<< Accueil  
Déjà parus
Issues in English
Numeros
en español

Articles en ligne
par auteurs

Commander
un n°

Librairies
Plusieurs formules d'abonnement
Imprimer un bulletin d'abonnement
rechercher
dans le site


63 - Société civile mondiale
La montée en puissance
SOMMAIRE >
L ISEZ LES
ARTICLES
DISPONIBLES
EN LIGNE

Se jeter dans l’arène
Lisa Jordan, Fondation Ford et Peter van Tujil, Netherlands organisation for international development cooperation (NOVIB)

L'action politique demande aux ONG des ressources particulières, dont chacune dispise seulement d'une petite partie. Ce n'est qu'en réseau qu'elles peuvent se lancer dans l'arène internationale et parvenir à jouer leur rôle.

a Banque mondiale, les gouvernements et d’autres puissants acteurs de la communauté internationale opèrent une distinction entre les organisations non gouvernementales (ONG) opérationnelles et les ONG militantes. Cette approche est fondamentalement fausse dans la mesure où toutes les actions qui créent un espace pour les plus faibles sont des actes politiques. Même la plus petite intervention d’une ONG au niveau local affectera les relations de pouvoir. Creuser un puits, par exemple, augmentera la disponibilité en eau et aura donc des conséquences sur les rapports de propriété et d’échanges au sein du village. En général, les ONG impliquées dans la conservation des ressources naturelles, le respect des droits de l’homme et, plus généralement, le développement sont à la fois opérationnelles et militantes. Ceux qui opèrent cette distinction entre ONG opérationnelles et ONG militantes cherchent à marginaliser les aspects militants dans l’action des ONG pour les cantonner dans un rôle de fournisseurs de services sociaux [1].

Certaines ONG parlent de leur militantisme comme de la mise en œuvre d’une "alternative", voire du "développement d’un paradigme alternatif". Pourtant, par définition, les ONG représentent une pluralité d’intérêts et de visions. Les discussions théoriques sur la participation, la liberté, la lutte contre la pauvreté ou la protection des ressources naturelles ont tendance à relever de notions vaguement homogènes entre des populations très différentes. Les ONG qui militent pour créer un espace politique pour de nouvelles idées découvrent rapidement que cette homogénéité est un mythe nécessaire à la construction théorique mais impossible à trouver dans la réalité. Elles représentent des alternatives possibles, mais certainement pas un modèle de développement de substitution. Pour les ONG, s’affirmer comme le nouveau paradigme du développement serait une démarche aussi monolithique que celle, par exemple, de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, qui considèrent les plans d’ajustement structurel comme la seule voie vers le développement.

Une grande partie du discours sur le militantisme, en promouvant l’idée d’un champ d’action élargi, porte des promesses d’impacts plus importants. Or le débat portant sur l’efficacité de la stratégie des ONG devrait considérer les moyens de mieux coopérer et d’intégrer militantisme et opérations dans un champ qui joigne le local au global.

Représentativité
La responsabilité politique est généralement entendue comme un acte dérivant de la représentativité. Mais beaucoup d’ONG continuent de nier le concept de représentativité, considérant les communautés locales comme capables de se représenter elles-mêmes. Les ONG préfèrent généralement se définir comme des passeurs d’information plutôt que comme des entités représentatives. Mais s’il est vrai que les communautés locales sont capables de représenter leurs propre intérêts, les leaders ou porte-parole locaux sont toujours intimement liés à l’espace géographique dans lequel ils vivent. Ils n’ont pas un accès quotidien aux grandes arènes politiques[2], nationales ou internationales, comme Washington, New York, Bruxelles ou Nairobi.

Pour militer, les communautés ou les ONG locales ont souvent recours à d’autres ONG pour s’implanter dans des arènes politiques qu’elles ne connaissent pas ou qu’elles ne pourraient atteindre seules. Avec la tendance à la globalisation des processus de décision, on peut s’attendre à ce que le besoin d’articulation entre différentes arènes politiques continue d’augmenter. Le déficit de démocratie augmente justement du fait de la nature dispersée des processus de décision. Les ONG, en organisant des campagnes militantes dans différentes arènes politiques au même moment, tentent de combler, plus ou moins implicitement, ce déficit démocratique. Même si la coopération entre différentes ONG qui mènent une campagne militante n’équivaut pas au concept académique de représentation, il n’en demeure pas moins qu’elles représentent de fait des intérêts lorsqu’elles font valoir leur expertise dans une arène de décision politique. La participation à une campagne internationale ou à un réseau revêt une responsabilité politique.

Les réseaux internationaux d’ONG constituent à la fois une participation directe et une forme inhabituelle de représentation. Le concept de représentation politique, tel que nous le connaissons, concerne une relation duale entre un représentant, une personne ou une organisation, et un électeur. Le mandat du membre d’un parlement est limité au cadre national. Cette relation entre le représentant et le représenté est beaucoup plus complexe dans le cas des réseaux internationaux d’ONG. Ils ne sont pas limités par les espaces géographiques et institutionnels, et opèrent dans plusieurs arènes politiques en même temps. C’est la condition par laquelle ces réseaux seront utiles aux populations dans des situations locales particulières. Les réseaux d’ONG créent une forme de représentation qui, dans sa version optimale, se déplace du niveau national au niveau international, et vice-versa, en accord avec les objectifs de la campagne. Dans une ère de réalités politiques globalisées, sans système de régulation globale, la démocratie doit s’affirmer.

Il est courant pour une campagne internationale de recourir à plusieurs arènes politiques. Et généralement, aucune ONG ne connaît l’ensemble des arènes à solliciter. Par exemple, il est peu probable qu’une organisation sociale de base du fin fond de l’Inde connaisse toutes les personnes influentes de Washington ou dispose des ressources nécessaires pour peser sur les décisions de cette arène politique. L’opposé est également vrai : les organisations basées à Washington, New York ou Genève peuvent être familières de la façon dont les décisions y sont prises, mais ne seront pas capables de comprendre la réalité de situations locales en Afrique par exemple. L’expertise est basée sur une présence à long terme dans telle ou telle arène politique. Dans la construction de réseaux d’ONG, il convient d’abord de reconnaître quels sont les lieux d’expertise des différents partenaires et d’utiliser les liens qu’ils ont su bâtir au cours du temps. De cette façon, ceux qui mènent campagne reconnaissent de fait la responsabilité politique de leur action militante.

Compenser l’incapacité
Les relations entre ONG engagées dans des activités militantes sont un sujet sensible : elles peuvent être source d’inégalités aussi profondes que celles que les campagnes combattent. L’incapacité des bureaucraties nationales et internationales et du secteur privé à prendre en compte et respecter diverses aspirations au développement est l’une des motivations les plus importantes qui guide l’action des ONG. Mais pour répondre à la multiplicité des désirs de changement, il faut mobiliser beaucoup d’organisations dans des relations complexes. Cela est vrai au plan pratique comme au plan de la construction théorique. Beaucoup d’universitaires et d’observateurs aiment à réduire la pluralité des ONG en une "globalisation par le bas" vaguement homogène. Pourtant, même s’il est toujours possible de distinguer un "haut" et un "bas" dans le processus politique de globalisation, les changements prônés par les ONG doivent être menés dans différentes arènes simultanément. Cela crée une variété de combinaisons dans les relations entre ONG. La dynamique de ces relations détermine la qualité des activités militantes, tant dans leur fonction d’agrégation des différentes aspirations de développement, que dans leur volonté d’élaborer de nouvelles formes de démocraties.

Beaucoup refusent d’accepter l’idée qu’il est extrêmement compliqué d’opérer de manière efficace et responsable en dehors de sa propre arène politique. Or les ONG réagissent avant tout par rapport à des stimuli déclenchés dans leur propre espace, et non pas par rapport à des "risques planétaires". Ainsi, le slogan populaire "pense globalement, agit localement"[3] est confus : il suggère un lien implicite entre les actions locales et une agrégation de ces actions au niveau global qui est loin d’être évident. Connecter les activités des ONG du niveau local au niveau global, et vice-versa, est extrêmement périlleux.

Deuxièmement, développer les réseaux entre ONG pour dépasser les limites des spécialités de chacun et créer ainsi des alliances plus efficaces n’est pas toujours possible. Il existe de nombreux thèmes sur lesquels des ONG de droits de l’homme devraient s’allier avec des ONG environnementalistes, des ONG de développement avec des syndicats, etc. Mais quelle ONG est capable de gérer efficacement une telle multitude de réseaux ? Cela suppose des choix difficiles en terme d’allocation des ressources. Assumer une responsabilité politique est compliqué pour les ONG : soit un tel choix est refusé par les membres de l’organisation, soit cette responsabilité est gérée de manière fortuite, selon l’urgence d’un problème à traiter plutôt que selon une stratégie clairement élaborée.

Enfin, la dernière raison qui enjoint à rester prudent sur le fait de promouvoir l’action des ONG en dehors de leur propre arène politique pour viser des objectifs plus globaux est le danger de voir se creuser un peu plus l’équilibre entre ONG du Nord et du Sud, dans la mesure où la plupart des décisions considérées comme "globales" sont prises dans des arènes politiques du Nord. Cela peut conduire les ONG du Sud à être diluées dans des arènes internationales, alors que localement, beaucoup d’entre elles ne sont même pas capables de militer dans leur propre arène politique. Soit en raison du manque de relais institutionnels, soit en raison de la présence d’un régime autoritaire et oppressif. Se concentrer exclusivement sur les arènes politiques au Nord crée une tendance pour les ONG du Nord à surestimer l’importance de leur travail. Or nous concevons le militantisme des ONG avec une importance égale entre les ONG du Nord et du Sud pour constituer finalement un champ d’expression global.

Il est donc très difficile de s’engager dans une action militante efficace et responsable loin de ses bases, ne serait-ce que par le danger de perdre le contact avec les réalités du terrain, occupé que l’on peut être à essayer de maîtriser l’arène globale. La règle d’or de la démocratie transnationale est de constituer un réseau puissant dans sa propre arène politique avant d’opérer tout investissement dans d’autres arènes. L’empreinte d’une ONG politiquement responsable serait sa capacité à maintenir cohérence et consistance entre ses objectifs affichés et les moyens mis en œuvre pour les atteindre. Pour les ONG militantes, les décisions qui doivent être prises sur que faire et ne pas faire, en disposant d’un minimum d’informations, vont très vite. En ce sens, la responsabilité qui incombe à ces ONG est avant tout une question opérationnelle.

société civile
Qu’est-ce que la société civile mondiale ?
Jan Aart Scholte
Université
de Warwick

Le risque idéologique
Maxime Haubert, IEDES- Université Paris-I

Une nouvelle frontière
François Houtart
Centre tricontinental
de Louvain

Un ennemi,
des tactiques

Amory Starr Colorado State University

Des mandats ambigus
Pierre-Jean Roca
IFAID et CNRS-Regards.

La force
du réseau

entretien avec Bernard Dréano
Helsinki
Citizens’ Assembly.

Mexique : l’ouverture au monde
entretien avec Judith Adler Hellman
York University

ONG arabes : pas encore globales
Sarah
Ben Néfissa
IRD et CEDEJ.

espaces publics mondiaux
Se jeter
dans l’arène
Lisa Jordan
Fondation Ford et Peter
Van Tuijl

NOVIB.

Politique
sans frontières
entretien avec
Marcos Aruda
PACS, Brésil.

Réformer l’ONU ?
David Steele

Le Global Compact
Isabelle Biagiotti,
Courrier
de la planète.

 

 

 

Avec les
ONG du Sud

entretien avec Kamal Malhotra
Programme des Nations unies pour le développement.

Le grand méchant loup ? John D. Clark,
Banque mondiale.

Faut-il avoir peur des ONG ?
Isabelle Biagiotti, Courrier
de la planète.

L’ombre
de l’OMC
entretien avec
Mireille Perrin, WWF.

Violences illégitimes
entretien avec Julien Lusson
AITEC.

porto alegre
Une nouvelle Internationale ?
Germàn Solinís
Carlos
Milani

Unesco.

L’heure
du politique
table ronde avec
Henryane
de Chaponay
CEDAL
Yannick Jadot
Solagral Gustavo Marin
FPH
Bernard Pinaud
CCFD.

La presse boude Porto Alegre Cécile Costesec Courrier
de la planète.

Mondialiser le Forum,
entretien avec
Francisco Whitaker, Commission brésilienne Justice et Paix
et Candido Grzybowski
Institut brésilien d’analyses sociales et économiques.

Inventons
de nouveaux pouvoirs !

Hillary Wainwright,
The Red Paper.

repères
La planète associative

Société civile: avec ou sans l'Etat?

Chronplogie d'une montée en puissance

       
AIDA - Le Courrier de la planète -Domaine de Lavalette - 1037 rue Jean-François Breton - 34090 Montpellier cedex- France- cdp@courrierdelaplanete.org
Dernière mise à jour Thursday 22 December, 2005