Relations internationales: Le temps des émergents Relations internationales
Le temps des émergents

Chine
Aide sans conditions

QI GUOQIANG, CHINESE ASSOCIATION OF AFRICAN STUDIES

L'aide chinoise a longtemps constitué un outil diplomatique pour maintenir des liens politiques avec des gouvernements " alliés ". A partir des années 1980, l'aide publique s'est ouverte au secteur privé qui a trouvé là les moyens d'exporter des grands projets d'infrastructures. Etat des lieux et pistes de réflexion pour s'intégrer à la communauté internationale des donateurs.

L'aide publique chinoise au développement remonte au début des années 1950 et constitue un élément stratégique de sa diplomatie. Au début, conséquences de la guerre froide, l'aide publique au développement (APD) était fondée sur le principe d'étendre une internationale prolétarienne. Le premier ministre Zhou Enlai a établi les fameux " huit principes " de l'aide chinoise en 1964, mettant en avant l'équité, les bénéfices mutuels et la non conditionnalité. Ces principes ont été bien accueillis par les pays récipiendaires.

Au début des années 1980, la Chine a reconsidéré ses pratiques en matière d'aide, tant en volume que dans l'approche adoptée, en définissant quatre nouveaux principes gouvernant sa coopération économique avec d'autres pays en développement (PED) : maintenir l'équité et les bénéfices mutuels ; encourager diverses formes de coopération ; rechercher l'efficacité sur le plan pratique et atteindre un développement commun. Ces principes ne servent pas seulement de lignes directrices pour la politique d'aide mais aussi pour d'autres formes de coopération économique comme les investissements, la réalisation de joint-ventures, les contrats d'affaires, etc.

En 2005, la Chine a proposé un nouveau type de partenariat stratégique avec les pays récipiendaires, notamment en Afrique, fondé sur " l'équité politique et la confiance mutuelle, la coopération économique gagnant-gagnant, les échanges culturels et la sécurité ". Ce partenariat stratégique a été rappelé en 2006 lors de la réunion du Forum de coopération Chine-Afrique à Pékin.

L'aide chinoise est conduite dans le cadre d'accords bilatéraux entre gouvernements selon quatre types de modalités.

  1. 1 Les dons : utilisés principalement pour aider les pays récipiendaires à réaliser des petits projets sociaux comme des hôpitaux, des écoles, des logements à coût bas, de l'adduction d'eau potable, etc.
  2. 2 Les prêts sans intérêts.
  3. 3 Les prêts à taux préférentiel pour des projets industriels et d'infrastructures. Ils ont été mis en Ïuvre depuis 1995 : le gouvernement subventionne la différence entre le taux préférentiel et le taux de base de la banque centrale chinoise. Le taux d'intérêt annuel est de l'ordre de 2 %, avec une période de remboursement de 20 ans.
  4. 4 Les autres fonds : depuis peu, il existe de nouveaux fonds pour promouvoir la coopération économique entre les entreprises chinoises et les pays récipiendaires.

En ce qui concerne son exécution, l'aide peut prendre la forme de grands projets sectoriels (agriculture, transports, communication, industrie extractive, etc.), de projets de coopération technique, d'aide humanitaire et d'aide multilatérale à travers le système des Nations unies, la Banque mondiale et les banques régionales de développement.

Sur une base bilatérale, l'aide chinoise s'élevait en 2006 à 1,05 milliard de dollars, soit un doublement par rapport à la fin des années 1990. Ce montant couvre les dons, les prêts sans intérêts, les prêts à taux préférentiel, les joint-ventures, les projets de coopération scientifique et technique et l'assistance médicale. Entre 1998 et 2006, le total cumulé de l'aide chinoise a atteint 5,32 milliards de dollars et, pour la seule année 2007, le montant de l'aide devrait être de 1,4 milliard de dollars, en augmentation de 25 % par rapport à l'année précédente (entre 1998 et 2007, l'aide a augmenté à un taux annuel moyen de 12,6 %). Cette croissance s'explique par la forte augmentation de l'aide humanitaire, l'augmentation du nombre de prêts à taux préférentiel pour financer des projets sectoriels en Asie et en Afrique et l'augmentation de l'aide à l'Afrique, conformément aux engagements pris depuis 2000 dans le cadre du Forum de coopération Chine-Afrique (FOCAC).

Selon la stratégie diplomatique chinoise, l'aide est accordée en priorité aux pays voisins d'Asie, y compris les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale. Si le nombre de projets n'est pas nécessairement plus élevé en Asie qu'ailleurs, en revanche, le volume de l'aide y est traditionnellement plus important. La Corée du Nord, la Mongolie, le Laos, le Cambodge et le Pakistan ont depuis toujours été les plus grands récipiendaires de l'aide chinoise.

Mais dans le cadre du FOCAC, la Chine a considérablement augmenté le volume de son aide vers les pays d'Afrique. En plus de cinquante ans, la Chine a fourni tous les types d'aide à pratiquement tous les pays du continent. En 2005, le total cumulé de l'aide chinoise à l'Afrique depuis ses débuts était de 5,7 milliards de dollars, répartis sur plus de 800 projets. En nombre de projets, les principaux récipiendaires sont l'Ethiopie, le Soudan, la Tanzanie, la Zambie, le Mali, l'Egypte et l'Algérie.

DE L'IMPACT POLITIQUE AU DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE

Des années 1960 jusqu'au milieu des années 1980, la Chine a aidé à la construction de grands projets comme les 1 860 kilomètres du chemin de fer Tanzanie-Zambie, des ponts, des routes, des stades, des centres de conférence, etc. Ces projets ont certes contribué au développement socio-économique des pays récipiendaires mais ils ont avant tout répondu à des considérations politiques et ont rapidement dépassé les capacités de la Chine, elle-même un pays pauvre en développement.

A partir du milieu des années 1980, priorité a été donnée à l'efficacité économique de l'APD. La Chine avait elle-même commencé à recevoir de l'aide étrangère, bilatérale et multilatérale, à partir de la fin des années 1970, ce qui lui a permis d'apprendre de l'expérience des autres en tant que donateur.

Puis, à partir du milieu des années 1990, consécutivement à la réforme de l'APD chinoise, ont été appliqués les prêts à taux préférentiel avec l'implication du secteur privé et des institutions bancaires. Avant cela, le capital des prêts provenait du budget de l'aide publique et non pas des banques comme c'est le cas aujourd'hui, où l'Etat ne se contente plus que de subventionner la différence entre le taux commercial en vigueur et le taux préférentiel octroyé. Dès lors, l'efficacité économique de l'aide devient l'affaire des banques et des entreprises privées concernées qui cherchent des projets avec des retours économiques rapides et une croissance soutenue.

En 2000, la Chine a mis en place un mécanisme d'allègement de la dette qui a conduit à l'annulation d'un total de 2,13 milliards de dollars de dette dans 44 pays récipiendaires, dont 31 en Afrique où une nouvelle annulation de dette d'un montant de 1,4 milliard de dollars est en cours de négociation. Au total, les annulations de dette porteront sur 60 % des créances dues à la Chine.

Bien qu'il n'existe pas de statistiques précises sur la contribution de la Chine aux agences d'aide multilatérales et aux institutions financières internationales, nous savons que la Chine a maintenu une étroite collaboration avec celles-ci, parce qu'elle est elle-même un des principaux bénéficiaires de leur aide. D'un côté, la Chine considère ces organisations multilatérales comme des arènes où prouver qu'elle se comporte comme une grande puissance responsable. De l'autre, l'aide chinoise à travers ces organisations pourrait être plus efficace et plus en conformité avec la communauté internationale. Par exemple, la contribution chinoise au Programme alimentaire mondial (PAM) a été principalement destinée à la Corée du Nord sous forme d'aide alimentaire.

Récemment, la Chine s'est engagée à augmenter sa contribution à l'Organisation mondiale de la santé, au PAM, à l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel et à de nombreuses banques régionales et internationales de développement, contribuant ainsi à une plus grande coopération avec les institutions multilatérales dans le futur.

Il est intéressant de noter qu'il existe une possibilité pour la Chine de mener des projets de coopération plurilatéraux dans les pays en développement avec d'autres " vieux " pays donateurs. Par exemple, la Chine a développé une forte présence en Afrique et certains pays membres du comité d'aide au développement de l'Organisation de coopération et de développement économiques (le CAD de l'OCDE) seraient intéressés par étudier la possibilité d'y conduire des projets communs. Mais l'approche chinoise de l'aide au développement diffère toujours de celle des autres donateurs : son unique objectif est de contribuer au développement social et économique des pays récipiendaires, sans conditionnalités. Pour autant, on peut imaginer que dans un futur proche, une telle coopération plurilatérale pourrait être conduite en Afrique, au moins sur des projets d'assistance technique. o

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Dernière modification : 28 August 2008