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Avec les ONG du Sud
Entretien avec Kamal Malhotra, PNUD
Le Pnud
semble une des agences des Nations unies les mieux placées pour
travailler étroitement avec les ONG, en particulier celles du
Sud. Les conditions de cette relation privilégiée soulignent la
distance générale à parcourir entre les organisations des Nations
unies et celles de la société civile.
Courrier
de la planète : Comment caractériser les relations entre
les agences des Nations unies et les ONG ? Comment ces relations
évoluent-elle ?
Kamal Malhotra :
Les relations, dans leur sens le plus large, entre les Nations
unies et les ONG sont plutôt bonnes, malgré de nombreux problèmes.
Les organisations de la société civile considèrent les agences
des Nations unies comme les seules disposant dun mandat
légitime et relativement démocratique puisquelles représentent
de la même manière les petits comme les grands pays. Elles apprécient
particulièrement le rôle de lassemblée générale. A linverse
de leur position vis-à-vis dautres institutions comme lOrganisation
mondiale du commerce (OMC), certaines organisations de la société
civile aimeraient renforcer le rôle de lOrganisation des
Nations unies (ONU) dans le domaine économique et social. Elles
opèrent néanmoins une discrimination entre les différentes agences
des Nations unies. Dernièrement, on perçoit une inquiétude croissante
de voir lONU compromettre en partie son intégrité
notamment à cause dinitiatives comme le Global Compact .lire
p. 40. Je pense que les organisations de la société civile considèrent
toujours les Nations unies comme la meilleure option si
lONU nexistait pas, il faudrait linventer sous
une forme ou une autre.
Cdp : Les agences de lONU
font de plus en plus référence à la société civile et à la société
civile mondiale. Quentendent-elles par là ?
K. M. : Le fait
est que les Nations unies ont une longue histoire dengagement
auprès de la société civile. La Charte de lONU elle-même
commence par ces termes "Nous, le peuple
". Dans
les années 1990, avec la série de conférences des Nations unies,
nous avons beaucoup travaillé avec la société civile. Aborder
des questions politiques au niveau mondial avec la société civile
nest donc pas une chose nouvelle pour les Nations unies.
Celles-ci disposent de tout un arsenal de procédures, de précédents
et dexemples. Il ny a pas de définition unique de
la société civile au sein des Nations unies. Le secrétariat général
a très récemment semblé considérer au moins certains éléments
du secteur privé, non comme une partie de la société civile, mais
comme une partie des lobbyistes reconnus. Léquipe senior
de gestion des Nations unies a récemment indiqué à une réunion
au plus haut niveau que le secteur privé ne faisait pas partie
de la société civile. Pour le Pnud, que je connais le mieux, il
a toujours été clair que la société civile ninclut pas le
secteur privé et que la société civile, elle, recouvrait une pluralité
dorganisations dont les mouvements sociaux, les organisations
professionnelles et les syndicats, les organisations environnementales,
les réseaux travaillant sur les questions de genre, etc. Dans
cette définition, les ONG ne sont quune partie de la société
civile.
Cdp : Vous faites part
de définitions de la société civile au plus haut niveau des Nations
unies excluant le secteur privé. Est-ce que ceci signifie la fin
du Global Compact ?
K. M. : Je ne
pense pas que les grandes multinationales participant au Global
Compact soient considérées comme faisant partie de la société
civile. Néanmoins, certains conçoivent linitiative Global
Compact comme incluant la société civile parce que certaines organisations,
la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), Amnesty
international, le World Wildlife Fund, etc., en font partie.
Cdp : Est-ce quon
peut parler de société civile mondiale alors que les organisations
de la société civile sont différentes dans chaque pays ?
Comment les Nations unies gèrent-elles cette diversité ?
K. M. : LONU
travaille de manière décentralisée avec les sociétés civiles de
différents pays. Le Pnud, par exemple, dispose de bureaux nationaux
presque partout. Ces bureaux travaillent de multiples façons avec
la société civile, de manière totalement décentralisée afin de
coller aux caractéristiques particulières de la société civile
locale. Il y a donc plus dune façon de considérer la société
civile au Pnud. Ceci est vrai pour dautres agences des Nations
unies comme lUnicef. En termes de société civile mondiale,
le Pnud travaille avec des groupes du Sud plutôt que du Nord.
Cette approche, très différente de celle dautres institutions,
a été choisie en toute conscience. Elle reste notre priorité,
même si nous commençons à travailler avec des groupes du Nord.
Nous pensons que le mandat du Pnud est de travailler en priorité
avec les gouvernements et les sociétés du Sud. Dun point
de vue global, ça fait une grande différence. Pour toutes les
questions, mêmes les questions politiques mondiales, nous travaillons
beaucoup avec des organisations basées au Sud. Dune manière
ou dune autre, le Pnud a des relations de travail avec presque
toutes les organisations politiques du Sud.
Cdp : Pouvez-vous nous
donner quelques exemples de ce type de partenariat ?
K. M. : La politique
du Pnud à légard des ONG est de se concentrer sur les questions
politiques mondiales et, en premier lieu, les aspects économiques
et financiers de la mondialisation. Nous abordons ainsi les questions
du commerce, de la dette ou de la politique macro-économique et
leurs liaisons avec la pauvreté. Dans ce premier domaine, nous
avons des relations fortes avec le Third World Network (TWN) en
Malaisie et au Ghana, que nous soutenons financièrement depuis
longtemps. Le domaine du commerce, que je dirige, est centré sur
un grand projet auquel le TWN participe. Parmi les réseaux avec
lesquels nous travaillons, on trouve le Futuro Latino Americano,
qui est le principal réseau dAmérique centrale sur les questions
commerciales. Notre comité consultatif issu de la société civile
comprend des groupes comme TWN, Focus on the Global South ou Social
Watch.
Notre deuxième domaine de travail est
les droits de lhomme. Les programmes et le comité consultatif
du Pnud comprennent des groupes comme la représentation colombienne
de la fondation Quaker, la Nairobi Peace Initiative, des groupes
sri lankais travaillant sur les conflits ou des représentants
des peuples indigènes philippins.
Cdp : Quest-ce que
vous attendez deux en termes de contribution ?
K. M. : Dans certains
cas, le Pnud offre un soutien direct. Même si toutes les organisations
du Sud ne reçoivent pas autant que le TWN, nous soutenons des
ateliers, des études, toutes sortes de choses ! Nous attendons
deux quils nous donne leur avis sur les programmes
du Pnud, mais aussi sur le fond des questions abordées. Cest
lobjectif même du comité consultatif de la société civile
pour la direction du Pnud.
Cdp : Comment le Pnud et
les autres agences de Nations unies considèrent-ils les campagnes
internationales des ONG sur la dette ou la réforme de la Banque
mondiale ?
K. M. : Le Pnud
na pas de position sur la réforme de Banque mondiale. Il
ne peut pas avoir et nexprimera pas de position sur ce thème.
Mais le Pnud a une position sur la dette, liée à son rôle de promoteur
du développement durable et du développement humain. Cest
cette double perspective qui a nourri notre réflexion sur la dette.
Je coordonne actuellement un rapport qui analyse le commerce du
point de vue du développement humain. Voici la position du Pnud.
Cdp : Vous assistiez personnellement
au Forum social mondial de Porto Alegre. Quelle est votre interprétation
de cet événement ? Quen ont pensé les agences des Nations
unies ?
K. M. : Cétait
très important pour moi dêtre là-bas. Bien avant de travailler
au Pnud, jai fait partie de la société civile et de mouvements
sociaux. Et je continue de le faire dun certain point de
vue. Mon travail se concentre sur la question de la mondialisation,
en particulier sur les aspects financiers et économiques
qui étaient au centre du Forum social mondial.
Porto Alegre a été lexpression
particulière dorganisations politiques sur toute une série
de problèmes. Porto Alegre a été important au niveau politique,
plutôt que davoir apporté des réponses concrètes. Le défi
du deuxième forum sera daller plus loin, dêtre plus
quune autre mobilisation politique.
Le Forum a généralement été sous-évalué
par les Nations unies. Mais le Pnud a été plutôt content que je
le représente là-bas. Cest très important dêtre présent
à de grandes manifestations politiques comme Porto Alegre et de
nombreux agents des Nations unies sen rendent compte. Quand
je suis rentré de Porto Alegre, jai fait des présentations
officielles qui ont drainé beaucoup de monde.
Cdp : Comment une mobilisation
comme celle de Porto Alegre peut-elle sarticuler avec lobjectif
général des Nations unies de régulation mondiale ?
K. M. : Les Nations
unies accordent beaucoup de valeur à la société civile et aux
mouvements sociaux parce quils font pression pour plus de
régulation. Mais lONU reste et restera un organe intergouvernemental.
Elle peut néanmoins soutenir de bien des manières la société civile
et des manifestations comme Porto Alegre, de manière plus informelle
que formelle peut-être, en soutenant les organisations plutôt
que le Forum.
Cdp : Vous nous avez parlé
dune distinction croissante entre les agences des Nations
unies de la part des ONG. Quels sont les fondements de cette distinction ?
K. M. : La plupart
des organisations de la société civile que je connais adhèrent
à la Charte des Nations unies et à une approche fondée sur les
droits de lhomme et le développement humain. Elles font
donc une distinction entre la rhétorique et la pratique et préfèrent
les agences des Nations unies dont la pratique ne séloignent
pas trop de ce discours. La Commission des droits de lhomme
des Nations unies est la favorite des ONG travaillant sur les
droits de lhomme. Mais les réseaux de recherche de lONU
sont très bien considérés, ainsi que certains des travaux opérationnels
du Pnud, de lUnicef, du BIT ou de lUnesco au cas par
cas. Jadhère à cette distinction car elle rappelle les valeurs
de la Charte ce qui est, pour moi, le rôle des organisations
de la société civile.
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