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Forêts
À la croisée des usages |
François Lerin, directeur de publication
Quoi de plus naturel que la forêt Rien, apparemment, et c’est sans doute pour cela que la forêt tropicale fait l’objet de toutes les attentions et polémiques. Réservoir de biodiversité et élément important de l’ingénierie climatique, elle devrait être préservée «à tout prix». Mais cette forêt «naturelle», «primaire», ne représente plus aujourd’hui qu’un gros tiers du total des forêts du globe – lesquelles couvrent encore 30 % des terres émergées.
Vu sous cet angle de l’interdépendance globale et des figures locales, les forêts, dans leur grande majorité, ne sont plus prises dans le débat simplifié opposant, d’un côté, une pure conservation de la nature et, de l’autre, une exploitation rationnelle, dirigée par les forestiers et les principes de la sylviculture.
La forêt est une représentation et derrière le terme se cachent – ou se découvrent – des écosystèmes, des dynamiques et des anthropisations bien différentes. Dans les collectifs qui se réunissent aujourd’hui pour parler du sujet, rien n’est moins évident à établir qu’un référentiel qui appartiendrait à tous. Existe-t-il quelque chose de commun entre les forêts boréales de Russie (la première superficie forestière du monde) ou celles du Canada, les forêts tempérées en croissance de l’Europe ou du Japon, les forêts méditerranéennes, californiennes ou australiennes menacées par les feux, les systèmes arborés de savanes, les nouvelles plantations de la Pampa ou du Chili ou encore la ceinture verte pré-sahélienne ?
Ce qui est sûr, c’est que ces «forêts» sont toutes, au moins de manière rhétorique, saisies par un ensemble d’injonctions qui se conjuguent dans le développement durable et les enjeux collectifs de l’environnement : captation du carbone atmosphérique, conservation de la biodiversité, gestion et exploitation (pour diverses productions dont les plus importantes sont le bois d’oeuvre et l’énergie). Des hommes y vivent, y ont des droits ou devraient les avoir. Beaucoup de ces situations sont liées aux évolutions des systèmes agraires. Certains, en récession depuis la fin de la révolution industrielle, sont en état de re-forestation. D’autres gagnent au contraire du terrain, au détriment des systèmes arborés, sous d’impérieuses nécessités démographiques et économiques.
Les forêts font donc l’objet d’intentions et de dynamiques contradictoires. Elles sont l’exemple même de la multifonctionnalité. Vu sous cet angle de l’interdépendance globale et des figures locales, les forêts, dans leur grande majorité, ne sont plus prises dans le débat simplifié opposant, d’un côté, une pure conservation de la nature et, de l’autre, une exploitation rationnelle, dirigée par les forestiers et les principes de la sylviculture. Elles représentent, comme les autres écosystèmes, un des éléments d’une recomposition par l’économie et l’écologie globales de la relation entre une humanité toujours plus nombreuse et des ressources qui n’ont plus rien d’illimitées. L’expérimentation environnementale grandeur nature a débuté…

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Dernière modification : 01 August 2010