|
Lombre
de lOMC
Mireille Perrin, WWF.
LOrganisation mondiale du commerce
est rapidement devenue le catalyseur des "anti-mondialisation".
Son caractère de "forteresse" a certainement nourri
le ressentiment des organisations de la société civile. Le WWF
mène à la fois un programme de lobbying auprès de lOMC et
dinformation du public.
Courrier de la planète :
Seattle est apparu comme un tournant de laction
civique mondiale avec le passage dun certain nombre de citoyens
à laction directe. Cela tient-il à la nature même de lOrganisation
mondiale du commerce (OMC) ?
Mireille Perrin : Oui,
mais seulement en partie. Le système de négociation de lOMC
reste relativement fermé (restriction sur les documents, pas de
participation aux réunions, beaucoup de réunions informelles,
pas de contrôle du système de règlement des différends, etc.)
De plus, lOMC offre peu de possibilités daction directe :
malgré leffort de dialogue du secrétariat, elle est loin
de ressembler aux institutions onusiennes. Ce problème a été abordé
lors du dernier symposium ONG-OMC (6 et 7 juillet 2001) mais les
efforts réalisés restent en grande partie une tactique de relations
publiques.
autre
part, lOMC ne soccupe pas seulement de la réduction
des barrières douanières, elle déborde sur des thèmes qui touchent
les citoyens (OGM, propriété intellectuelle, accès aux médicaments,
services, etc.). LOMC exaspère la société civile par sa
confusion, un agenda et des thèmes compliqués, que même les Etats
membres ont du mal à cerner.
Mais cest aussi le système international
et lidéologie mondiale qui veut ça. En effet, lEtat-nation
est de moins en moins puissant vis-à-vis du global et des obligations
de léconomie internationale. Lécart entre les riches
et les pauvres (entre et au sein des pays) saccroît, ainsi
que les problèmes environnementaux et sociaux, comme le montre
le Living Planet Index. A cela sajoute quil ny
a pas de changement radical dans lidéologie dominante qui
régie les échanges mondiaux : depuis Seattle, la forme a
un peu changé, mais pas le fond. Il y a aussi le problème de la
localisation des pouvoirs des grandes multinationales qui sont
très puissantes : où sont-elles ?
Cdp : Quels
peuvent être les points dappui pour un contrôle citoyen
de lOMC ? Comment se construit laction citoyenne
face à lOMC ? Quels sont les réseaux ? Que font-ils ?
Que fait le WWF ?
M. P. : Je crois
quil existe une crise de confiance entre les ONG et lOMC
qui a été soulignée au dernier symposium : le secrétariat
nest pas neutre. Il y a une certaine lassitude des consultations
nationales et internationales : on se rencontre mais pour
quel résultat ? Les gouvernements nécoutent pas. Tant
que lOMC continuera davoir la même politique, laction
citoyenne se poursuivra et ceux qui protestent violemment auront
des raisons de se battre.
Laction citoyenne se construit
autour de thèmes (services, agriculture, etc.) et avec des stratégies
différentes, mais lobjectif est le même : avoir un
système plus juste, en accord avec le social et lenvironnemental.
Il y a un effort des ONG de Genève pour
renforcer les capacités et les échanges dinformations vers
les régions et des pays moins avancés (élaboration dun agenda
pour les négociations, conduite détudes, élaboration des
positions, etc.). Les réseaux agissent aussi par des actions publiques
et des campagnes destinées aux citoyens et aux consommateurs.
Laction de WWF est basée sur le
dialogue, elle consiste à interroger lOMC sur sa capacité
et sa volonté daborder les problèmes du développement durable :
les demandes des pays du Sud et des citoyens démontrent son incapacité
à soccuper sérieusement des problèmes de pauvreté, dinégalité
économique et denvironnement. Des changements radicaux sont
nécessaires dans lidéologie et les règles de lOMC.
A la suite de nos évaluations dimpact de la libéralisation
du commerce sur lenvironnement et le développement durable,
nous avons des demandes précises à formuler : réduire les
subventions dans les secteurs de la pêche et de lagriculture ;
remettre le déroulement des négociations en question, car la libéralisation
nest pas une fin en soi mais un moyen pour parvenir au développement
durable.
Cdp : Etre
contre lOMC telle quelle fonctionne actuellement,
signifie-t-il être contre la mondialisation ?
M. P. : Pour certains
oui, car ils sont contre le système que représente lOMC :
une mondialisation en opposition avec la localisation. Mais personnellement,
je ne le pense pas. Avant tout, la mondialisation nest pas
inéluctable, ce nest pas une force incontrôlable, puisque
cest nous qui la faisons. Cest à nous et à nos gouvernements
de trouver les moyens de rendre cette mondialisation plus juste
et plus humaine. Il y a aussi de bonnes choses dans la mondialisation
comme les nouvelles technologies de communication mais il faut
un contrôle et une action citoyenne pour comprendre quels sont
les enjeux et comment on peut régler les problèmes.
Cdp : Que penser
de la réunion de Dubaï ? Quels sont les enjeux ?
M. P. : Dans un
sens, les enjeux sont importants car il sagit de la première
réunion ministérielle après Seattle. Cest un test pour lOMC
pour rétablir la confiance interne parmi les pays membres. Nous
allons voir jusquoù va leur soutien. Cest surtout
un enjeu pour rétablir la confiance envers les pays du Sud, notamment
en ce qui concerne laccès au marché et la mise en uvre
des accords qui ont déjà été passés. Mais on sait que la déclaration
de Dubaï sera très générale, que les divergences entre les Etats
membres resteront sûrement grandes et que le terrain dentente
sera minimal.
Le WWF sera présent car nous avons des
réformes précises à formuler pour lOMC ; nous verrons
si elle se montre capable dy répondre ou pas.
Il faut concevoir Doha dans une perspective
plus large et replacer lOMC dans larchitecture globale.
Lors du sommet de la terre en 2002, lOMC et le commerce
tel quelle lorganise devront être une force positive
et non négative. Les gouvernements ne peuvent continuer à prendre
des engagements quils ne respectent pas ou quils mettent
en doute lorsquils arrivent à lOMC. Le WWF veut voir
des prises dengagement précises et des actions gouvernementales
concrètes. Il y a une action à mener au niveau de lOMC et
beaucoup à faire en parallèle.
|