Relations internationales: Le temps des émergents Relations internationales
Le temps des émergents

DOSSIER
Les nouveaux donateurs

Afrique du Sud
Mission continentale

JAYASEELAN NAIDOO, DEVELOPMENT BANK OF SOUTHERN AFRICA

Elément moteur dans la constitution du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad), l'Afrique du Sud souhaite jouer un rôle de premier plan sur le continent pour Ïuvrer à son développement. Egalement récipiendaire de l'aide internationale, le pays est bien placé pour analyser les erreurs d'hier qu'il conviendra d'éviter demain...

Nous entrons dans une nouvelle période pour l'aide au développement en Afrique, la région la plus pauvre du monde. De nouveaux investisseurs et donateurs comme le Brésil, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud (les BICS) contribuent à changer les règles du jeu et de plus en plus, les pays africains ne sont plus des récipiendaires passifs de l'aide internationale. Enfin, il existe aujourd'hui un débat beaucoup plus ouvert sur ce qui a fonctionné et un diagnostic plus honnête sur ce qui a échoué.

RESPECT MUTUEL

L'aide publique au développement (APD) a été le sujet de nombreux débats et nous avons eu en Afrique notre lot de questions et controverses sur le sujet. Durant la période de la guerre froide, l'APD a été utilisée comme un instrument pour corrompre des gouvernements alliés et les maintenir au pouvoir. Dans la nouvelle période qui s'ouvre, des pays comme l'Afrique du Sud insistent sur le fait que l'APD doit avoir un plus grand impact sur le développement et ne pas simplement servir d'assistance budgétaire aux pays récipiendaires.

En tant que nouveau venu dans l'arène des donateurs, l'Afrique du Sud cherche également à éviter les erreurs du passé. Ainsi, notre pays soutient des gouvernements élus démocratiquement et qui partagent une vision commune sur les priorités de développement. Il le fait directement, en évitant les intermédiaires. Plus important, l'Afrique du Sud ne se présente pas comme un donateur mais préfère être considéré comme un partenaire qui développe des relations mutuellement respectueuses afin de contribuer au développement du continent. L'Afrique du Sud s'oppose également aux conditionnalités imposées par les donateurs et dénonce le fait que seulement une faible proportion de l'APD atteint les personnes pour qui elle est prévue.

Un entretien que j'ai pu mener en juin 2007 au bureau parisien de la China Exim Bank n'a pas révélé d'informations précises sur la taille et les termes des crédits consentis aux activités chinoises en Afrique. Seules quelques informations sur leur caractère concessionnel ont filtré : le taux d'intérêt est de 2 %, la maturité de 10 à 15 ans, il n'y a pas de délai de gr‰ce et le yuan sert de monnaie de référence.

L'histoire de l'aide en Afrique est très chargée et il existe des raisons très complexes pour lesquelles l'aide a fonctionné dans certains pays et pas dans beaucoup d'autres. Les succès inégaux de ces trente dernières années ont conduit à toujours plus de frustrations chez les pays récipiendaires. Ils ont également contribué à la " fatigue " des donateurs. Ainsi l'APD a-t-elle diminué de 25 % en termes réels, de 59,9 milliards de dollars en 1992 à 45 milliards en 1997. Bien qu'il y ait eu une augmentation depuis 1998, les niveaux actuels demeurent proches de ceux de 1992.

Dans cette même période, une nouvelle Afrique du Sud a émergé pour jouer un rôle plus proéminent sur la scène internationale. Contribuer au développement du reste du continent est un des piliers de la politique étrangère sud-africaine. Notre pays a été l'architecte du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad), qui constitue un cadre pour des relations renouvelées entre les pays africains, les donateurs et les institutions internationales.

Plus important, l'Afrique du Sud a été un élément moteur pour l'intégration du mécanisme africain d'évaluation par les pairs (MAEP) au sein du Nepad, une série de procédures d'évaluation utilisées pour classer les pays selon différents objectifs dans les domaines macroéconomiques et politiques.

L'Afrique du Sud demeure un pays à revenu intermédiaire, particulièrement concerné par la pauvreté et les inégalités persistantes, à la fois chez lui et à l'extérieur. Il souligne régulièrement l'interdépendance qui existe entre, d'une part, le développement, la paix, la sécurité, la démocratie et la bonne gouvernance et, d'autre part, un haut niveau de croissance soutenue. Du coup, l'Afrique du Sud affiche un agenda très clair pour le reste du continent : son objectif premier est d'aider à l'instauration des conditions d'un développement plus soutenable.

Pour ce faire, l'Afrique du Sud profite de sa situation d'influence sur le continent : contrairement à d'autres pays africains, dont la plupart doivent attendre les promesses des donateurs avant d'établir leur budget, l'APD en Afrique du Sud ne représente que 0,2 % du PNB et 1 % du budget. Et comme les autres membres des BICS, l'Afrique du Sud est également un donateur, fournissant de l'aide alimentaire à ses voisins, annulant la dette d'autres et contribuant aux opérations de maintien de la paix des Nations unies.

PLUS DE CREATIVITE

Les donateurs et les institutions internationales sont aujourd'hui invités à être plus créatifs et innovants dans les conseils qu'ils prodiguent aux pays en développement, ce qui nécessite notamment de repenser les programmes d'aide qui sont conduits. Pour les BICS, les réformes des Nations unies, de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et d'autres organisations multilatérales constituent une priorité. Ils militent pour un meilleur partenariat entre pays industrialisés et pays en développement, fondé sur le respect mutuel, la confiance et l'équité.

Un changement radical dans l'architecture du commerce mondial est également nécessaire : les pays développés continuent de consacrer un milliard de dollars par jour en subventions à l'agriculture, qui contribuent à exclure beaucoup de pays pauvres du commerce agricole international. Or il est reconnu qu'une augmentation de 1 % de la part des pays en développement dans le total des exportations mondiales pourrait faire sortir de la pauvreté environ 130 millions de personnes.

Certains investissements réalisés en Afrique par des BICS ont été très controversés, comme par exemple les investissements chinois dans la région du Darfour au Soudan. Mais aujourd'hui, en Afrique du Sud, comme en Inde ou au Brésil, il existe une société civile très active qui n'hésite pas à interpeller ses gouvernements pour critiquer leur action dans d'autres pays en développement, en Afrique notamment. Par ailleurs, les contacts établis à l'échelle de la société civile entre BICS et avec d'autres pays d'Afrique permet à l'aide publique de répondre aux besoins de la population et de sortir de la seule sphère intergouvernementale.

L'image de l'Afrique comme un continent plongé dans les ténèbres et condamné à demeurer à la périphérie de l'économie globale change peu à peu. Plus d'efforts sont réalisés pour éviter les conflits, une meilleure coopération s'établit entre les pays de la région et il existe une volonté renouvelée d'apprendre des erreurs du passé. Et les BICS, qui ont tous surmontés d'énormes défis, mais vivent un présent plus stable et plus optimiste, contribuent à ce changement de paradigme. o

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Dernière modification : 18 November 2008