Un
bien public à préserver
éditorial
par François Lerin, rédacteur en chef.

u cours des
vingt dernières années, deux tendances majeures ont affecté le système
de recherche internationale orienté vers les pays en développement :
- la première
a été une sensible diminution de l'aide publique au développement,
souvent jugée inefficace ou mal orientée ;
- la seconde,
qui en est partiellement le corollaire, est venue de l'idée
que les acteurs publics n'étaient pas les mieux placés pour
résoudre les questions posées et que l'intervention du secteur
privé était nécessaire.
Ces tendances
ne touchaient évidemment pas seulement la recherche agronomique
internationale, mais beaucoup de secteurs d'intérêts collectifs
internationaux. Or, après une longue et systématique critique
des "défaillances de l'État" , c'est aujourd'hui aux
"défaillances de marché" de prendre progressivement
le devant de la scène.
Pourtant,
malgré les faiblesses des appareils de recherche ex-coloniaux
et leurs collaborations avec les dispositifs de recherche dans
les pays en développement, malgré les nombreuses critiques adressées
au système international de recherche mis en place à l'initiative
principale des États-Unis (à l'origine de la "Révolution
verte"), cet ensemble a partiellement réussi à relever les
défis de l'agronomie de la deuxième moitié du XXème
siècle.
Le paradoxe
auquel nous sommes aujourd'hui confrontés tient en plusieurs points
- la recherche
agronomique privée est passée des mains des semenciers aux grandes
firmes agro-chimiques, leaders dans la génomique. Elles forment
un oligopole étroit ayant beaucoup investi dans la recherche-développement
et l'achat de start-up. Leur logique principale est une logique
de retour sur investissement ce qui les conduit à chercher à
imposer des produits et des paquets de traitements conjoints ;
- dans les
pays en développement, une certaine croissance a accompagné
les politiques de libéralisation et de désengagement de l'État.
Cependant, tous les diagnostics convergent pour constater que
la question de la pauvreté reste dramatique et que c'est sur
elle que devrait se concentrer l'aide publique au développement ;
- les centres
internationaux de recherche agronomique (Cira) peinent à se
transformer dans la phase d'incertitude intellectuelle et financière
qu'ils traversent actuellement ;
- les appareils
nationaux ont du mal à redéfinir leurs objectifs, d'autant qu'on
leur enjoint de plus en plus fermement de s'associer avec les
privés... La réforme qu'on leur demande n'est donc pas forcément
adaptée à leurs structures et compétences ;
- reste
enfin qu'en ces temps de globalisation, la communauté internationale
n'a toujours pas été en mesure de fournir des objectifs et des
protocoles à une recherche agronomique internationale qui doit
à la fois se renouveler et réduire ses demandes de financement
public.
Tout semble
ainsi converger pour que le dispositif ne soit pas en mesure de
répondre aux grandes questions qui lui sont posées : problèmes
systémiques, aspects environnementaux, actions spécifiques vers
les plus pauvres (et donc les moins solvables). La recherche agronomique
internationale, coincée dans le débat public-privé, sans véritable
pilotage ni objectifs stratégiques, est en train de perdre lentement
et, peut-être, durablement, son statut de bien public mondial.
A moins que..
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