La
montée en puissance
éditorial
par François Lerin, rédacteur en chef, et Pierre
Sané, sous-directeur général pour les sciences
sociales à l'Unesco.

'intervention
de la société civile dans des questions internationales n'est pas
neuve. Des anti-esclavagistes aux partisans de la "République
des Lettres", le XVIIIe siècle a vu émerger mouvements
d'opinion et organisations influents. Les internationales ouvrières
et féministes ont plus tard encore repoussé les frontières de leur
action. Ces vingt dernières années, cependant, la société civile
mondiale a acquis un nouveau statut.
La principale
raison de cette "montée en puissance" est que la phase
accélérée de mondialisation économique actuelle provoque, presque
spontanément, la création de réseaux tentant d'appréhender et
d'intervenir dans ces mécanismes planétaires. Pendant une longue
période, cette montée en puissance s'est faite dans l'ombre, notamment
par le patient travail des organisations non gouvernementales
dans des domaines techniques : sociaux, environnementaux,
humanitaires et culturels. Depuis le sommet de la Terre de Rio
et maintenant à chaque conférence internationale, leur activité
apparaît de plus en plus publique, au point de sembler contester
l'ordre même du monde. Cette évolution pose naturellement la question
de leur légitimité, un débat qui doit être recadré.
Soulignons
d'abord que les mouvements de société civile sont co-substantiels
à la démocratie représentative elle-même. La représentation du
peuple en assemblée législative légitimant l'exécutif national
n'est qu'une des formes (indispensable !) de l'établissement
d'un régime. Ce qui est vrai à l'échelle nationale à toutes les
raisons de l'être à l'échelle mondiale. Par ailleurs, les ONG
et les mouvements de société civile ont acquis une légitimité
liée à leur efficacité dans des domaines que les États constitués
n'ont pas su occuper ; elles ont également su "donner
de la voix" à des groupes exclus des modes de représentation
démocratique classique largement dominés par le principe de majorité ;
enfin, et
notamment pour les questions environnementales, elles ont contribué
à relier différents échelons territoriaux de responsabilité et
de pratiques. Ces facteurs positifs, reconnus même par les détracteurs
de ces mouvements, ne leur assurent pas le statut de "cavalier
blanc", sans défaut, ni dérive. Ils indiquent simplement
que leur montée en puissance est à la fois légitime et inévitable.
Comment éviteront-elles les écueils et les pièges d'une discussion
mondiale dominée par des puissances dont les moyens sont sans
commune mesure avec les leurs ?
Le deuxième
Forum social mondial aura lieu en janvier 2002. Il veut être la
caisse de résonance d'une "autre mondialisation", celle
des peuples, des luttes syndicales et politiques.
Espérons
qu'il saura montrer toute la richesse de proposition disponible
dans cette nébuleuse qui n'est pas étatique, qui travaille en
réseau et mobilise des millions de citoyens sur l'ensemble de
la planète : la société civile mondiale. Ce numéro, publié
conjointement par Solagral/Le Courrier de la planète et le programme
Most de l'Unesco, vous invite à mesurer les défis à relever pour
y parvenir.
Ce
numéro a été publié en collaboration
avec l'Unesco-Most
Il est disponible en pdf ici.
|