Régime de véridiction| La force des controverses

Entretien avec Michel Callon, Centre de sociologie de l’innovation

Vous avez travaillé au sein d’un programme de recherche, les science studies, qui a beaucoup marqué la sociologie des sciences. comment a débuté cette aventure ?

Michel Callon :

Ce travail collectif a commencé au début des années 1980. C’est un programme de recherche qui a emprunté à de nombreuses disciplines et qui, en retour, a beaucoup apporté à la sociologie, à l’anthropologie ou encore aux sciences politiques. Quand j’ai commencé ma carrière, au début des années 1970, il existait une vive opposition entre ceux qui pensaient possible de rendre compte de l’histoire des sciences en se focalisant exclusivement sur l’évolution des idées, des concepts, des théories, des problèmes rencontrés, etc. – les internalistes ; et ceux qui soutenaient que les connaissances, dans leur contenu même, sont façonnées par les contextes socio-économiques dans lesquels elles se développent – les externalistes.

La sociologie des connaissances, qui s’est développée notamment en Angleterre dans les années 1970, s’est efforcée dans un premier temps de trouver un compromis entre ces deux approches, en s’appuyant sur un principe philosophique, celui de la «sous-détermination des connaissances», élaboré par Pierre Duhem puis repris et précisé par Willard van Orman Quine. Selon ce principe, il existe toujours plusieurs manières de décrire la nature et c’est la société qui explique le choix du système théorique qui est finalement retenu.

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Dernière modification : 14 February 2011