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63 - Société civile mondiale
La montée en puissance
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Avec les ONG du Sud
Entretien avec Kamal Malhotra, PNUD

Le Pnud semble une des agences des Nations unies les mieux placées pour travailler étroitement avec les ONG, en particulier celles du Sud. Les conditions de cette relation privilégiée soulignent la distance générale à parcourir entre les organisations des Nations unies et celles de la société civile.

Courrier de la planète : Comment caractériser les relations entre les agences des Nations unies et les ONG ? Comment ces relations évoluent-elle ?

Kamal Malhotra : Les relations, dans leur sens le plus large, entre les Nations unies et les ONG sont plutôt bonnes, malgré de nombreux problèmes. Les organisations de la société civile considèrent les agences des Nations unies comme les seules disposant d’un mandat légitime et relativement démocratique puisqu’elles représentent de la même manière les petits comme les grands pays. Elles apprécient particulièrement le rôle de l’assemblée générale. A l’inverse de leur position vis-à-vis d’autres institutions comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC), certaines organisations de la société civile aimeraient renforcer le rôle de l’Organisation des Nations unies (ONU) dans le domaine économique et social. Elles opèrent néanmoins une discrimination entre les différentes agences des Nations unies. Dernièrement, on perçoit une inquiétude croissante de voir l’ONU compromettre en partie son intégrité – notamment à cause d’initiatives comme le Global Compact .lire p. 40. Je pense que les organisations de la société civile considèrent toujours les Nations unies comme la meilleure option – si l’ONU n’existait pas, il faudrait l’inventer sous une forme ou une autre.

Cdp : Les agences de l’ONU font de plus en plus référence à la société civile et à la société civile mondiale. Qu’entendent-elles par là ?

K. M. : Le fait est que les Nations unies ont une longue histoire d’engagement auprès de la société civile. La Charte de l’ONU elle-même commence par ces termes "Nous, le peuple…". Dans les années 1990, avec la série de conférences des Nations unies, nous avons beaucoup travaillé avec la société civile. Aborder des questions politiques au niveau mondial avec la société civile n’est donc pas une chose nouvelle pour les Nations unies. Celles-ci disposent de tout un arsenal de procédures, de précédents et d’exemples. Il n’y a pas de définition unique de la société civile au sein des Nations unies. Le secrétariat général a très récemment semblé considérer au moins certains éléments du secteur privé, non comme une partie de la société civile, mais comme une partie des lobbyistes reconnus. L’équipe senior de gestion des Nations unies a récemment indiqué à une réunion au plus haut niveau que le secteur privé ne faisait pas partie de la société civile. Pour le Pnud, que je connais le mieux, il a toujours été clair que la société civile n’inclut pas le secteur privé et que la société civile, elle, recouvrait une pluralité d’organisations dont les mouvements sociaux, les organisations professionnelles et les syndicats, les organisations environnementales, les réseaux travaillant sur les questions de genre, etc. Dans cette définition, les ONG ne sont qu’une partie de la société civile.

Cdp : Vous faites part de définitions de la société civile au plus haut niveau des Nations unies excluant le secteur privé. Est-ce que ceci signifie la fin du Global Compact ?

K. M. : Je ne pense pas que les grandes multinationales participant au Global Compact soient considérées comme faisant partie de la société civile. Néanmoins, certains conçoivent l’initiative Global Compact comme incluant la société civile parce que certaines organisations, la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), Amnesty international, le World Wildlife Fund, etc., en font partie.

Cdp : Est-ce qu’on peut parler de société civile mondiale alors que les organisations de la société civile sont différentes dans chaque pays ? Comment les Nations unies gèrent-elles cette diversité ?

K. M. : L’ONU travaille de manière décentralisée avec les sociétés civiles de différents pays. Le Pnud, par exemple, dispose de bureaux nationaux presque partout. Ces bureaux travaillent de multiples façons avec la société civile, de manière totalement décentralisée afin de coller aux caractéristiques particulières de la société civile locale. Il y a donc plus d’une façon de considérer la société civile au Pnud. Ceci est vrai pour d’autres agences des Nations unies comme l’Unicef. En termes de société civile mondiale, le Pnud travaille avec des groupes du Sud plutôt que du Nord. Cette approche, très différente de celle d’autres institutions, a été choisie en toute conscience. Elle reste notre priorité, même si nous commençons à travailler avec des groupes du Nord. Nous pensons que le mandat du Pnud est de travailler en priorité avec les gouvernements et les sociétés du Sud. D’un point de vue global, ça fait une grande différence. Pour toutes les questions, mêmes les questions politiques mondiales, nous travaillons beaucoup avec des organisations basées au Sud. D’une manière ou d’une autre, le Pnud a des relations de travail avec presque toutes les organisations politiques du Sud.

Cdp : Pouvez-vous nous donner quelques exemples de ce type de partenariat ?

K. M. : La politique du Pnud à l’égard des ONG est de se concentrer sur les questions politiques mondiales et, en premier lieu, les aspects économiques et financiers de la mondialisation. Nous abordons ainsi les questions du commerce, de la dette ou de la politique macro-économique et leurs liaisons avec la pauvreté. Dans ce premier domaine, nous avons des relations fortes avec le Third World Network (TWN) en Malaisie et au Ghana, que nous soutenons financièrement depuis longtemps. Le domaine du commerce, que je dirige, est centré sur un grand projet auquel le TWN participe. Parmi les réseaux avec lesquels nous travaillons, on trouve le Futuro Latino Americano, qui est le principal réseau d’Amérique centrale sur les questions commerciales. Notre comité consultatif issu de la société civile comprend des groupes comme TWN, Focus on the Global South ou Social Watch.

Notre deuxième domaine de travail est les droits de l’homme. Les programmes et le comité consultatif du Pnud comprennent des groupes comme la représentation colombienne de la fondation Quaker, la Nairobi Peace Initiative, des groupes sri lankais travaillant sur les conflits ou des représentants des peuples indigènes philippins.

Cdp : Qu’est-ce que vous attendez d’eux en termes de contribution ?

K. M. : Dans certains cas, le Pnud offre un soutien direct. Même si toutes les organisations du Sud ne reçoivent pas autant que le TWN, nous soutenons des ateliers, des études, toutes sortes de choses ! Nous attendons d’eux qu’ils nous donne leur avis sur les programmes du Pnud, mais aussi sur le fond des questions abordées. C’est l’objectif même du comité consultatif de la société civile pour la direction du Pnud.

Cdp : Comment le Pnud et les autres agences de Nations unies considèrent-ils les campagnes internationales des ONG sur la dette ou la réforme de la Banque mondiale ?

K. M. : Le Pnud n’a pas de position sur la réforme de Banque mondiale. Il ne peut pas avoir et n’exprimera pas de position sur ce thème. Mais le Pnud a une position sur la dette, liée à son rôle de promoteur du développement durable et du développement humain. C’est cette double perspective qui a nourri notre réflexion sur la dette. Je coordonne actuellement un rapport qui analyse le commerce du point de vue du développement humain. Voici la position du Pnud.

Cdp : Vous assistiez personnellement au Forum social mondial de Porto Alegre. Quelle est votre interprétation de cet événement ? Qu’en ont pensé les agences des Nations unies ?

K. M. : C’était très important pour moi d’être là-bas. Bien avant de travailler au Pnud, j’ai fait partie de la société civile et de mouvements sociaux. Et je continue de le faire d’un certain point de vue. Mon travail se concentre sur la question de la mondialisation, en particulier sur les aspects financiers et économiques – qui étaient au centre du Forum social mondial.

Porto Alegre a été l’expression particulière d’organisations politiques sur toute une série de problèmes. Porto Alegre a été important au niveau politique, plutôt que d’avoir apporté des réponses concrètes. Le défi du deuxième forum sera d’aller plus loin, d’être plus qu’une autre mobilisation politique.

Le Forum a généralement été sous-évalué par les Nations unies. Mais le Pnud a été plutôt content que je le représente là-bas. C’est très important d’être présent à de grandes manifestations politiques comme Porto Alegre et de nombreux agents des Nations unies s’en rendent compte. Quand je suis rentré de Porto Alegre, j’ai fait des présentations officielles qui ont drainé beaucoup de monde.

Cdp : Comment une mobilisation comme celle de Porto Alegre peut-elle s’articuler avec l’objectif général des Nations unies de régulation mondiale ?

K. M. : Les Nations unies accordent beaucoup de valeur à la société civile et aux mouvements sociaux parce qu’ils font pression pour plus de régulation. Mais l’ONU reste et restera un organe intergouvernemental. Elle peut néanmoins soutenir de bien des manières la société civile et des manifestations comme Porto Alegre, de manière plus informelle que formelle peut-être, en soutenant les organisations plutôt que le Forum.

Cdp : Vous nous avez parlé d’une distinction croissante entre les agences des Nations unies de la part des ONG. Quels sont les fondements de cette distinction ?

K. M. : La plupart des organisations de la société civile que je connais adhèrent à la Charte des Nations unies et à une approche fondée sur les droits de l’homme et le développement humain. Elles font donc une distinction entre la rhétorique et la pratique et préfèrent les agences des Nations unies dont la pratique ne s’éloignent pas trop de ce discours. La Commission des droits de l’homme des Nations unies est la favorite des ONG travaillant sur les droits de l’homme. Mais les réseaux de recherche de l’ONU sont très bien considérés, ainsi que certains des travaux opérationnels du Pnud, de l’Unicef, du BIT ou de l’Unesco au cas par cas. J’adhère à cette distinction car elle rappelle les valeurs de la Charte – ce qui est, pour moi, le rôle des organisations de la société civile.

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Dernière mise à jour 22-Dec-2005