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Gouvernance Internationale : La fin du dogme libéral |
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éditorial par François Lerin
Au moment où souvrait la conférence de lOrganisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle, les deux autres organisations de Bretton Woods montraient les signes d'une certaine agitation. A la Banque mondiale, lhétérodoxe Joseph Stiglitz, économiste en chef, était poussé vers la sortie. Exit "lesprit libre1" qui avait quelque peu secoué la torpeur dogmatique des adeptes du consensus de Washington entre la Banque et le Fonds monétaire international sur le paquet de mesures macro-économiques standards. Ne croyez pas cependant que " Joe " Stiglitz ait tenté de livrer la Banque aux guévaristes ! Non, il a simplement dit tout haut et avec imagination ce quun certain nombre dexperts pensent beaucoup plus bas : sur le rôle des institutions, sur les conditions de la bonne gouvernance, sur louverture prématurée de certaines économies aux capitaux de court terme, sur les politiques monétaires trop rigides... Il semble que Washington sirritait de cet électron libre et que son départ ait été une condition du renouvellement à la tête de la Banque de son actuel président, James Wolfensohn. En somme, pour poursuivre ses réformes, il lui a fallu se séparer de son principal agitateur didées
Au Fonds monétaire international (FMI), cest Michel Camdessus qui tire sa révérence pour, dit-on, des motifs personnels. Disparaît ainsi un orthodoxe expliquant gentiment les principes de base du Gospel2 du FMI tout en prétendant, sans rire (cest un catholique convaincu), que ce que lon peut et doit faire de mieux pour les pauvres cest encore dappliquer la sacro-sainte politique macro-économique de lajustement. Mais en dehors des aspects anecdotiques de sa personnalité, Camdessus aura été directeur du Fonds (de 1987 à 1999) pendant une des périodes les plus troublées du système financier international. En moins de deux ans, sept économies dominantes ou émergentes, produisant un quart du PNB mondial pour 600 millions dhabitants, sont entrées en crises graves, faisant craindre à Paul Krugman le retour de " léconomie de dépression3". Et cest sans compter sur quelques désastres locaux sans incidence sur le rythme mondial Or le FMI na pas vu venir ces crises Doté de pouvoirs étendus, omnipotent et omniprésent dans les économies en transition ou en difficulté, les arrogants gardiens du "risque systémique" et des réformes des politiques économiques ont été pris à contre-pied. Tant de puissance et si peu de clairvoyance ont pu apparaître comme de lincompétence et les syndicats coréens de sauter le pas et de traîner le FMI en justice
Après la banque et les finances, le troisième pilier, celui du commerce, a du retard à lallumage Convoquée sans une base minimale daccord, la réunion de Seattle sest également terminée sans agenda ni programme. De nouvelles questions et de nouveaux acteurs sont apparus. Il a été impossible de trouver un accord sur laire de compétence de lOMC. Pas de consensus non plus sur les thèmes à traiter dans le prochain round, ni sur un certain nombre de procédures de règlement des conflits commerciaux
Cet ensemble de dysfonctionnements nest probablement pas le fait dune coïncidence. Aujourdhui, ces institutions sont confrontées à un changement de donne : celui dun passage au multilatéralisme et à la construction progressive de régulations internationales consensuelles. La triade FMI-OMC-Banque mondiale doit donc changer de culture, comme les principaux bailleurs de fonds. Le passage ne sera pas facile précisément en raison du leadership que les Etats-Unis ont jusquici exercé. Leur emprise sur le système, tout au long de laprès-guerre, leur avait permis de faire coïncider, au besoin en passant en force, lintérêt national (base de leur politique extérieure) et la gestion des enjeux internationaux. Cela va être beaucoup plus complexe à partir de maintenant. Dautant que lère des certitudes, en matière de stratégies de développement, de politique monétaire, ou dajustement économique, est close. La dispute est sur la place publique et il sera de plus en plus difficile de défendre une "pensée unique" dans le vaste chantier des régulations internationales à mettre en place.
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Dernière modification : 26 August 2008