<< Accueil  
Déjà parus
Issues in English
Numeros
en español

Articles en ligne
par auteurs

Commander
un n°

Librairies
Plusieurs formules d'abonnement
Imprimer un bulletin d'abonnement
rechercher
dans le site


63 - Société civile mondiale
La montée en puissance
SOMMAIRE >
L ISEZ LES
ARTICLES
DISPONIBLES
EN LIGNE

Une nouvelle frontière
François Houtart, Centre tricontinental de Louvain

Le développement de la société civile mondiale est nécessaire non seulement à la démocratie mais aussi au changement de mode de développement. Les solutions alternatives au fonctionnement capitaliste de l’économie mondiale viendront de la base, de la société civile et de ses choix. Une défense pleine d’optimisme pour conquérir des espaces publics.

nciens mouvements sociaux d’ordre syndical ou politique, nouveaux mouvements définis par des objectifs transversaux par rapport aux rapports de classes (femmes, peuples indigènes, paix, défense de l’environnement, identité culturelle, etc.) tout en étant inévitablement ancrés dans ces derniers, ONG : tout cela constitue un véritable foisonnement d’initiatives dans lequel il est parfois difficile de s’y retrouver. Et cependant, pour que la société civile d’en bas puisse agir efficacement, tant au niveau de chaque nation que sur le plan mondial, il faut des critères de jugement.

Le critère d’analyse des multiples composantes de la société civile d’en bas ne pourra être que leur caractère antisystémique, c’est-à-dire la mesure dans laquelle les mouvements sociaux ou les organisations non gouvernementales contribuent à remettre en question, dans le domaine qui leur est propre, la logique du système capitaliste. Cela suppose une capacité d’analyse permettant de replacer leur pensée et leur action spécifiques dans un cadre général. En effet, les acteurs de la société civile relèvent tous d’une extraction de la richesse liée à la logique du marché capitaliste : les paysans sans terre, plus que jamais rejetés quand le sol devient un capital ; les peuples autochtones, premières victimes des programmes d’ajustements structurels ; les femmes, qui portent le poids d’une pauvreté aggravant les rapports patriarcaux ; les classes moyennes, fragilisées par les politiques monétaires et les transactions financières spéculatives ; l’organisation de la santé, délabrée par la mercantilisation du secteur ; les enfants chassés des écoles par la conception élitiste de l’enseignement ; la politique sociale, rendue impossible par le poids de la dette extérieure ; les cultures, écrasées par une américanisation systématique ; les moyens de communication, domestiqués par les intérêts économiques ; les chercheurs, limités par les exigences de la rentabilité ; l’art, réduit à sa valeur d’échange ; l’agriculture, dominée par les multinationales de l’agro-chimie ; ou encore l’environnement, dégradé par un développement défini exclusivement en termes de croissance.

Cela exige, de la part des mouvements et organisations de la société civile d’en bas, une délégitimation du système économique prévalant. En effet, il ne s’agit pas seulement de condamner ses abus, ce que font des instances éthiques, telles que les Églises chrétiennes ou les porte-paroles des grandes religions, mais aussi certains tenants du système qui savent que ces pratiques les desservent et mettent en danger l’économie capitaliste elle-même. Il faut dénoncer la logique qui préside à sa construction et à ses pratiques et qui débouche nécessairement sur des contradictions sociales et sur l’impossibilité de répondre aux fonctions essentielles de l’économie, c’est-à-dire assurer les bases matérielles nécessaires à la vie physique et culturelle de toute l’humanité.

Enfin, il s’agit d’être à la recherche de solutions alternatives. Non point de palliatifs qui peuvent à court terme alléger des situations de misère, ni de mesures irréalistes qui donnent l’illusion de sortir d’un système qui, telles les lianes des forêts tropicales, reprend le dessus en une ou deux saisons. Non point d’une alternative à l’intérieur du système, telle la "troisième voie" si appréciée dans les milieux réformistes qui poursuivent l’illusion d’humaniser le capitalisme. Mais en fonction de la conquête d’une organisation postcapitaliste de l’économie, projet à long terme certes, mais indispensable à définir, et qui à la fois comprend une dimension utopique (le type de société que l’on veut construire), des projets à moyen terme et des objectifs à court terme, dont l’élaboration est la tâche de la société civile d’en bas.

Quelle société civile face à la mondialisation ?

Se pose alors la question : quelle société civile faut-il promouvoir, quels espaces publics s’agira-t-il d’occuper face à la mondialisation du rapport social capitaliste ? Les balises sont claires, même si l’action n’est pas facile, même si l’adversaire est puissant.

Nous pouvons relever cinq orientations majeures :

  • La première est la promotion de la société civile d’en bas, celle qui se définit comme antisystémique, regroupant l’ensemble de ceux qui dans tous les domaines de la vie collective contribuent à construire une autre économie, une autre politique, une autre culture, avec des hauts et des bas, des succès et des échecs, des réussites et des erreurs. Cette société civile a besoin de ses intellectuels pour constamment redéfinir, avec les mouvements sociaux, les enjeux et les objectifs. Elle doit formuler son propre agenda, pour ne pas être à la traîne des décideurs mondiaux. Elle devra produire ses expressions et sa culture, comme tant d’autres mouvements l’ont fait dans le passé. L’Autre Davos et Porto Alegre en sont des formes d’expression.
       
  • Une deuxième caractéristique de la société civile d’en bas est qu’elle est porteuse d’utopies, celles qui mobilisent, qui ravivent l’espérance, qui se construisent dans le concret des luttes sociales, qui ne sont jamais épuisées par leurs traductions concrètes et qui restent comme un phare dans l’existence des collectivités, comme des individus ; des utopies portées par les grandes traditions humanistes laïques et religieuses. Ne négligeons pas en effet, comme ce fut trop souvent le cas dans le passé, les énormes réserves d’utopies que véhiculent les grands mouvements religieux, quand ils ne sont pas des vendeurs d’illusions, quand ils ne s’épuisent pas dans des logiques institutionnelles identifiant la foi aux appareils ecclésiastiques ou religieux, mais quand ils inspirent et motivent des engagements sociaux, quand ils mettent en valeur le caractère libérateur de leurs théologies, quand ils rappellent l’éthique des comportements individuels, si importants pour la construction d’une nouvelle société.
       
  • En troisième lieu, la société civile d’en bas doit se distinguer par la quête de solutions alternatives à tous les niveaux, celui des grandes conquêtes politiques et celui de la vie quotidienne, celui des organisations internationales et des Nations unies et celui des besoins existentiels des appauvris, celui de la vie matérielle et celui de la culture, celui du respect de la nature et celui de l’organisation de la production, celui du développement et celui de la consommation. C’est un enjeu considérable, qui exige un long travail, mais dont les prémices sont déjà posées.
       
  • Le quatrième aspect est la conquête des espaces publics.
    C’est l’articulation avec le politique. Sans cette dernière, l’action reste stérile ou pour le moins limitée. Il s’agit en effet de construire un rapport de force qui permette de déboucher sur des décisions. C’est la condition pour l’établissement d’une vraie démocratie qui, tout en incluant la dimension électorale, ne se limite pas à celle-ci et recouvre l’ensemble de l’espace public, y compris ses aspects économiques. Cela suppose une culture politique et un apprentissage, que les mouvements sociaux n’ont pas toujours entrepris, face à une dévalorisation du politique. Il est probable d’ailleurs que dans l’avenir, ce soit par une pluralité d’organisations politiques agissant de concert que le nouveau rapport de force se construira.
       
  • Enfin, cinquième perspective, les convergences.
    Mondialiser les résistances et les luttes est un objectif immédiat. Non point de manière abstraite et artificielle, mais très concrètement. La multiplicité des mouvements, leur foisonnement, peuvent être aussi un obstacle à une lutte cohérente, dans la mesure ou ils sont émiettés, atomisés, mais elle peut être aussi une force si, cessant d’être simplement juxtaposés ou additionnés, ils entrent dans une convergence fonctionnelle, comme ce fut le cas à Seattle, à Washington, à Bangkok, à Prague, à Nice, à Davos, à Porto Alegre. L’année 2000 a été celle des convergences. Il faudra cependant doter celles-ci des moyens d’opérer autant sur le plan analytique, afin de bien percevoir les enjeux, les objectifs et les méthodes que sur celui de l’intercommunication, entre autres, par la constitution progressive d’un inventaire des mouvements et de leurs réseaux. C’est ce que le Forum mondial des alternatives désire accomplir.

En conclusion, nous pouvons dire que l’affirmation de la société civile passe d’abord par sa définition. La société civile d’en bas ne pourra être mondialisée que dans la mesure où elle existe localement, car les convergences supposent une existence préalable. Les modalités concrètes de son action sont nombreuses sur les plans local et international. Elle ne pourra être définie que par les acteurs concernés dans les divers champs, celui de l’organisation des rapports sociaux, celui des communications, celui de la culture, celui de l’environnement. Le Forum social mondial de Porto Alegre est un lieu privilégié pour le faire, au sein de ses nombreux groupes de travail. Nous avons essayé de réfléchir sur les fondements, les enjeux et les objectifs, reste à déterminer les "comments". Le partage avec les mouvements les plus expérimentés dans chaque domaine permettra d’y arriver. Conquérir des espaces publics, comme ce fut le cas à Porto Alegre, c’est déjà construire la société civile d’en bas à l’échelle mondiale.

 

société civile
Qu’est-ce que la société civile mondiale ?
Jan Aart Scholte
Université
de Warwick

Le risque idéologique
Maxime Haubert, IEDES- Université Paris-I

Une nouvelle frontière
François Houtart
Centre tricontinental
de Louvain

Un ennemi,
des tactiques

Amory Starr Colorado State University

La force
du réseau

entretien avec Bernard Dréano
Helsinki Citizens’ Assembly.

espaces publics mondiaux
Se jeter
dans l’arène
Lisa Jordan
Fondation Ford et Peter
Van Tuijl

NOVIB.

Politique sans frontières
entretien avec
Marcos Aruda
PACS, Brésil.

Réformer l’ONU ?
David Steele

Le Global Compact
Isabelle Biagiotti,
Courrier
de la planète.

Avec les
ONG du Sud

entretien avec Kamal Malhotra
Programme des Nations unies pour le développement.

Le grand méchant loup ? John D. Clark,
Banque mondiale.

Faut-il avoir peur des ONG ?
Isabelle Biagiotti, Courrier
de la planète.

L’ombre
de l’OMC
entretien avec
Mireille Perrin, WWF.

Violences illégitimes
entretien avec Julien Lusson
AITEC.

porto alegre
Une nouvelle Internationale ?
Germàn Solinís
Carlos
Milani

Unesco.

L’heure
du politique
table ronde avec
Henryane
de Chaponay
CEDAL
Yannick Jadot
Solagral Gustavo Marin
FPH
Bernard Pinaud
CCFD.

La presse boude Porto Alegre Cécile Costesec Courrier
de la planète.

Mondialiser le Forum,
entretien avec
Francisco Whitaker, Commission brésilienne Justice et Paix
et Candido Grzybowski
Institut brésilien d’analyses sociales et économiques.

Inventons
de nouveaux pouvoirs !

Hillary Wainwright,
The Red Paper.

repères
La planète associative

Société civile: avec ou sans l'Etat?

Chronplogie d'une montée en puissance

       
AIDA - Le Courrier de la planète -Domaine de Lavalette - 1037 rue Jean-François Breton - 34090 Montpellier cedex- France- cdp@courrierdelaplanete.org
Dernière mise à jour Thursday 22 December, 2005