mobilisé
et profiter de ce laps de temps pour peser sur les solutions
adoptées."
Inna Grisevith
Directrice de recherche
au Centre pour lefficacité énergétique
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