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Ann Waters-Bayer, AGRECOL, Allemagne
Vice Présidente du Comité des ONG du GCRAI
La société civile a un rôle important à jouer pour que les
connaissances produites par la recherche agricole internationale
continuent à être traitées comme des biens publics et que les
savoirs traditionnels soient référencés et ne fassent pas lobjet
de brevetages abusifs.
e
premier produit de la recherche est la connaissance, définie classiquement
comme un bien public pur : sa consommation par une personne
ne réduit pas la quantité disponible de ce bien pour les autres.
Les connaissances produites par la recherche agronomique sont
des techniques ou des méthodes, pouvant également être définies
comme des biens publics, ou peuvent prendre une forme matérielle
commercialisable, comme par exemple des nouveaux cultivars. Toutefois,
la société peut juger que les connaissances contenues dans certains
matériels est nécessaire au bien-être de tous et doivent donc
être traitées comme des biens publics. Privatiser ces connaissances
signifierait quune frange de la société naurait pas
accès à une quantité suffisante de ces connaissance pour quelles
contribuent à son bien-être. Les produits de la recherche qui
peuvent contribuer à protéger lenvironnement et à diminuer
la pauvreté et la faim sont lexemple de biens qui doivent
être maintenus dans le domaine public.
Les connaissances agricoles peuvent être générées par différents
acteurs, non pas seulement par les scientifiques. Cest par
exemple grâce aux recherches informelles de millions dagriculteurs
à travers le monde quun nombre indéfinissable de variétés
de plantes et danimaux ont été sélectionnées pour être adaptées
à différentes conditions agro-climatiques. Dans ce cas, il est
intéressant de voir la manière dont les petits agriculteurs définissent
la notion de bien public pour leurs recherches locales. Une récente
étude menée en Ethiopie montre que les agriculteurs considèrent
leurs innovations comme le fruit dune connaissance locale
commune. Elles doivent donc profiter à lensemble de la communauté.
Même sils ne lont pas exprimé en ces termes, ils parlaient
dinnovations agricoles comme dun bien public.
Fixer un prix à ces innovations pourraient empêcher certains
de lutiliser pour faire avancer un peu plus la connaissance
commune. Notons que cet exemple correspond à des communautés qui
ont un sens élevé de la solidarité pour développer la sécurité
alimentaire. Une telle solidarité nest pas aussi forte dans
la soi-disant "communauté internationale".
Manifestement, au vu du nombre croissant de brevets déposés sur
les produits de la recherche, peu sont universellement considérés
comme des biens publics. Mais, dans lintérêt de notre planète,
nous devrons nous assurer que certains types de recherches demeurent
publiques et, dans lintérêt des pauvres, nous devrons assurer
laccessibilité des résultats de recherche dont ils ont besoin.
A qui profite la recherche ?
Dans tous les cas, les travaux des instituts de recherche agronomique
financés sur fonds publics doivent bénéficier aux individus, aux
systèmes, aux régions et aux produits qui nintéressent pas
le secteur privé. Cest-à-dire, les agriculteurs pauvres,
les systèmes de subsistance, les régions marginales et reculées
et les plantes orphelines.
Mais cantonner la recherche publique aux zones marginales relèverait
dune lecture extrêmement simplifiée de la pauvreté dans
le monde. Cela revient à ne pas tenir compte des individus marginalisés
dans les zones les plus favorisées et des conséquences néfastes
des systèmes agricoles de ces régions sur lenvironnement.
Pour la recherche publique, lenjeu ne consiste pas seulement
à prendre en charge les secteurs non couverts par le marché. Il
sagit également de satisfaire aux objectifs déquité
et de conservation des ressources.
Pour réduire la pauvreté et gérer de manière efficace les ressources
naturelles, la recherche requiert une fourniture de biens publics
autres que les variétés à haut rendement qui étaient produites
jusquici. Ainsi, pour être réellement efficace, la fourniture
de biens publics devrait inclure des technologies innovantes,
durables, peu coûteuses et qui nécessitent peu dintrants ;
des approches méthodologiques qui renforcent la capacité des petits
agriculteurs à sadapter à un environnement changeant et
des stratégies qui permettent de diffuser les initiatives locales
prometteuses1.
En somme, les biens publics de recherche vont bien au-delà des
nouvelles technologies et doivent permettre aux petits agriculteurs
de mieux comprendre et maîtriser les facteurs qui influencent
leurs systèmes de production. A cet effet, les institutions publiques
ont encore dénormes efforts de recherche à fournir dans
les domaines du droit, de la socio-économie et du fonctionnement
des politiques agricoles.
Maintenir les résultats dans la sphère publique
La recherche agronomique doit conduire à des résultats scientifiques
accessibles à tous. Ceux qui peuvent être commercialisés, pouvant
conduire par exemple à des brevets, doivent être protégés par
les scientifiques via les publications.
Dans ce schéma, il ne faut pas oublier les apports du groupe
de chercheurs le plus important : les agriculteurs. Des moyens
doivent être mis en uvre pour protéger les innovations et
les résultats dexpérimentation des petits agriculteurs.
Localement, des groupes dindividus ont toujours trouvé des
solutions, comme le développement de variétés résistantes à la
sécheresse. De telles innovations doivent être référencées et
partagées, afin de les protéger du brevetage par autrui pour des
objectifs commerciaux. Cela permettrait de faire des savoirs locaux
un bien public dont lorigine soit reconnue.
Un système global dinformation sur les innovations agricoles,
obtenues soit par les scientifiques soit par les agriculteurs,
pourrait servir de référence aux offices de brevetage : il
sagirait dune banque de données mondiale appartenant
au domaine public et sur laquelle aucun brevet ne pourrait être
déposé. Laccès libre à cette banque de données devrait être
garanti par des lois adoptées par les législations nationales
et les conventions internationales sur les droits de propriété
intellectuelle.
La société civile a un rôle important à jouer pour assurer que
soit maintenue une recherche agronomique publique, nécessaire
au bien-être de lhumanité. La société civile doit affirmer
fermement ce qui doit être préservé comme bien public et participer
plus avant aux processus de décisions qui déterminent notre futur,
plutôt que de laisser ces décisions être prises par quelques multinationales
dont lobjectif est de breveter le vivant.
1) Lire J. Berdegue
& G. Escober, Electronic Conference on CGIAR Governance, Organisation
and Structure : Final Synthesis. CGIAR, 2000.
L'association AGRECOL s'engage
pour la promotion de la gestion durable des terres en Afrique,
en Asie, en Amérique Latine et en Europe de l'Est
Ce groupe de travail a été fondé en 1982 et a, depuis 1988,
le statut d'association (qui est donc reconnu par l'Etat),
selon un principe d'auto-promotion.
Ses membres sont aussi professionnellement engagés dans le
développement rural et dans la coopération - organismes privés
, services de coopération publics ou religieux, bureaux d'études,
universités, écoles supérieures ou consultants particuliers.
www.agrecol.de
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