Forêts: à la croisée
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À la croisée des usages

République démocratique du Congo|
Le « serpent climat » se mordra-t-il la queue ?

Natacha Adam, Greenpeace Belgique

Second massif de forêts tropicales après l’Amazonie, la République démocratique du Congo (RDC) détient 8 % du carbone stocké dans les écosystèmes forestiers de la planète. Ses forêts doivent être protégées pour préserver le climat. Gratis pro deo (gratuitement pour l’amour de Dieu) alors que l’Afrique comptera au rang des premières victimes des changements climatiques ? La RDC a des droits à faire valoir auprès de la communauté internationale qui se réunira à Copenhague en décembre 2009 pour définir l’après-Kyoto. Des mécanismes financiers spécifiques pour la réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD) sont en préparation pour lui permettre de tirer son épingle du jeu international. Mais ce pays se présente également pour certains comme la « nouvelle frontière de l’exploitation forestière ».

Dans la ligne de mire du réchauffement climatique, la RDC peut aussi être partie prenante de la solution. Il faut pour cela que ses forêts – dont quelque 60 % de la population dépendent (logement, nourriture, soins, etc.) – soient maintenues en l’état. Or, à scénario inchangé, le Congo risque de perdre d’ici 2050, 40 % de son exceptionnelle bouée de sauvetage climatique. Pour les décideurs congolais, deux comptes à rebours distincts sont lancés. Celui de la déforestation et celui de Copenhague et de la reconnaissance de l’importance des forêts congolaises

On quitte ainsi la théorie pour entrer dans le concret d’un pays où plus de 20 % des forêts de production sont déjà incluses dans des concessions, très largement tombées aux mains de groupes forestiers internationaux. Pour maintenir ses forêts et prétendre aux mécanismes REDD, la RDC doit réaliser d’urgence – et avec la participation de la population locale – un plan de zonage visant à déterminer quelles zones doivent être intégralement préservées de toute exploitation industrielle. Parallèlement, la foresterie doit évoluer vers une exploitation durable des zones jugées exploitables, en répondant à des critères sociaux et environnementaux stricts.

Évasion fiscale

Aujourd’hui, il existe bien un Code forestier mais ce document est plus virtuel que réel, notamment en raison de l’incapacité matérielle d’effectuer des contrôles efficaces dans les zones forestières. Miser sur le moratoire existant pour les nouveaux titres forestiers risque de ne pas être suffisant. Il faut aussi poursuivre la révision des titres forestiers ; les limites de cet exercice mis en place par les autorités congolaises sous l’impulsion de la Banque mondiale ayant été démontrées : 65 titres forestiers ont été approuvés en février 2009, couvrant environ 10 millions d’hectares, soit plus de deux fois la superficie de forêts jugées convertibles par un groupe d’experts mandatés par le gouvernement congolais... En accordant des concessions à des compagnies forestières internationales comme Danzer – dont Greenpeace a dénoncé dans un rapport les pratiques d’évasion fiscale1 – les autorités congolaises ont (re)mis, avec la complicité de la communauté internationale, le ver dans le fruit.

En RDC, légiférer ne suffit pas et il est temps d’admettre qu’améliorer la bonne gouvernance ne servirait pas uniquement les enjeux locaux déjà conséquents. Protéger le climat mondial et garantir les droits et l’avenir de quelque 40 millions de Congolais vivant dans et de la forêt représenterait pour les autorités congolaises un choix autrement plus stratégique que de céder trop rapidement aux sirènes de l’industrie du bois. Par ailleurs, l’histoire récente du Gabon et du Cameroun a démontré que l’exploitation forestière industrielle ne constitue pas un vecteur de développement durable. Tant que l’ensemble de ces défis n’aura pas été abordé de front, le « serpent climat » qui se love dans les forêts congolaises se mordra la queue...

1) Rapport Danzer : www.greenpeace.org/belgium/fr/news/conning-the-congo

Campagne Forêts

Chaussée de Haecht, 159
1030 Bruxelles – Belgique
natacha.adam@greenpeace.org

Bureau Greenpeace à Kinshaha

René Ngongo
rngongo@greenpeace.org

En savoir plus

L’appel « Zéro déforestation» : www.greenpeace.fr/zero-deforestation

« Des forêts pour le climat » : www.greenpeace.org/belgium/fr/afrique/reports/forestsforclimate

Dernière modification : 30 July 2010