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68 - Développement (II) durable Négociations sans lendemains ? |
article par Sunita Narain, Centre for Science and Environment, Inde
Une question n’est jamais vraiment abordée dans les relations internationales aujourd’hui. Pourtant, tout le monde y pense et brûle de la poser. Comme personne n’a de réponse, tout le monde préfère l’enterrer. Pourtant, tant qu’on n’y répondra pas, le problème persistera. Cette question, si vous ne l’avez pas encore devinée, est : comment faire de la nation la plus puissante du monde - économiquement et militairement - un membre plus responsable de la communauté des nations ?
"Le mode de vie américain n’est pas négociable", avait répondu George Bush père à la question du changement climatique. Ceci reste la base insupportable de la politique américaine. La tactique de négociations des Etats-Unis est bien rodée. Dans un premier temps, ils délèguent un énorme contingent d’experts et de négociateurs pour peser sur la forme et le contenu des conventions internationales. La menace est implicite : "Faites ce que je dis, sinon je ne signe pas." Puis, alors que le monde entier leur accorde un traité peu contraignant pour leur plaire, les Etats-Unis se rengorgent et le repoussent. Dans un dernier round de totale soumission, il faut négocier un nouveau traité réécrit par les Américains.
Le protocole de Kyoto est l’exemple le plus connu. Personne n’ignore que ce protocole est truffé de vides juridiques qui le rendent quasiment inapplicable, si ce n’est sans valeur. Les Etats-Unis sont pour beaucoup dans ce résultat. Pourtant, quand le compromis final a été rédigé, dans le but d’obtenir leur accord, les Américains ce sont retirés. Ils cherchent maintenant à en réduire encore la portée et à contraindre les pays en développement au respect des réductions de leurs émissions de gaz à effet de serre légalement contraignantes.
Comment la démocratie globale pourrait-elle fonctionner alors que le législateur le plus puissant transgresse la loi commune ? Le monde tend vers une gouvernance globale basée sur un système de règles, où les nations acceptent des engagements juridiquement contraignants, construits par de longues discussions, la recherche de consensus par le vote. Mais dans ce corpus juridique, comme dans tout processus législatif, la norme de justice demande l’égalité des pouvoirs, afin que le fort ne puisse pas faire ce que sa puissance lui permet, afin que le faible ne doive pas tout accepter. Sans cela, pas de respect, pas de démocratie. Et les Etats-Unis le savent.
La peur des Etats-Unis est le fossoyeur de toutes les négociations internationales, comme celles à venir du Sommet mondial pour le développement durable. Un monde unipolaire, le pouvoir absolu des Etats-Unis, une Europe de moins en moins encline à jouer les contre-pouvoirs, rendent tout changement improbable. La question "comment amener les Etats-Unis à la démocratie" doit pourtant trouver une réponse. N’importe laquelle.
Ndt : une version plus longue de cet article a été publiée dans le
numéro du 15 juin 2002 de la revue du CSE,
Down to Earth.
Disponible sur Internet : www.downtoearth.org.in
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Dernière modification : 20 November 2008