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BALKANS
UN AVENIR EUROPÉEN |
François Lerin, directeur de la publication
En 2008, deux pays « méditerranéens » se succèdent à la présidence de l’Union européenne : la Slovénie, un des plus petits, et la France, le plus grand. Mais étrangement, ce n’est pas en ce sens qu’une nouvelle étape du processus euro-méditerranéen de Barcelone a été portée sur les fonds baptismaux (sous le terme d’« Union pour la Méditerranée ») mais plutôt du fait d’une querelle franco-allemande. Berlin exigeant, contre l’initiative élyséenne et sans s’y opposer apparemment, une « UEisation » de cette intention que la France voulait s’approprier. En direction, principalement, des pays de la rive sud de la Méditerranée (Maghreb/Machrek) et, de manière plus floue, au Moyen-Orient, laissant la Turquie, pays méditerranéen s’il en est, entre medio (entre deux), comme disent les Espagnols.
D’une certaine façon, une belle occasion a été perdue d’entériner le fait que la chute du Mur constituait, dans les principes comme dans les faits, un redéploiement géopolitique majeur de l’Union. Non seulement la fin du communisme a permis à la Mitteleuropa d’effacer la ligne de partage honteuse qui nous divisait, mais aussi, dans le même mouvement, de retrouver les dimensions baltique et méridionale qui nous composent.
«Les Balkans occidentaux sont la pièce manquante du redéploiement méridional de l’Union.»
Les Balkans occidentaux sont aujourd’hui la pièce manquante du puzzle de ce redéploiement méridional de l’Union, après l’intégration de la Slovénie dans l’élargissement de 2004, puis de celle de la Bulgarie et de la Roumanie en 2007. Personne probablement ne doute du caractère européen de ces peuples – dont l’identité a été si sauvagement saisie par la politique (et sa forme la plus détestable, la guerre civile) pendant la décennie tragique des années 1990.
L’idée même de Méditerranée doit aujourd’hui prendre acte de ce changement. Certes, les pays des Balkans occidentaux (et orientaux) sont actuellement plus préoccupés par leur intégration dans l’Union et l’adoption des acquis communautaires. Mais l’internalisation de ces normes est rapide et l’exemple de la Slovénie (qui sera suivi, nous n’en doutons pas, par ceux de la Bulgarie et de la Roumanie, passée la période de convergence) invite à une réflexion massive et d’une certaine façon évidente du point de vue de la géohistoire : comment concevoir, d’un point de vue européen et méridional, ce qui est encore, sans doute pour un certain temps, une « frontière » de l’Europe ?
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Dernière modification : 21 November 2008