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63 - Société civile mondiale
La montée en puissance
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ONG arabes: pas encore globales!
Sarah Ben Néfissa, Chercheur à l'Institut de Recherche pour le Développement et au Centre d’Etude et de Documentation Economique, Juridique et social - IRD

Le monde civil arabe est en pleine ébullition. Il reste encore un long chemin pour son autonomie soit assurée et qu'il puisse contribuer aux réflexions internationales.

lus ou moins encouragées par des pouvoirs publics en crise, les sociétés civiles arabes ont connu ces dernières décennies une réactivation et un renouveau général aussi bien dans leurs objectifs et leurs vocations que dans leurs modes d'action et de financement. Avant cela, faute de légitimité démocratique, les Etats arabes basaient leur légitimité sur leur capacité distributive. De nos jours, nous assistons à la naissance de nouvelles vocations associatives qui ne cherchent pas à assister, mais à mobiliser les citoyens arabes sur des thèmes qui les concernent (corruption, environnement, patrimoine, défense du consommateur, etc.). Ces associations manifestent une volonté de participer à la définition de la chose publique en se positionnant comme partenaires des pouvoirs publics dans les choix et la conduite du développement.

Elles tendent donc à assumer des fonctions qui sont généralement prises en charge par les institutions représentatives des populations, tels que les parlements. Par ailleurs, certaines organisations touchent directement des questions politiques comme les droits de l’homme et le développement de la démocratie. Mais leur logique de proposition, d’impulsion et de critiques constructives se heurtent aux réflexes autoritaires des pouvoirs publics et des bureaucraties arabes, peu habitués à ces comportements. Si la première forme associative à s'imposer fut la prise en charge sociale et sanitaire des classes moyennes paupérisées et du traitement de la pauvreté urbaine, de nouvelles organisations civiles arabes s’imposent aujourd’hui. Outre la question des droits de l'homme, qui est devenue un thème incontournable du débat politique arabe, elles mettent l'accent sur des sujets parfois tabous dans ces sociétés tels que la protection des filles-mères (Maroc), l'instauration d'un mariage civil dans des pays multiconfessionnels (Liban) ou la surveillance des élections.

Démocratie ?
Le renouvellement et l’activation des sociétés civiles arabes contribuent bien évidemment à la démocratisation des régimes. C’est au sein d’organisations de ce type que peuvent se développer les nouvelles formes de citoyenneté et que l’apprentissage de la démocratie peut se réaliser. Hélas, ces organisations sont mal acceptées par les pouvoirs publics arabes et souffrent des contraintes bureaucratiques et parfois policières. Les pouvoirs publics craignent les bases sociales construites par les grandes associations de bienfaisances reliées à des tendances politiques refusées, comme celles appartenant à la mouvance islamique.

Ces organisations souffrent également d’un dysfonctionnement interne en termes de démocratie. Beaucoup tendent paradoxalement à reproduire en leur sein et avec leur environnement les caractéristiques des rapports sociaux dominants dans ces pays (inégalités entre personnes de statut différent, inégalités entre les sexes…). Contrairement aux organisations de mobilisation, qui attirent les classes moyennes supérieures éduquées et urbaines, les configurations associatives plus classiques ne sont pas capables de se situer dans l’interface de l’espace politique interne et étranger et restent confinées aux questions sociales et politiques locales et nationales.

Ces caractéristiques ne facilitent pas le lien entre les sociétés civiles arabes et les mouvements sociaux récents, bien que certains chercheurs défendent une telle hypothèse pour le Liban et la Palestine. Pour changer cela, il faudrait que les régimes politiques réactivent les processus démocratiques qu’ils ont entamés. La naissance et le développement de nouvelles formes de citoyenneté ne rendent pas obsolètes les formes de citoyenneté classiques, telles que le droit des citoyens arabes de choisir librement leurs représentants et leurs dirigeants politiques. Les ONG et les associations ne peuvent pas remplacer ces mécanismes politiques, mais l’exemple de l’Egypte lors des élections législatives du dernier trimestre 2000 est très encourageant : le contrôle des juges sur les bureaux de vote, imposé par la décision de la Haute Cour constitutionnelle, a permis de renouveler l’élite parlementaire et de provoquer une mutation qualitative de l’acte électoral dont les effets à venir seront fondamentaux.

Des civilités à deux vitesses
Lorsque l’on s’intéresse aux rapports des organisations civiles arabes avec le pouvoir politique, on constate qu’ils sont beaucoup plus complexes qu’ils ne paraîssent. D’un côté, certaines organisations ont des ressources financières externes et sont en relation avec les sociétés civiles internationales. Celles-ci dénoncent avec raison le poids de l’administration car elles peuvent s’en passer. Ces organisations regroupent les élites arabes internationalisées, parlant les langues étrangères et généralement formées en Occident. D’un autre côté, la majorité des organisations civiles arabes sont des petites organisations rurales ou de quartier qui requièrent la médiation étatique et administrative pour accéder aux ressources. Ces dernières ne peuvent dénoncer le poids de l’Etat. Du fait des liens étroits qu’elles doivent entretenir avec les pouvoirs publics sur le plan national et local, ces organisations ont plus une nature "parapublique" que véritablement "civile". Elles sont donc soit des instruments supplémentaires de l’intervention publique, soit des espaces privilégiés d’intermédiation entre l’ordre social et l’ordre étatique.

La problématique qui traverse les sociétés civiles arabes est plus d’ordre politique que sociale. En réalité, les formes de solidarité sociale s’expriment de manière informelle envers les groupes primaires que sont les familles, les communautés de vie et de quartiers auxquels l’individu arabe demeure toujours attaché, notamment parce qu’il y trouve protection et survie malgré le clientélisme et l’inégalité qui les caractérisent. Or la société civile arabe, en tant qu’espace formel d’expression sociale, a du mal à s’articuler à cet espace informel mais civil, comme si l’institutionnalisation de la participation civile sous la forme d’ONG et d’associations faisait naître de nouveaux enjeux. Le passage au formel constitue en fait un passage à l’étatique. C’est peut être ici que se situe la différence entre les sociétés civiles du monde arabe et celles des pays européens.

Ce qui relie les organisations civiles arabes avec d’autres, soit sur le plan régional arabe, soit sur le plan international, ce sont les affinités "culturelles". En effet, celles qui partagent le "code culturel occidental" et qui s’occupent des droits de la femme, de l’homme en général, de l’environnement… sont en connexion avec les ONG internationales qui s’occupent de ces thèmes, elles jouent un rôle très important. Celles qui ont plus un code religieux, islamique ou chrétien, ont des relations et des connections avec des grandes Ong islamiques ou avec le réseau associatif des églises chrétiennes dans leur diversité.

Les relations entre les sociétés civiles arabes et celles des pays en voie de développement demeurent médiatisées par les sociétés civiles occidentales, en raison de la domination économique de l’Occident. La révolution des nouvelles techniques de communication résoudra-t-elle cette inégalité structurelle entre les acteurs de ce qu’on appelle la société civile internationale ? Rien n’est moins certain.

société civile
Qu’est-ce que la société civile mondiale ?
Jan Aart Scholte
Université
de Warwick

Le risque idéologique
Maxime Haubert, IEDES- Université Paris-I

Une nouvelle frontière
François Houtart
Centre tricontinental
de Louvain

Un ennemi,
des tactiques

Amory Starr Colorado State University

Des mandats ambigus
Pierre-Jean Roca
IFAID et CNRS-Regards.

La force
du réseau

entretien avec Bernard Dréano
Helsinki
Citizens’ Assembly.

Mexique : l’ouverture au monde
entretien avec Judith Adler Hellman, York University.

ONG arabes : pas encore globales
Sarah
Ben Néfissa
IRD et CEDEJ.

espaces publics mondiaux
Se jeter dans l’arène
Lisa Jordan
Fondation Ford, et Peter
Van Tuijl

NOVIB.

Politique sans frontières
entretien avec
Marcos Aruda
PACS, Brésil.

Réformer l’ONU ?
David Steele

Le Global Compact
Isabelle Biagiotti,
Courrier
de la planète.

 

 

 

Avec les
ONG du Sud

entretien avec Kamal Malhotra
Programme des Nations unies pour le développement.

Le grand méchant loup ? John D. Clark,
Banque mondiale.

Faut-il avoir peur des ONG ?
Isabelle Biagiotti, Courrier
de la planète.

L’ombre
de l’OMC
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Violences illégitimes
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Une nouvelle Internationale ?
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L’heure
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La presse boude Porto Alegre Cécile Costesec Courrier
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Mondialiser le Forum,
entretien avec
Francisco Whitaker, Commission brésilienne Justice et Paix
et Candido Grzybowski
Institut brésilien d’analyses sociales et économiques.

Inventons
de nouveaux pouvoirs !

Hillary Wainwright,
The Red Paper.

repères
La planète associative

Société civile: avec ou sans l'Etat?

Chronplogie d'une montée en puissance

       
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Dernière mise à jour Thursday 22 December, 2005