Sylvestre Huet, Journaliste à Libération
Le débat public sur les changements climatiques a largement dépassé les règles classiques de la controverse scientifique. Soutenu par de puissants intérêts financiers et mis en forme par des scientifiques sans scrupules, aux méthodes confinant parfois à celles de «voyous», l’offen- sive climato-sceptique est venue défier le travail des journalistes scientifiques. Souvent peu reconnus au sein de leur rédaction, ces derniers ont dû rendre coup pour coup, dans le cadre déontologique de leur profession, afin d’éclairer au mieux l’opinion publique.
La formule « street fight » utilisée par la revue Nature1 pour caractériser le débat public sur le climat est plutôt bien vue : le changement climatique est nécessairement l’occasion d’un « combat de rue ». du moins dans sa dimension de débat public, celle à laquelle sont confrontés les journalistes. Ce sujet donne lieu à des affrontements idéologiques et politiques où les règles du débat scientifique – bonne foi, acceptation des arguments fondés, refus de l’argument d’autorité, prise en compte de l’ensemble des données connues – ne seront pas respectés.
Pourquoi ? L’enjeu économique et social du dossier climatique est gigantesque. L’énergie fossile représente 80 % de l’énergie actuellement utilisée par les hommes. Elle correspond pour l’essentiel à la satisfaction de besoins élémentaires (manger, se loger, s’habiller, se chauffer, échanger des biens et services vitaux). Envisager de diviser son usage par quatre d’ici 2050 dans les pays industrialisés, ou limiter la croissance de son usage dans les pays émergents, suppose un bouleversement des modèles technologiques, urbains, industriels, commerciaux, etc., mais aussi probablement sociaux et culturels.
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Dernière modification : 14 February 2011