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63 - Société civile mondiale
La montée en puissance
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L’ombre de l’OMC
Mireille Perrin, WWF.

L’Organisation mondiale du commerce est rapidement devenue le catalyseur des "anti-mondialisation". Son caractère de "forteresse" a certainement nourri le ressentiment des organisations de la société civile. Le WWF mène à la fois un programme de lobbying auprès de l’OMC et d’information du public.

Courrier de la planète : Seattle est apparu comme un tournant de l’action civique mondiale avec le passage d’un certain nombre de citoyens à l’action directe. Cela tient-il à la nature même de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ?

Mireille Perrin : Oui, mais seulement en partie. Le système de négociation de l’OMC reste relativement fermé (restriction sur les documents, pas de participation aux réunions, beaucoup de réunions informelles, pas de contrôle du système de règlement des différends, etc.) De plus, l’OMC offre peu de possibilités d’action directe : malgré l’effort de dialogue du secrétariat, elle est loin de ressembler aux institutions onusiennes. Ce problème a été abordé lors du dernier symposium ONG-OMC (6 et 7 juillet 2001) mais les efforts réalisés restent en grande partie une tactique de relations publiques.

’autre part, l’OMC ne s’occupe pas seulement de la réduction des barrières douanières, elle déborde sur des thèmes qui touchent les citoyens (OGM, propriété intellectuelle, accès aux médicaments, services, etc.). L’OMC exaspère la société civile par sa confusion, un agenda et des thèmes compliqués, que même les Etats membres ont du mal à cerner.

Mais c’est aussi le système international et l’idéologie mondiale qui veut ça. En effet, l’Etat-nation est de moins en moins puissant vis-à-vis du global et des obligations de l’économie internationale. L’écart entre les riches et les pauvres (entre et au sein des pays) s’accroît, ainsi que les problèmes environnementaux et sociaux, comme le montre le Living Planet Index. A cela s’ajoute qu’il n’y a pas de changement radical dans l’idéologie dominante qui régie les échanges mondiaux : depuis Seattle, la forme a un peu changé, mais pas le fond. Il y a aussi le problème de la localisation des pouvoirs des grandes multinationales qui sont très puissantes : où sont-elles ?

Cdp : Quels peuvent être les points d’appui pour un contrôle citoyen de l’OMC ? Comment se construit l’action citoyenne face à l’OMC ? Quels sont les réseaux ? Que font-ils ? Que fait le WWF ?

M. P. : Je crois qu’il existe une crise de confiance entre les ONG et l’OMC qui a été soulignée au dernier symposium : le secrétariat n’est pas neutre. Il y a une certaine lassitude des consultations nationales et internationales : on se rencontre mais pour quel résultat ? Les gouvernements n’écoutent pas. Tant que l’OMC continuera d’avoir la même politique, l’action citoyenne se poursuivra et ceux qui protestent violemment auront des raisons de se battre.

L’action citoyenne se construit autour de thèmes (services, agriculture, etc.) et avec des stratégies différentes, mais l’objectif est le même : avoir un système plus juste, en accord avec le social et l’environnemental.

Il y a un effort des ONG de Genève pour renforcer les capacités et les échanges d’informations vers les régions et des pays moins avancés (élaboration d’un agenda pour les négociations, conduite d’études, élaboration des positions, etc.). Les réseaux agissent aussi par des actions publiques et des campagnes destinées aux citoyens et aux consommateurs.

L’action de WWF est basée sur le dialogue, elle consiste à interroger l’OMC sur sa capacité et sa volonté d’aborder les problèmes du développement durable : les demandes des pays du Sud et des citoyens démontrent son incapacité à s’occuper sérieusement des problèmes de pauvreté, d’inégalité économique et d’environnement. Des changements radicaux sont nécessaires dans l’idéologie et les règles de l’OMC. A la suite de nos évaluations d’impact de la libéralisation du commerce sur l’environnement et le développement durable, nous avons des demandes précises à formuler : réduire les subventions dans les secteurs de la pêche et de l’agriculture ; remettre le déroulement des négociations en question, car la libéralisation n’est pas une fin en soi mais un moyen pour parvenir au développement durable.

Cdp : Etre contre l’OMC telle qu’elle fonctionne actuellement, signifie-t-il être contre la mondialisation ?

M. P. : Pour certains oui, car ils sont contre le système que représente l’OMC : une mondialisation en opposition avec la localisation. Mais personnellement, je ne le pense pas. Avant tout, la mondialisation n’est pas inéluctable, ce n’est pas une force incontrôlable, puisque c’est nous qui la faisons. C’est à nous et à nos gouvernements de trouver les moyens de rendre cette mondialisation plus juste et plus humaine. Il y a aussi de bonnes choses dans la mondialisation comme les nouvelles technologies de communication mais il faut un contrôle et une action citoyenne pour comprendre quels sont les enjeux et comment on peut régler les problèmes.

Cdp : Que penser de la réunion de Dubaï ? Quels sont les enjeux ?

M. P. : Dans un sens, les enjeux sont importants car il s’agit de la première réunion ministérielle après Seattle. C’est un test pour l’OMC pour rétablir la confiance interne parmi les pays membres. Nous allons voir jusqu’où va leur soutien. C’est surtout un enjeu pour rétablir la confiance envers les pays du Sud, notamment en ce qui concerne l’accès au marché et la mise en œuvre des accords qui ont déjà été passés. Mais on sait que la déclaration de Dubaï sera très générale, que les divergences entre les Etats membres resteront sûrement grandes et que le terrain d’entente sera minimal.

Le WWF sera présent car nous avons des réformes précises à formuler pour l’OMC ; nous verrons si elle se montre capable d’y répondre ou pas.

Il faut concevoir Doha dans une perspective plus large et replacer l’OMC dans l’architecture globale. Lors du sommet de la terre en 2002, l’OMC et le commerce tel qu’elle l’organise devront être une force positive et non négative. Les gouvernements ne peuvent continuer à prendre des engagements qu’ils ne respectent pas ou qu’ils mettent en doute lorsqu’ils arrivent à l’OMC. Le WWF veut voir des prises d’engagement précises et des actions gouvernementales concrètes. Il y a une action à mener au niveau de l’OMC et beaucoup à faire en parallèle.

 

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Dernière mise à jour 22-Dec-2005