Jean-Pierre Revéret , Université du Québec à Montréal
Jusqu’où peut-on remonter pour trouver des liens explicites entre économie et environnement ?
Jean-Pierre Revéret : Avant les années 1960, les liens entre les deux disciplines que sont l’écologie et la science économique étaient assez ténus, même si elles partagent la même racine, Oikos logos – le discours sur la maison – et Oikos nomos – la gestion de la maison. Cela est vrai même si l’activité économique a, par définition, toujours interagi avec l’environnement, avec la nature. Déjà, en 1760, Tiphaigne de la Roche dans son Essai sur l’histoire économique des mers occidentales de France s’interrogeait sur les causes du déclin des pêches à l’occasion d’une enquête demandée par Louis XV. Mais cela n’a pas structuré le développement des disciplines scientifiques en train de naître !
D’un point de vue formel, on peut remonter jusque dans les années 1920 avec les premières réflexions sur l’économie du bien-être initiées par Arthur Pigou. Cette branche s’est intéressée à l’efficacité de l’économie à allouer les ressources et aux conséquences de cette allocation sur la distri- bution des revenus. Elle est à l’origine du concept d’externalité, positive ou négative, fondamental dans la lecture que la science économique fait de l’environnement. Mais sans doute cela nous renvoie-t-il trop loin en arrière car Pigou n’a pas formulé sa pensée dans un contexte de pression environnementale. Cette question n’était pas à l’origine de sa réflexion.
C’est l’entrée dans la période de forte croissance de l’après seconde guerre mondiale qui a véritablement marqué le début de l’analyse et de la formalisation des relations entre économie et environnement. Le premier signal explicite a été la publication de l’ouvrage de la biologiste américaine Rachel Carson en 1962, Silent spring. Cet ouvrage décrit ce vers quoi pourraient conduire les excès de la production agricole intensive dus à une utilisation massive des intrants pétrochimiques et leurs effets sur l’environnement, en particulier sur la chaîne alimentaire. Le titre évoque un printemps sans chants d’oiseaux, tués à cause des pesticides ; un « printemps silencieux » donc. Ce livre a eu un énorme retentissement à sa sortie aux États-Unis et explique la montée d’un mouvement environnementaliste, indépendant des grands groupes conservationnistes. Il a provoqué une prise de conscience des problèmes environnementaux par le grand public.
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Dernière modification : 08 September 2010