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63 - Société civile mondiale
La montée en puissance
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L ISEZ LES
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Réformer l’ONU ?
David Steele, ancien fonctionnaire international

L’espace politique international est traditionnellement celui des Nations unies, c’est-à-dire des Etats et des institutions communes qu’ils se sont donnés. Les ONG doivent en permanence (re)négocier leur place dans cet espace. Les mouvements actuels de réformes des Nations unies n’y mettront peut-être pas fin.

outes sortes de raisons expliquent l’absence d’une société civile mondiale : la portée limitée des organisations et des moyens de communication, la structure des gouvernements répressifs, les ruptures des conflits, les effets polarisants de la mondialisation telle qu’elle est pratiquée actuellement. Les organisations non gouvernementales internationales (ONGI) du Nord ont généralement une meilleure influence que les ONGI du Sud dans l’arène internationale grâce à leur meilleur accès aux ressources, aux technologies de communication et aux médias internationaux.

Bien que les chercheurs soutiennent que la société civile doit avoir un rôle plus important dans les structures internationales d’organisation, de décision et de législation, l’expansion du rôle des ONGI a été avant tout pragmatique. Le système de consultation des Nations unies a évolué en réponse à l’offre et à la demande. Les ONGI n’ont pas toujours suivi les réunions plénières, mais elles ont participé aux discussions des groupes de travail formels et informels, négociant des textes et prenant part aux votes. Leur influence s’est développée au point de peser sur les débats les plus politiques de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité.

L’augmentation du nombre d’ONGI et d’alliances d’ONGI plaidant pour les intérêts de leurs membres a été rapide. Les conseils intergouvernementaux étaient doublement demandeurs. Les pays récemment démocratisés, parfois sous la pression des programmes d’ajustement, avaient besoin de grandes organisations pour combler le vide créé par l’effondrement du système économique communiste. La philosophie libérale, prônant la liberté d’action des ONGI à l’intérieur des Etats, convergeait avec l’appréciation des secrétariats d’organisations intergouvernementales (OIG), considérant les délégués gouvernementaux au sein des conseils de contrôle comme limités voire paralysés et incapables de prendre des décisions saines, spécialement du point de vue des biens publics mondiaux.

Les conférences mondiales des années 1990 ont montré la capacité des ONGI à travailler avec le système des Nations unies. Elles ont infiltré avec succès non seulement les agendas des organisations sociales et des sociétés, mais aussi ceux des gouvernements. Pendant les négociations autour du Tribunal pénal international (TPI), les ONGI ont participé de manière informelle mais efficace, à un haut niveau du processus de négociations. Elles ont discuté les documents qui ont circulé et elles se sont fréquemment réunies avec les délégations ; généralement, elles ont eu un grand impact sur les résultats. Les sessions annuelles de la Commission des droits de l’homme à Genève attirent un grand nombre d’ONG qui y apportent des informations vitales et des données importantes. Le secrétaire des Nations unies a ouvert un groupe de travail de l’Assemblée générale sur le financement pour le développement. En 1999, trente dialogues informels avec les membres du Conseil de sécurité ont par ailleurs été tenus. Pendant plusieurs années, le Bureau de coordination des affaires humanitaires a tenu des réunions mensuelles avec les ONGI humanitaires. Le Haut Commissariat pour les réfugiés a récemment ouvert des discussions avec les 30 ONGI les plus importantes en matière de droits de l’homme et d’aide d’urgence.

Inciviles ?
Les ONGI ont subi quelques revers depuis que les Nations unies ont nettement réduit leurs conférences mondiales. Elles ont considérablement profité de ces conférences, qui leur offrent une accréditation ainsi qu’une intense interaction avec les délégations dans les processus préparatoires et des perspectives de mise en réseau. Quelques délégations auprès du Conseil économique et social de l’ONU (Ecosoc) sur les ONGI ont récemment évoqué la nécessité de leur imposer de nouvelles restrictions. Ces nouvelles mesures ont créé de sérieuses difficultés d’accès. Les ONGI du Sud, en plus des problèmes nationaux, ont un accès encore plus restreint aux Nations unies sur les questions de politique mondiale. Cela a réduit leur intérêt et leur soutien envers les Nations unies à un moment très critique de l’histoire de cette organisation.

La radicalisation de certaines ONGI a causé des problèmes à celles accréditées par les Nations unies. Il est parfois difficile de séparer les incidents que l’on pourrait appeler de protection légitime de ceux qui deviennent offensant pour les délégués et les fonctionnaires dans leur enceinte. Quelques délégués gouvernementaux des Nations unies citent la récente mauvaise conduite d’ONGI à la fois à Genève et à New York pour justifier de nouvelles restrictions que des représentants des ONGI aux Nations unies dénoncent comme exagérées et injustifiées.

Diverses ONGI et délégations ont essayé d’obtenir le statut consultatif formel de l’Assemblée générale, des délibérations plénières, des comités principaux et des sessions spéciales pour Ecosoc. Mais les progrès ont été décevants. En revanche, pendant les négociations du protocole sur la biosécurité à Montréal, les organisations de la société civile ont mis en avant le principe de précaution et ont combattu pour la prééminence des normes environnementales sur les règles commerciales. Si le succès n’a pas été total, il a quand même été considérable. Les positions des principaux gouvernements ont changé. Une relative ouverture des négociations intergouvernementales à la société civile paraît prioritaire pour les Nations unies. Une recette marche : résistance, engagement critique sur place avec d’excellentes recherches et actions dans la rues et avec les médias.

Les actions des radicaux peuvent renforcer les propositions des réformateurs, qu’elles soient clairement affichées ou tacites. Plus les deux groupes coïncideront et seront indistincts, plus les groupes réformateurs souffriront de l’exclusion, comme lorsque les radicaux semblent aller trop loin, à l’instar de décembre 1999 à Seattle. Si les groupes réformateurs mettent une pression trop élevée, la faiblesse électorale, souvent déjà signalée dans de nombreuses études, apparaîtra et les efforts réalisés par les grands bailleurs, tels la Banque mondiale, pour fonder des bases civiles nationales seront alors stoppés ou réorientés.

Les ONGI sont parvenues à stopper les négociations sur l’Accord multilatéral d’investissement (Ami) considéré comme non démocratique dans la forme comme dans le processus. Elles étaient très nombreuses à soutenir le mouvement pour le Traité sur l’interdiction des mines terrestres. Elles sont parvenues à faire accepter certaines idées telles que la responsabilité des Nations unies, et en particulier de l’Organisation mondiale du commerce, concernant les biens publics mondiaux. En raison de la nature intergouvernementale, technocratique et exclusive des négociations commerciales, ce sujet a eu besoin de temps avant d’entrer totalement dans le débat.

Défis et nouvelles orientations
Il y a plusieurs rôles pour les ONGI en ce qui concerne l’assistance et l’interpellation. Ce qui nous intéresse ici, c’est le rôle qu’elles peuvent jouer pour résoudre des problèmes importants en pesant sur le processus de prise de décision des Nations unies.

On mettra du temps à savoir si les ONGI sont les meilleurs représentants de la société civile ou si les élections directes, dans un système mondial fédéral, sont moins propices aux abus et plus proches de la démocratie. Les derniers avis à ce sujet sont purement théoriques au moment où les ONGI existent et se développent de plus en plus. Elles pouvaient améliorer considérablement leur responsabilité et leur force, cela compterait sûrement dans le futur débat.

Les ONGI répartissent leurs efforts entre différents problèmes importants. Cela a également encouragé l’extension des efforts en dehors des Nations unies dans des arènes dont la légitimité et la capacité à résoudre des problèmes sont partielles. Toutefois, après avoir consacré la décennie 1990-2000 à diverses questions, elles peuvent apporter leurs conclusions pour soutenir et justifier des reformes ambitieuses de la structure de prise de décision des Nations unies. Kofi Annan a encouragé une étude sur de meilleures pratiques innovantes en termes de contribution des ONGI dans le travail des Nations unies sous tous ses aspects. Une telle étude peut être un moyen d’éclairer et de renforcer le travail des ONGI à l’intérieur du système des Nations unies.

Lorsque l’on se demande si les ONGI doivent travailler dans le cadre de la Charte actuelle ou concentrer leurs efforts sur la réforme de la Charte, il ne s’agit pas simplement de se questionner sur ce qu’il est nécessaire de faire pour produire des réformes substantielles1. Plusieurs des réformes nécessaires peuvent provenir de l’actuelle structure et, en dernier ressort, beaucoup de gouvernements céderont du terrain pour préserver la Charte actuelle qui perpétue leurs intérêts. Les organisations de Bretton Woods peuvent adopter des normes du travail et de droits de l’homme, tout en restant contrôlées par les pays riches. Les syndicats des pays riches seront probablement heureux de ces résultats. Le Conseil de sécurité dans sa forme actuelle pourrait accepter d’étendre la possibilité de financer des interventions humanitaires et de créer une force d’interposition permanente sans lever leurs prérogatives de veto ou de nouvelles adhésions, mais leur légitimité serait toujours, et peut être même plus, disputée. Plusieurs questions buteront sur les écueils du consentement permanent des Etats souverains et sur le manque d’une institution internationale capable de prendre des décisions et de les exécuter.

Les ONGI devraient essayer, autant que possible, de présenter un front uni quant aux priorités de réforme de la Charte. Aucun des grands problèmes de la gouvernance mondiale ne sera résolu sans cela.

1 Les priorités seraient : un processus de décision basé sur la majorité, une légitimité des prises de décisions et des financements, un agenda plus efficace pour le secrétariat, tout cela apportant aux Nations unies une responsabilité plus large et plus démocratique.


Les initiatives récentes de l’ONU

25 septembre 1995 : troisième assemblée des Nations unies pour les peuples à Perugia (Italie) : "Un autre monde est possible, construisons le ensemble".

1996 : l’université des Nations unies lance une initiative pour organiser une conférence mondiale des ONG impliquant les acteurs de la Commission sur la gouvernance mondiale de 1995.

8-11 décembre 1999 : une conférence mondiale sur la société civile est organisée à Montréal.

19-20 janvier 2000 : l’université des Nations unies organise une conférence académique : "Les Nations unies et la gouvernance mondiale dans le nouveau millénaire."

Mai 2000 : Forum millénaire INGO préparant l’automne 2000. Le forum millénaire des ONGI de l’automne 2000 préparant le sommet millénaire des Nations unies a été confus quant à sa décision de travailler dans la structure existante ou d’aller vers de plus grandes réformes. Nous n’avons pas assisté à la construction d’un front qui donnerait un rôle explicite aux radicaux et aux réformateurs des ONGI.

 

société civile
Qu’est-ce que la société civile mondiale ?
Jan Aart Scholte
Université
de Warwick

Le risque idéologique
Maxime Haubert, IEDES- Université Paris-I

Une nouvelle frontière
François Houtart
Centre tricontinental
de Louvain

Un ennemi,
des tactiques

Amory Starr Colorado State University

Des mandats ambigus
Pierre-Jean Roca
IFAID et CNRS-Regards.

La force
du réseau

entretien avec Bernard Dréano
Helsinki
Citizens’ Assembly.

Mexique : l’ouverture au monde
entretien avec Judith Adler Hellman
York University

ONG arabes : pas encore globales
Sarah
Ben Néfissa
IRD et CEDEJ.

espaces publics mondiaux
Se jeter
dans l’arène
Lisa Jordan
Fondation Ford et Peter
Van Tuijl

NOVIB.

Politique sans frontières
entretien avec
Marcos Aruda
PACS, Brésil.

Réformer l’ONU ?
David Steele

Le Global Compact
Isabelle Biagiotti,
Courrier
de la planète.

 

 

 

Avec les
ONG du Sud

entretien avec Kamal Malhotra
Programme des Nations unies pour le développement.

Le grand méchant loup ? John D. Clark,
Banque mondiale.

Faut-il avoir peur des ONG ?
Isabelle Biagiotti, Courrier
de la planète.

L’ombre
de l’OMC
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Mireille Perrin, WWF.

Violences illégitimes
entretien avec Julien Lusson
AITEC.

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Une nouvelle Internationale ?
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de Chaponay
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La presse boude Porto Alegre Cécile Costesec Courrier
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Mondialiser le Forum,
entretien avec
Francisco Whitaker, Commission brésilienne Justice et Paix
et Candido Grzybowski
Institut brésilien d’analyses sociales et économiques.

Inventons
de nouveaux pouvoirs !

Hillary Wainwright,
The Red Paper.

repères
La planète associative

Société civile: avec ou sans l'Etat?

Chronplogie d'une montée en puissance

       
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Dernière mise à jour 22-Dec-2005