Économie verte| Retour à la planification

Kyung-Hwa Chung, Sciences-Po

La Corée s’est lancée dans un programme très ambitieux de développement d’une économie verte, qui n’est pas sans rappeler les plans de modernisation à marche forcée des années 1960- 1970. Reste que derrière les objectifs chiffrés, un certain nombre de contradictions se font jour. Rien non plus ne garantit la cohérence à long terme de ce programme. Mais si le pari est relevé, il placera la Corée dans le classement des grandes puissances vertes.

P our assurer le développement durable et la compétitivité de leurs économies dans un contexte de changement climatique, les pays rivalisent aujourd’hui d’initiatives dans le secteur des nouvelles technologies vertes, tout en restructurant en profondeur leurs modes de production afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). Si la Corée, considérée comme un pays en développement par le protocole de Kyoto, n’a pas eu jusqu’à présent à réduire ses émissions pourtant en forte croissance, le système post- Kyoto demande une participation des princi- pales économies émergentes pour chercher à maintenir l’augmentation des températures au-dessous de 2 °C d’ici 2050.

En août 2008, le président Lee Myung-bak a déclaré que la nouvelle stratégie de croissance de la Corée pour les soixante années à venir devait reposer sur moins de carbone et plus de croissance verte.

UN HÉRITAGE ÉNERGIVORE En 2006, 8 % de l’industrie coréenne correspondait à des activités intensives en énergie comme l’acier, le ciment ou la pétro-chimie, contre 4,6 % au Japon ou 3,1 % aux États- Unis (KDB Research Institute, 2009). L’efficacité énergétique de la Corée, mesurée par la consommation de tonnes équivalent pétrole (tep) par millier de dollars de production, était de 0,34 en 2005, bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE (0,21 tep) ou des résultats du Japon (0,11 tep) et des États-Unis (0,21 tep). Avec une proportion de véhicules de taille moyenne à grande parmi les plus élevées au monde (67,5 %), une consommation d’énergie deux à trois fois plus élevée que dans le reste de l’OCDE, seulement 1,02 % de la production énergétique assuré par des renouvelables, 97 % d’énergie importée et une forte dépendance envers les énergies fossiles, la Corée est aujourd’hui dans une situation intenable alors que les ressources pétrolières s’épuisent. Enfin, les émissions coréennes de CO2 dues à la combustion de pétrole ont augmenté de 104,6 % de 1990 à 2004 – la deuxième plus forte progression pour la période dans l’OCDE, derrière la Chine (109,8 %). Ses émissions cumulées de GES entre 1990 et 2000 placent la Corée au 22e rang mondial des plus gros émetteurs, responsable de 1,2 % des émissions mondiales actuelles (OCDE et AIE, 2006 ; Committee on Green Growth, 2009)

En août 2008, le président Lee Myung-bak a déclaré que la nouvelle stratégie de croissance de la Corée pour les soixante années à venir devait reposer sur moins de carbone et plus de croissance verte. En janvier 2009, le gouvernement coréen a rejoint l’initiative mondiale « Green New Deal » visant à créer plus d’emplois et à promouvoir un moteur vert de la croissance. Un ensemble de mesures de relance de l’économie à hauteur de 38 milliards de dollars a été annoncé, dont 80 % alloués aux investissements verts. Ce « Green New Deal » a depuis été transformé en un Plan de croissance verte de cinq ans (2009-2013), doté de 83,6 milliards de dollars. Vingt-sept projets phares – énergies renouvelables, voitures vertes, nouvelles voies de circu- lation, etc. – ont été sélectionnés, représentant 43,6 milliards de dollars d’investissements et devant créer 960 000 nouveaux emplois de 2009 à 2012.

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Dernière modification : 07 September 2010