migrations internationales Le chaînon manquant de la mondialisation Eau
Inventer la coopération internationale

Le grand marché de Kyoto

Sunita Narain, Centre for Science and Environment, India.

Le troisième Forum mondial de l’eau de Kyoto sera-t-il différent des autres sommets de l’eau organisés ces dernières années ? Saura-t-il mettre la question de l’eau à la portée de ceux auxquels elle appartient de droit - les millions de communautés pauvres vivant au bord de la sécheresse et du désespoir ?

Non. Ce sommet, comme les autres, sera malheureusement au service de l’élite mondiale de l’eau - un groupe restreint de techniciens, d’ingénieurs et d’entrepreneurs de l’eau, rêvant d’aqueducs, de tuyaux et de pompes. Comme beaucoup d’autres rencontres internationales sur l’eau avant lui, ce forum mettra en scène un intervenant qui parlera avec aisance des pauvres, et du besoin de reconnaître l’accès à l’eau comme un droit de l’homme, avant de passer aux choses sérieuses : ouvrir des marchés pour les industriels.

Les entreprises de l’eau font partie du marché de la gestion de l’eau. Mais elles ne constituent qu’une infime partie de la solution. Les partisans du secteur privé prétendent que si le prix de l’eau est correctement fixé - en incluant tous les coûts - les investissements du secteur privé seront facilités et on résoudra la crise de l’eau que subissent de vastes régions des pays en développement. Mais ceci ne fonctionnera pas. Les technologies hydrauliques et sanitaires contemporaines, utilisant de l’eau pour les toilettes comme l’évacuation des déchets, sont inabordables pour la plupart des zones urbaines du Sud.

L’engagement du secteur privé doit dépasser le marché de la fourniture d’eau - petit et rentable - pour assumer le traitement efficace et systématique des eaux usées - marché moins rose. Le traitement des eaux usées et leur récupération coûte cinq à six fois plus cher que la fourniture de l’eau. L’augmentation constante de la pollution chimique ne peut qu’augmenter ces coûts. Cette solution est d’ailleurs inutile pour les millions de personnes des zones rurales du Sud. Ces communautés paient déjà très cher leur eau. Dans ces zones, il faut mettre en place des instances municipales, qui mettent fin au monopole de l’Etat.

Il faut affirmer les droits des communautés pauvres à la gestion et au contrôle de la ressource ! Prenons l’Inde par exemple. Les sécheresses ne peuvent plus y être appelées des catastrophes naturelles. Ce sont des catastrophes entretenues par le gouvernement. En près de cent ans, ce pays a connu deux changements de paradigme dans la gestion de l’eau. Le premier a conduit les individus et les communautés à constamment réduire leur rôle face à l’Etat. Le second a été le quasi-abandon des technologies de collecte des eaux de pluies. L’eau des rivières et des nappes phréatiques n’étant qu’une petite portion de l’eau de ruissellement disponible, la pression sur ces ressources est devenue dans beaucoup de cas insupportable.

Certaines sécheresses sont récurrentes. Chacune réduit la résistance des communautés rurales. Elle les rend plus faibles, incapables de supporter les irrégularités de la mousson. Ce n’est pas un phénomène temporaire. Pour le renverser, nous avons besoin de programmes efficaces, utilisant la main-d’œuvre d’une génération pour équiper les campagnes en ouvrages naturels - étangs, réservoirs, infrastructures traditionnelles de stockage de l’eau. Soyons clairs, cela prend du temps et de l’argent pour reconstruire un capital naturel comme une nappe phréatique.

La politique mondiale de l’eau doit reconnaître une gestion coopérative de l’eau incluant les communautés et les ménages. Mais le discours mondial sur l’eau répète, à l’envi, un mauvais projet faisant de l’Etat, ou maintenant les entreprises, l’acteur dominant, voire le seul, de la gestion de l’eau. C’est aussi la raison pour laquelle, une fois ce sommet passé, la promesse d’une eau pour tous redeviendra imaginaire. Si nous voulons d’autres résultats, nous devons changer de message et, pour cela, de messager.

Le Centre for Science and Environment (CSE) est une ONG indienne, reconnue d'intérêt public, travaillant à informer l'opinion sur les relations entre science, technologie, environnement et développement. Le Centre existe depuis 1980.
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Dernière modification : 19 November 2008