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Biodiversité
La haute mer oubliée |
Ussif Rashid Sumaila, Dirk Zeller, Reg Watson, Jackie Alder, Daniel Pauly Universitiy of British Columbia
Une des solutions aux difficultés de gestion de la pêche en haute mer serait de définir des aires protégées, interdites à la pêche. Passées les pertes de revenus à court terme, ces aires permettront notamment à plus long terme de reconstituer des stocks actuellement surexploités. Une approche durable en somme. Reste à convaincre les acteurs économiques de l’adopter.
La gouvernance des pêches en haute mer est rendue difficile par le fait que les ressources halieutiques y sont considérées comme des biens communs. Elle implique une coopération entre États et n’est, jusqu’ici, pas parvenue à développer un système de gestion durable des pêches.
Une solution aux différentes défaillances de gouvernance serait de classer une partie de la haute mer en aires protégées. Bien que l’idée de réserve marine en haute mer ne soit pas nouvelle (Norse, 2006), elle n’a jamais été appliquée.
Il est généralement suggéré qu’au moins 20 % d’une zone de pêche devrait être complètement préservée pour lever les incertitudes et les risques de surpêche (Lauck et al., 1998), tout en conservant la biodiversité (Ward et al., 1999) et en améliorant, voire maximisant, les rendements à long terme (Hastings et Bostford, 1999). Ici, nous proposons une première estimation globale de la protection de 10, 20, 50 et 100 % des zones potentielles de pêche en haute mer, fondée sur de récentes bases de données sur les quantités et la valeur des captures de poissons (Watson et Pauly, 2001 ; Sumaila et al., 2007).
Un premier coût évident lié à l’établissement d’aires marines protégées en haute mer, au moins à court terme, est la réduction de la quantité globale de captures, avec toutes les conséquences socio-économiques que cela peut engendrer. Des informations provenant de la base de données du projet « Sea Around Us » (SAUP)1 suggèrent que de 1990 à 2002, la part des captures de poissons en haute mer représentait en moyenne chaque année 8,9 % du total des captures (en fait, compte tenu du niveau élevé des pêches illégales, non déclarées et non réglementées en haute mer >lire p. 54, la part des captures dans ces zones doit être plus élevée). Par conséquent, toutes choses égales par ailleurs, cela impliquerait que l’interdiction de pêcher dans 10, 20, 50 ou 100 % de la haute mer pourrait engendrer des pertes allant de 0,9 à 8,9 % des captures totales annuelles des mers et des océans.
Mais rien ne demeure égal... Par exemple, les efforts de pêche pourraient se déplacer vers les zones de la haute mer non protégées, réduisant ainsi les pertes potentielles.
Ces estimations ne prennent pas non plus en compte le caractère migratoire des stocks de poissons en haute mer. De sorte que les véritables pertes en matière de pêche seront fonction du type d’espèce considérée et de la localisation des aires marines protégées et pourraient être moins élevées que nos estimations. Un système efficace d’aires fermées à la pêche devrait être constitué en réseau, ce qui, une fois appliqué, rendrait nos estimations plus réalistes.
Un certain nombre de bénéfices découlerait de la constitution d’aires marines protégées en haute mer.
Le principal obstacle à la création d’aires marines protégées efficaces en haute mer concerne le fait que les différents États et industriels de la pêche feront face à des coûts et bénéfices très variables. Pour les pays qui sont déjà actifs en haute mer, la principale préoccupation concerne les pertes à court terme. Des modes de gestion incitatifs devraient donc être développés pour lever les réticences de ces pays (Stone, 1997 ; Sumaila, 2005).
Un autre défi est que les pertes à court terme pourraient apparaître pour certains pays bien plus élevées que les bénéfices à long terme. Pour les convaincre, il faudrait qu’un groupe conséquent de personnalités politiques visionnaires s’empare du sujet des pêches, en collaboration avec les Nations unies et les pays du G8 et du G20, afin de mettre en place les structures juridiques et institutionnelles nécessaires. Enfin, le dernier défi consiste à définir les zones à protéger. Bien que déterminée au final par des arbitrages politiques, cette décision devrait être renseignée par une expertise scientifique visant à optimiser les bénéfices économiques et écologiques.
2) Les coraux d’eau froide se développent essentiellement dans des fonds marins plus profonds que ceux abritant leurs parents connus des mers chaudes des tropiques. Ils sont bien plus répandus et nombreux qu’on ne le pensait : des études récentes révèlent leur présence au large de plus de 40 pays, dont la France. Ils croissent de façon extrêmement lente (dix fois moins vite que les coraux tropicaux) et forment de superbes mais fragiles structures tridimensionnelles qui peuvent atteindre 35 mètres.
3) Dans les océans, d’immenses montagnes s’élèvent audessus du fond. Elles constituent des oasis de vie : des courants riches en éléments nutritifs les traversent et nourrissent des écosystèmes extraordinaires et variés, peuplés depuis des millions d’années par des créatures encore largement inconnues.


Dernière modification : 23 March 2009