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61 - Changement climatique
Les politiques
dans la tourmente
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Le mythe du delta éternel
Bernard Picon, laboratoire Dynamique écologique et sociale en milieu deltaïque, CNRS, Arles.

"Sauver la Camargue" des attaques de la mer est un combat idéologique, qui repose sur le mythe d’une Camargue immuable. Le risque est de vouloir figer l’espace, alors que nous ignorons de quoi seront faites l’activité économique et la "valeur" de demain.

n matière d’adaptation aux conséquences du changement climatique, une grande révolution s’est opérée au cours de ces dernières décennies : nous savons ce qui va se passer, alors qu’auparavant nous l’ignorions. Nos ancêtres de l’époque glaciaire ne savaient pas que 1000 ans plus tard, leurs grottes seraient ensevelies sous 40 mètres d’eau. Aujourd’hui, nous savons qu’un réchauffement global est en cours, nous pouvons en prévoir les effets majeurs pour les prochaines générations , même si c’est de façon très imprécise et confuse. Cette connaissance nouvelle pose de vraies questions de politique publique.

Le sociologue peut contribuer au débat public sur l’adaptation en soulignant trois écueils. D’abord, l’écueil de l’idéologie technicienne et aménagiste héritée du XIXe siècle, elle-même héritée de Descartes qui considérait que l’homme était "comme maître et possesseur de la nature". On sort peu à peu de ce schéma de pensée, comme le montre l’intérêt nouveau porté aux "méthodes douces" de défense du littoral. On ne lutte plus contre les éléments naturels, on tente de composer avec. Les politiques publiques ont clairement progressé en ce sens. Le second écueil consiste à considérer les espaces menacés par les changements climatiques comme des entités éternelles, brusquement menacées par la montée du niveau marin. En réalité, un delta tel celui de la Camargue est par nature un espace mouvant, et c’est à partir de cela qu’il faut raisonner. L’idée d’une Camargue immuable doit être relativisée, chaque zone réagit différemment aux mouvements du fleuve et de la mer. D’où la pertinence d’une approche en termes de géographie des deltas. Le troisième écueil est de réduire le problème social du niveau marin aux coûts économiques. On entend dire qu’il faut protéger les zones importantes en termes d’activités humaines et économiques, les zones qui ont de la valeur, et qu’il faut envisager de lâcher du lest pour les autres. Mais le problème est que l’on raisonne à l’aune de nos conceptions économiques contemporaines, et que ce qui n’a pas de valeur aujourd’hui peut en avoir demain. C’est bien là l’obstacle auquel se heurtent d’ailleurs les économistes et les sociologues qui tentent de modéliser les impacts des changements climatiques sur la croissance économique.

Concernant plus précisément la Camargue, trois points méritent d’être portés à l’attention des responsables politiques et des populations dans leur effort d’aménagement du delta. Le premier concerne les ouvrages de défense comme les digues et les brise-lames, dont l’efficacité réelle est souvent très éloignée de leur force symbolique. Ainsi, la digue à la mer, construite en 1859 et longue d’une vingtaine de kilomètres, a été érigée moins contre les tempêtes que contre le sel, dont on pensait à l’époque qu’il était charrié par la mer lors des épisodes de tempête jusqu’à l’intérieur des terres. Or on sait aujourd’hui que le sel passe sous la digue, par le fonds marin, et gagne directement le sous-sol du littoral et de la plaine. La digue à la mer est donc un outil de protection symbolique, qui rassure les populations mais ne remplit pas son objectif pour l’agriculture camarguaise.

Le deuxième point a trait aux lagunes. Ces zones de passage entre eaux douces et salées recèlent une grande diversité biologique et jouent un rôle majeur comme zones de frayère dans la reproduction des poissons. Aujourd’hui, le stock halieutique de la Méditerranée est en train de diminuer parce que l’on a coupé en bien des endroits les échanges entre la mer et les lagunes. La remontée du niveau marin ne fait finalement que rétablir un peu ce qui se passait avant l’artificialisation de la Camargue… Le retour à un fonctionnement plus naturel des lagunes est d’autant plus souhaitable que ces espaces offrent des paysages d’exception entre mer et étangs et représentent un atout majeur dans le développement du tourisme vert. En dehors des zones habitées comme les Saintes-Maries ou des secteurs d’intérêt économique comme les Salins du midi, il peut être souhaitable de retrouver l’instabilité naturelle du delta.

Le troisième point concerne l’urbanisation du littoral, dont tout le monde dit aujourd’hui qu’elle constitue le problème majeur de la Camargue, avant la remontée du point salé et le recul du delta. Il existe bien une loi sur la protection du littoral, mais il est toujours possible de la contourner. Finalement laisser rentrer un peu la mer, laisser planer un risque d’inondation, c’est la meilleure arme contre l’urbanisation.

Pages réalisées à partir du colloque Le changement climatique et les espaces côtiers, proposé à Arles les 12 et 13 octobre 2000 par la Mission interministérielle de l’effet de serre avec le concours de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et de la DATAR.

le bilan
scientifique

L'heure
des surprises climatiques

Robert T. Watson
président
du GIEC

Calculs dans
le brouillard
Ferenc L. Tóth
Postdam
Institute
for Climate
Impact Research.

La saga de la convention
De Rio à La Haye :
le dessous
des cartes

Benjamin Dessus
Ecodev-CNRS
et Global Chance
Michel Colombier
International Conseil Energie.

Le climat
au défi  de l'OMC

Béatrice Quenault, Université
de Troyes.

Négocier
L'art (difficile)
du compromis

entretien avec
Michel Mousel Mission interministérielle de l'effet de serre (MIES)
Laurence Tubiana Conseil d'analyse économique (France).

Le piège des puits
entretien avec
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secretaire d'Etat
à l'Energie et au Développement durable (Belgique).

Chacun pour soi
José Goldemberg Université
de São Paulo (Brésil).

Climato-
pessimisme

Youba Sokona
Enda-
Tiers monde (Sénégal).

L'intelligence
ne fait pas
le lobby

entretien avec
Yves Cochet
député vert
du Val-d'Oise.

Témoin actif
mais pessimiste
entretien avec
Sylvain Godinot
Réseau action climat (France).

Industrie
L'heure
des permis

entretien avec
Richard Armand Entreprises pour l'environnement.

Climat L'adaptation permanente
Michel Picard
groupe Lafarge.

En France
Des mesures minimales

Bernard Laponche
consultant en politique énergétique.

Vrais faux départs Pierre Radanne Agence de l'Environnement et de la maîtrise
de l'énergie.

Efficacité énergétique:
Tout un programme
Extraits du programme d'efficacité énergétique

Des résultats décevants
Thomas Guéret MIES

Ecotaxe Chronique d'une mise à mort
Benjamin Dessus
Ecodev-CNRS,
Global Chance.

Industrie
La taxe
par l'absurde
entretien avec
Richard Armand
, Entreprises pour l'environnement.

S'adapter
Le pouvoir
de l'homme

Isabelle Biagiotti
Sarah Mongruel, Courrier
de la Planète.

Coopération
Rien de nouveau sous le soleil

Joao Rooimans
Direction environnement
et développement ministère des Affaires étrangères
(Pays-Bas).

Bangladesh
Et le ciel t'aidera?

Saleemul Huq International Institute for Environment
and Development (Royaume Uni)

Maldives
L'heure des barricades
Simad Saeed
ministère de l'Intérieur, du Logement et de l'Environnement (République des Maldives).

Pays-Bas
Les soldats
de l'eau

Sarah Mongruel
Courrier
de la Planète.

Camargue
Le bon recul
Mireille Provansal Université
de Provence,
Aix-Marseille

Le mythe du delta éternel
Bernard Picon
Laboratoire dynamique écologique et social en milieu deltaïque
CNRS

Assurances
Plaidoyer pour le développement durable

entretien avec
Andrew Dlugolecki

ex-General Insurance Development (Royaume-Uni)

repères
Ce que l'on sait de l'effet
de serre

Le climat sous surveillance

Les modèles de réchauffement
Jean-Marc Jancovici, consultant

Décrypter la négociation internationale

Le débat sur la flexibilité
Patrick Criquin CNRS-IEPE

 

 

       
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Dernière mise à jour Thursday 22 December, 2005