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Un
ennemi, des tactiques
Amory Starr, Colorado Sate University
Les études
universitaires ont montré les conditions historiques qui ont conduit
à lhégémonie mondiale des entreprises à un moment de la
progression du capitalisme. Cette étude est centrée sur la réponse
des mouvements sociaux qui sorganisent contre la domination
des entreprises. On peut facilement admettre quun tel mouvement
puisse exister, mais existe-t-il vraiment ?
es
discours anti-entreprises sont visibles dans bien des endroits
et se déclinent selon différentes approches idéologiques :
à gauche comme à droite, dans le premier comme dans le tiers monde,
chez les ouvriers comme chez les petits bourgeois, chez les urbains
comme chez les ruraux. Lutilisation de lexpression
"anti-entreprises" (en anglais, anticorporate,
NDR) par le personnel des sociétés attaquées confirme aussi leur
existence. En 1972, le Conseil des Amériques, un groupe de 200
entreprises américaines travaillant en Amérique latine, discuta
de la "nécessité pour le monde des affaires de mieux expliquer
son action". Un édito de lInternational Herald Tribune
en 1997 a cité le président du Forum économique mondial disant :
"les entreprises devraient commencer à prendre le mouvement
anti-mondialisation au sérieux". Les entreprises se savent
donc les ennemis des mouvements anti-mondialisation.
Une grande variété de mouvements soppose
aux entreprises. On peut les regrouper en trois types : le
premier mode, où lopposition aux entreprises est la plus
explicite, est la contestation et la réforme. Les pacifistes et
les défenseurs des droits de lhomme critiquent depuis longtemps
le comportement des multinationales. Ils ont été rejoints par
les opposants à lajustement structurel et ceux qui réclament
des réformes agraires, les cyberpunks et certains mouvements explicitement
"anti-entreprises". La plupart veulent réaffirmer lautorité
de lEtat afin de limiter les abus des entreprises et les
amener à fournir des services sociaux.
Le deuxième mode, la mondialisation
par le bas, fait référence au développement dun populisme
international. Les travailleurs du monde sunissent contre
une dépossession recouvrant de multiples lieux doppression.
Adoptent cette approche : les mouvements environnementaux,
les socialistes, les syndicats, ceux qui sopposent aux accords
de libre-échange et les Zapatistes. Ces mouvements espèrent dépasser
les organes de gouvernance existants.
Le "retrait" est le troisième
mode. Quil prenne la forme dune "relocalisation"
ou dun souverainisme, il propose une restructuration radicale
de léconomie politique globale, où les communautés locales
se coupent elles-mêmes du marché global et de ses acteurs. Ce
mode est peut-être le plus nouveau, mais il se combine avec un
nombre ahurissant de mouvements, dont les anarchistes, les mouvements
de défense des petites entreprises et les nationalistes religieux.
Ce mode daction est moins intéressé par la gouvernance que
par le développement de vraies solutions.
Ces regroupements sont des archétypes :
aucun mouvement et aucun de leurs membres nagissent selon
un seul mode.
En mettant à jour mes données en février
2000, jai été surprise par lampleur prise par les
mouvements que jai commencé à suivre en 1995. Des mouvements
"implicitement anti-entreprises" en 1997 sont devenus
des éléments actifs. Les jeunes et les anarchistes, que je minquiétais
de voir considérés comme marginaux à ces luttes, ont depuis été
reconnus comme des partenaires valables. La lutte contre le génie
génétique et la lutte contre lOrganisation mondiale du commerce
sont devenues des campagnes de presque toutes les organisations,
quil y a si peu de temps, josais à peine qualifier
de "potentiellement anti-entreprises". Ces mouvements
ne sont plus faibles, ils se rencontrent et sunissent.
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