Catherine Laurent, Institut national de la recherche agronomique
L’approche qualifiée d’evidence-based policy renouvelle l’analyse des liens entre science et décision publique. très marginalisée en France, elle constitue pourtant une formidable boîte à outils permettant d’améliorer l’accès aux connaissances scientifiques disponibles pour en faire l’usage le plus judicieux possible. Principale objection faite à cette approche : elle ne renonce pas à hiérarchiser les différentes formes de connaissances selon leur degré de fiabilité éprou- vée pour atteindre l’objectif visé.
De depuis le début des années 1990 se développent en médecine des approches qualifiées d’evidence-based medicine (Guyatt et al., 1992). Ces démarches découlent notamment du constat qu’il est de plus en plus difficile pour les praticiens d’avoir accès aux connaissances scientifiques disponibles et d’en faire un usage judicieux. Elles se sont depuis étendues à d’autres sphères de la décision (santé, éducation, justice, protection environnementale, etc.), elles aussi confrontées à la transformation du régime d’accès aux connaissances. Ainsi est née la notion d’evidence-based policy (EBP).
Les difficultés rencontrées par les acteurs pour repérer les connaissances disponibles et en maîtriser l’accès et l’usage deviennent en effet un enjeu d’importance, qu’il s’agisse d’appuyer certaines décisions (evidence-based decision), de les éclairer (evidence-informed decision) ou simplement de pouvoir choisir de ne pas en tenir compte, mais en connaissance de cause (evidence-aware decision). Ce souci de maîtriser la qualité des preuves disponibles et de se préoccuper de l’efficacité des actions ne peut être assimilé ni à une simple tentative de dépolitiser les débats, ni à un pragmatisme simplificateur qui considérerait que seul importe pour agir ce qui est avantageux et commode. Il s’inscrit plutôt dans la tradition des préoccupations formulées par dewey (1927), qui mettait en avant la nécessité de réellement partager les connaissances en les rendant disponibles et socialement accessibles, et la nécessité de considérer ce processus comme l’une des dimensions fondamentales de l’élaboration des politiques.
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Dernière modification : 14 February 2011