L´option verte

Les trois piliers du développement durable social, économique et environnemental) sont en bien mauvais état : creusement des inégalités, récession mondiale, changements climatiques, érosion de la biodiversité et finitude des ressources. En guise de projet de rénovation, la transition vers une économie verte vise à protéger l’environnement grâce à de nouvelles solutions technologiques, créatrices d´emplois et futurs moteurs d´une croissance durable (ou « croissance verte »). Affronter les problèmes environnementaux invite donc à transformer l´appareil industriel vers une économie moins consommatrice des ressources naturelles et moins émettrice de carbone.

Cette trajectoire peut suivre au moins trois pistes composant une stratégie globale (le « Green New Deal ») : la recherche de ruptures technologiques, l´augmentation volontariste de l´efficacité énergétique (sobriété) et la modification des signaux-prix pour internaliser le coût des émissions dans la chaîne de production (taxe carbone par exemple). Une stratégie multiforme sachant également que le terme « vert » appelle des priorités différentes selon les pays, avec toutefois une conviction partagée : plus la transition verte sera engagée rapidement dans un pays, plus son avantage compétitif sera important.

C´est dans ce contexte qu´ont été adoptés dans plus d´une vingtaine de pays des plans de relance économique, dont on estime qu´environ 15 % du montant total sont affectés à l´économie verte. Le rail arrive en tête de ces investissements publics verts, devant les infrastructures électriques, l´eau et les déchets, l´efficacité énergétique des bâtiments, les énergies renouvelables, les technologies de capture et de stockage du carbone et, enfin, les véhicules à faible intensité carbone.

Bien sûr, on peut douter du caractère « vert » de certains programmes et du niveau de la transition engagée : le rail ne constitue pas en soit un grand basculement et certains projets d´infrastructures pourraient avoir un impact préjudiciable sur les écosystèmes. À la faveur d´un tour de passe-passe budgétaire, des investissements peuvent opportunément se retrouver dans la colonne « vert ». La tentation de l´éco-blanchiment (greenwashing) est grande…

Ensuite, cette transition nécessite une action à long terme, éloignée de l´urgence de la sortie de crise et qui ne correspond pas au calendrier électoral des pouvoirs publics ou à celui des acteurs privés soumis à un devoir de rentabilité court-termiste. Et pendant ce temps, la reprise qui se dessine repose sur les mêmes fondations qui ont conduit à la crise…

Enfin, l´avènement d´un modèle durable grâce aux technologies vertes suscite bien des réserves, notamment du côté des promoteurs de la décroissance : on attendrait du marché, de la croissance et des technologies qu´ils nous sortent de l´impasse dans laquelle ils nous ont conduits. Ceci est pour eux un leurre tant que ne seront pas sérieusement remis en cause les modes de production et de consommation et, plus généralement, les modes de vie. Faute de quoi, le projet de croissance verte se réduirait à « polluer moins pour polluer plus longtemps ». Il n´empêche, ces projets de relance verte constituent bien un puissant signal envoyé à toute une galaxie d´acteurs (innovateurs, entrepreneurs, politiques, consommateurs, etc.) qui ont le pouvoir de décision. La relance verte fixe un objectif mobilisateur, déclinable à l´envie.

Et même s´il ne s´agit encore que d´un plus petit dénominateur commun, il a toute son importance pour maintenir le cap : on a bien vu par exemple comment le résultat ambigu de Copenhague, pour ne pas parler d´échec, a immédiatement ouvert grand la porte à un scepticisme pas toujours bien intentionné.

Damien Conaré, rédacteur en chef

Dernière modification : 02 September 2010